Une première:  un requin a été filmé dans les eaux glaciales de l’Antarctique à 490 m de profondeur

Une découverte qui remet en question l'hypothèse selon laquelle ces prédateurs ne peuvent survivre dans des eaux aussi froides.

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Capture d'écran de la vidéo du requin dormeur filmée en Antarctique. | Minderoo-UWA Deep-Sea Research Centre/Inkfish, Kelpie Geoscience via AP
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Un grand requin dormeur a été filmé pour la première fois dans les eaux glaciales de l’Antarctique, à 490 mètres de profondeur. Cette découverte fortuite remet en question l’hypothèse longtemps établie selon laquelle ces requins ne peuvent survivre dans des eaux dont la température avoisine 1 °C. Il est possible que le réchauffement des océans puisse pousser les requins à migrer vers des eaux plus fraîches, mais cela reste à confirmer.

Comptant plus de 500 espèces connues, les requins sont présents dans tous les océans du globe, mais la grande majorité occupent les eaux chaudes peu profondes, ces régions marines offrant notamment une abondance de proies à disposition, des abris naturels ainsi que des sites idéaux pour la reproduction. On y rencontre par exemple les requins-citrons (Negaprion brevirostris) des Bahamas ou encore les requins-marteaux de la Grande barrière de corail, en Australie.

Les espèces pélagiques vivent, quant à elles, très loin des côtes et peuvent migrer sur des milliers de kilomètres d’une région océanique à une autre. Le grand requin blanc (Carcharodon carcharias) peut parcourir de vastes distances dans l’océan Indien et le Pacifique. Le requin-baleine (Rhincodon typus) effectue des trajets entre les Galápagos, l’Indonésie et l’Australie.

Cependant, si l’on suppose généralement que les requins ont une préférence pour les eaux chaudes et poissonneuses, certaines espèces, comme le requin du Groenland (Somniosus microcephalus), occupent les eaux froides de l’Arctique. D’autres, comme le requin-lutin (Mitsukurina owstoni), évoluent à grande profondeur, bien en deçà de la zone éclairée par le Soleil.

Si les scientifiques supposaient initialement que ces requins ne pouvaient survivre en dessous de 1 °C à de grandes profondeurs, un requin dormeur a été observé pour la première fois en Antarctique, lors d’une expédition d’une équipe du Minderoo-UWA Deep-Sea Research Centre — un institut spécialisé dans l’exploration des grandes profondeurs et basé à Crawley, en Australie.

« Nous y sommes allés sans nous attendre à voir des requins, car il est généralement admis qu’il n’y a pas de requins en Antarctique », a déclaré Alan Jamieson, l’un des chercheurs de l’expédition, à l’Associated Press. « Et ce n’est même pas un petit. C’est un requin énorme. Ces bêtes sont de véritables chars d’assaut », a-t-il ajouté.

Un déplacement dû au réchauffement des océans ?

Le grand requin dormeur a été filmé en janvier de l’année dernière alors que la caméra submersible du Minderoo-UWA était positionnée au large des îles Shetland du Sud, près de la péninsule Antarctique, à 490 mètres de profondeur. Cette région se situe en plein océan Austral, également appelé océan Antarctique.

Mesurant entre 3 et 4 mètres de long, le spécimen nageait tranquillement au ras du fond marin quasi désert et bien trop profond pour que les rayons du Soleil puissent l’atteindre. La température de l’eau était alors proche de zéro, notamment à 1,27 °C. Cependant, Jamieson estime que le requin semblait maintenir cette profondeur car il s’agissait de la couche d’eaux la plus chaude parmi plusieurs couches superposées jusqu’à la surface.

L’océan Antarctique est très stratifié jusqu’à une profondeur d’environ 1 000 mètres, les différentes couches d’eau présentant des propriétés contrastées. Cela s’explique par le fait que l’eau plus froide, plus dense, ne se mélange pas facilement avec celle, moins dense et chargée d’eau douce issue de la fonte des glaces en surface.

Les requins s’y nourrissent probablement de carcasses de baleines, de calmars géants et d’autres animaux marins qui meurent et coulent au fond. Une raie apparaissait également dans la vidéo, mais le requin ne semblait y prêter aucune attention. La présence de raies dans cette région n’est pas surprenante car l’aire de répartition de ces animaux peut s’étendre facilement jusqu’à ces latitudes.

Cependant, Jamieson et son équipe ont affirmé n’avoir trouvé aucun autre requin dans leurs zones de recherche et Peter Kyne, biologiste de la conservation à l’université Charles-Darwin et indépendant du centre de recherche, a confirmé qu’aucun requin n’avait jamais été observé aussi loin au sud auparavant.

D’après Kyne, il est possible que le réchauffement des océans puisse avoir conduit les requins à se déplacer vers les eaux plus froides de l’hémisphère sud. Toutefois, les données sur les changements d’aires de répartition dans cette région sont limitées en raison de son éloignement. Il est donc également possible que ces requins y aient toujours été présents sans qu’on ne le sache.

Jamieson estime que la population de requins dormeurs en Arctique est probablement clairsemée et difficilement observable. Très peu de caméras submersibles sont d’ailleurs placées à cette profondeur précise en Antarctique, sans compter que celles-ci ne peuvent fonctionner que pendant l’été austral, entre décembre et février.

« Pendant les 75 % restants de l’année, personne ne regarde. C’est pourquoi je pense que nous tombons parfois sur ces surprises », a déclaré Jamieson à l’Associated Press.

Vidéo montrant le requin dormeur au fond de l’Antarctique :

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