Célibat longue durée : un coût psychologique sous-estimé chez les jeunes adultes

Une satisfaction de vie réduite et plus de solitude, surtout à la fin de la vingtaine.

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Alors que de plus en plus de jeunes adultes choisissent de renoncer aux relations amoureuses et semblent considérer le fait d’être célibataire comme un style de vie, une récente enquête révèle que le célibat prolongé peut affecter le bien-être plus qu’on ne le pensait. Les célibataires de longue durée connaissent notamment une satisfaction de vie réduite et souffrent davantage de solitude et de dépression, en particulier à la fin de la vingtaine.

Le célibat est depuis peu presque devenu un phénomène de mode ou une forme de style de vie, mettant en avant l’indépendance et l’émancipation. De plus en plus de jeunes adultes choisissent de ne pas s’engager dans une relation amoureuse stable, si bien que des termes tels que « partenariat avec soi-même », « vie en solo » et « sologamie » gagnent en popularité.

Le phénomène semble être générationnel, car le taux de célibataires semble augmenter d’une génération à l’autre. Un récent sondage du Survey Center on American Life indique par exemple que le nombre de personnes de la génération Z (née entre 1997 et 2012) déclarant avoir eu une relation amoureuse à un moment donné de leur adolescence était inférieur de 20 % à celui de la génération X (née entre 1965 et 1980) et de 22 % à celui des baby-boomers (nés entre 1946 et 1964).

Une étude publiée l’année dernière par l’American Institute for Boys and Men a également révélé que plus de 40 % des hommes de la génération Z déclaraient n’avoir eu aucune expérience amoureuse à l’adolescence. Des sondages désignent en outre la génération Z comme étant la plus solitaire.

Cependant, si le fait d’être célibataire peut parfois être présenté comme une forme de liberté, voire d’épanouissement, les psychologues s’inquiètent des répercussions réelles que cela pourrait avoir sur le bien-être des jeunes. Une étude menée par l’Université de Zurich (UZH) a étudié la manière dont le célibat prolongé pourrait affecter psychologiquement les individus au fil du temps.

« Les théories psychologiques du célibat sont lacunaires, et l’on ignore encore qui choisit de rester célibataire durant le début de l’âge adulte et comment le bien-être des célibataires de longue durée est affecté au fil du temps », expliquent les chercheurs dans leur étude publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology.

Quand le niveau d’éducation devient un facteur de célibat

Pour effectuer leur enquête, les chercheurs ont recruté 17 390 jeunes adultes au Royaume-Uni et en Allemagne qui ont déclaré n’avoir jamais eu de relation amoureuse au début de l’étude. Les participants ont été interrogés chaque année sur leur état de santé mentale et leur situation relationnelle entre 16 et 29 ans, fournissant ainsi au total 110 261 observations.

En étudiant les profils des jeunes adultes les plus susceptibles de ne pas se mettre en couple sur le long terme, les chercheurs ont constaté que les hommes, les individus ayant un niveau d’étude supérieur, ainsi que ceux vivant seuls ou chez un parent, sont en moyenne plus enclins à rester célibataires plus longtemps.

« Nos résultats démontrent que des facteurs sociodémographiques, comme le niveau d’éducation, et des caractéristiques psychologiques, comme le bien-être actuel, permettent de prédire qui s’engagera dans une relation amoureuse et qui ne le fera pas », explique dans un communiqué de l’UZH Michael Krämer, qui a codirigé l’étude. « Ces conclusions, qui indiquent un lien entre une plus grande importance accordée aux études et le report des relations sérieuses, concordent également avec des recherches sociologiques antérieures », ajoute-t-il.

D’autre part, les analyses ont révélé que les célibataires de longue durée connaissaient une baisse plus marquée de leur satisfaction de vie par rapport aux personnes qui se sont mises en couple plus tard, ainsi qu’un sentiment croissant de solitude. D’après l’équipe, ces problèmes de bien-être semblent s’accentuer vers la fin de la vingtaine, parallèlement aux symptômes dépressifs, avec des tendances similaires chez les hommes et les femmes.

Plus de difficultés à entamer des relations à la fin de la vingtaine

À l’inverse, les premières relations amoureuses semblent présenter un avantage significatif en matière de bien-être. Les jeunes adultes engagés dans une relation pendant la durée de l’étude ont déclaré une satisfaction de vie plus élevée et un sentiment de solitude moindre, à court comme à long terme. « Globalement, nos résultats montrent que le célibat prolongé au début de l’âge adulte est associé à des risques modérés pour le bien-être », explique Krämer.

Les célibataires de longue durée et ceux qui ont entamé une relation amoureuse plus tard présentaient peu de différences en matière de bien-être lorsqu’ils étaient encore jeunes adultes. En revanche, ces écarts augmentaient significativement avec la durée du célibat. « Cela laisse penser qu’entamer une première relation peut devenir plus difficile à la fin de la vingtaine, d’autant plus qu’un moindre bien-être augmente également la probabilité de rester célibataire plus longtemps », explique l’expert.

Ces résultats suggèrent que, contrairement à ce que beaucoup pourraient penser, l’absence de relation amoureuse pourrait avoir un impact significatif sur la santé mentale et le bien-être. Ils concordent par ailleurs avec ceux de nombreuses études faisant état de risques pour la santé liés à la solitude et aux symptômes dépressifs.

Source : Journal of Personality and Social Psychology
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