Les contenus Tik Tok et Instagram incitant les jeunes hommes en bonne santé à suivre une hormonothérapie de testostérone deviennent toujours plus populaires, selon une étude internationale. Les influenceurs propageant ces contenus promeuvent des idéaux masculins étroits et font passer des expériences quotidiennes telles que la fatigue comme des carences en testostérone nécessitant une intervention médicale, tout en minimisant les risques potentiels pour la santé — une tendance qui suscite des inquiétudes chez certains chercheurs.
Les produits à base de testostérone produits à base de testostérone sont commercialisés depuis des décennies comme de supposés stimulants pour la virilité et les performances sexuelles. Ils sont promus par une sphère surnommée « manosphère » mettant en valeur des idéaux étroits et traditionnalistes de la masculinité basés sur l’allégation erronée selon laquelle les niveaux de testostérone constituent un indicateur de virilité.
Cette vision de la masculinité et de la testostérone est utilisée pour encourager les tests d’hormone et le recours à l’hormonothérapie, que ce soit dans la perception populaire ou dans le domaine du marketing pharmaceutique. Bien que ces allégations soient scientifiquement contestées, elles continuent à se propager largement et gagnent toujours plus de terrain à l’ère des réseaux sociaux. Cela a entraîné une augmentation significative de la consommation de produits à base de testostérone.
Cependant, si l’influence de la manosphère et des médias sociaux sur la santé mentale des hommes et leur perception du genre fait l’objet de recherches croissantes, le rôle de la médicalisation de la masculinité par le biais des réseaux sociaux est peu exploré. Une étude récente parue dans la revue Social Science & Medicine se concentre spécifiquement sur les effets de médicalisation de la promotion des produits à base de testostérone, ainsi que sur les cibles spécifiques visées par les contenus.
«…du marketing et de la désinformation déguisés en conseils médicaux »
L’étude a analysé 46 publications Instagram et TikTok à forte audience faisant la promotion de tests et de traitements à base de testostérone. Les comptes à l’origine de ces contenus cumulaient 6,8 millions d’abonnés et avaient généré plus de 650 000 « J’aime ».
Les chercheurs ont constaté qu’ils étaient étroitement liés aux idéaux de la manosphère et véhiculaient la peur chez les jeunes hommes en bonne santé pour vendre leurs produits. Les influenceurs vendant ces produits prétendent notamment que les variations normales du corps et les expériences masculines courantes constituent des signes de carence en testostérone et peuvent être facilement traitées par hormonothérapie.
« Le marketing d’influence transforme des expériences quotidiennes comme la fatigue, le stress, la baisse de libido ou le vieillissement en signes de “carence” en testostérone nécessitant une intervention médicale », explique Brooke Nickel, auteure principale de l’étude et chercheuse principale à l’École de santé publique de l’Université de Sydney.
Une publication d’un influenceur TikTok se proclamant « coach sexuel » et suivie par 102 000 personnes était par exemple formulée comme suit : « Attention à ce signe effrayant de faible taux de testostérone… Vous devriez vous réveiller le matin avec une érection. Si ce n’est pas le cas, il est fort probable que votre taux de testostérone soit bas. Faites-vous dépister ! »
Dans une autre publication, un influenceur a déclaré : « J’étais à trois chiffres près d’être considéré comme une femme », assimilant donc un score de testostérone à la masculinité et à la distinction des genres. Ces influenceurs présentaient ensuite des cliniques privées et des produits vendus directement aux consommateurs comme plus rapides et plus efficaces que les soins conventionnels.
Les chercheurs affirment que ces allégations n’ont aucun fondement scientifique ou médical car un faible taux de testostérone ne constitue pas nécessairement un signe de mauvaise santé. Au contraire, beaucoup d’hommes en bonne santé peuvent présenter des taux inférieurs aux seuils de référence sans présenter de symptômes.
Aucune des publications ne citait d’ailleurs d’études scientifiques et 85 % étaient publiées par des particuliers et non par des organismes de santé, 67 % contenaient des liens d’achat directs et 72 % présentaient des intérêts financiers, comme la vente de tests, de compléments alimentaires ou de consultations en clinique.
« Ce à quoi nous assistons n’est pas de l’éducation à la santé, mais du marketing et de la désinformation déguisés en conseils médicaux », estime Nickel. « On fait croire à de jeunes hommes en bonne santé que des symptômes courants comme la fatigue, le stress ou une baisse de la libido sont des signes d’un problème médical et que la testostérone est la solution. »
Des impacts sur la santé mentale et physique
D’après les analyses des chercheurs, ces influenceurs vendent leurs produits en minimisant les risques potentiels pour la santé. Ils peuvent notamment provoquer, dans certains cas, des problèmes cardiaques, l’infertilité, des troubles rénaux, des thromboses, une baisse de la libido et des troubles de l’érection.
Mis à part les risques sur la santé physique, la santé mentale pourrait aussi être affectée car ces contenus de désinformation peuvent influencer l’identité et les choix des jeunes hommes en matière de santé. « Comme beaucoup d’hommes, je suis consterné par la sphère masculine et ces versions erronées et trompeuses de la masculinité, qui ne font que saper la capacité des hommes et des garçons à avoir des relations humaines significatives et matures », explique Ray Moynihan, co-auteur de l’étude et également chercheur principal à l’École de santé publique de l’Université de Sydney.
Bien que l’étude comporte une limite dans la mesure où l’échantillon analysé est restreint, les discours véhiculés peuvent amplifier la peur et la méfiance envers les systèmes de santé traditionnels et peuvent impacter l’estime de soi des hommes. « Ils façonnent la façon dont les hommes perçoivent leur corps, le vieillissement et leur identité, et conduisent souvent à une image de soi négative et à des problèmes de santé mentale », conclut Nickel.
Source : Social Science & Medicine

