Une étude suggère que des complications de grossesses potentiellement mortelles, notamment la prééclampsie et l’éclampsie, pourraient avoir contribué au déclin de Néandertaliens. Les femmes néandertaliennes pourraient avoir été dépourvues des mécanismes de protection naturels contre ces complications, ce qui aurait réduit significativement leurs chances de reproduction, sans compter que les communautés néandertaliennes vivaient en petites populations isolées.
L’éclampsie et la prééclampsie figurent parmi les premières maladies humaines décrites dans l’histoire écrite. Les premiers documents faisant état de ces affections graves remontent à plus de 5 000 ans avant notre ère. Elles sont exclusivement humaines, aucun des plus de 4 300 mammifères connus, y compris les primates non humains, ne présentant ce type de syndrome.
Le fœtus humain a en effet besoin d’importants apports énergétiques pour soutenir son développement, en particulier pour le cerveau dont le volume est relativement grand par rapport aux autres primates. Afin de pouvoir y répondre, le placenta doit s’implanter profondément au niveau de la paroi de l’utérus de sorte à assurer une irrigation sanguine optimale.
Cependant, si le placenta n’est pas suffisamment implanté ou si cette implantation ne remodelle pas naturellement les artères maternelles, le flux sanguin est réduit. Selon un modèle physiopathologique proposé, le fœtus libère alors des molécules de stress dans le sang maternel en réponse à cette faible irrigation. L’organisme de la mère réagit en augmentant la tension artérielle, ce qui peut entraîner une prééclampsie. On estime que la prééclampsie affecte 5 à 7 % des grossesses dans le monde.
La prééclampsie peut évoluer vers un état plus grave, l’éclampsie, qui se manifeste par une convulsion généralisée et un dysfonctionnement endothélial pouvant être fatal pour la mère et l’enfant. Toutefois, dans de nombreux cas, un placenta qui n’est pas parfaitement ancré ne provoque pas nécessairement une prééclampsie. Pour des raisons que nous ignorons encore, l’organisme maternel peut ignorer les signaux de stress émis par le fœtus et le placenta, protégeant ainsi la mère contre l’hypertension. Le bébé peut naître avec un faible poids, mais la mère reste en bonne santé.
Une récente étude publiée dans le Journal of Reproductive Immunology suggère que les femmes néandertaliennes pourraient ne pas avoir disposé de ce mécanisme de protection naturel contre la prééclampsie et que cela a probablement contribué au déclin de l’espèce. « Nous émettons l’hypothèse que l’absence ou l’inefficacité de ce mécanisme de sécurité maternelle chez les Néandertaliens pourrait avoir amplifié les pertes reproductives et la mortalité maternelle, jouant ainsi un rôle significatif dans leur déclin démographique », a écrit l’équipe dans son article.
Des chances de reproduction considérablement réduites ?
Les dernières traces des Néandertaliens dans les archives fossiles remontent à environ 40 000 ans. Les données indiquent que leur extinction a été un processus progressif s’étalant sur des milliers d’années, mais il n’y a pas, à ce jour, de consensus scientifique quant aux facteurs exacts qui ont mené à cette extinction.
Parmi les principales théories avancées figurent la compétition avec les humains modernes et les changements climatiques rapides. Les chercheurs de la nouvelle étude suggèrent que la prééclampsie et l’éclampsie auraient pu y avoir contribué en réduisant considérablement les chances de reproduction de l’espèce.

Cette prédisposition à une maladie reproductive grave combinée à d’autres facteurs tels que la consanguinité aurait amené progressivement à une réduction de la population. Les Néandertaliens vivaient en effet en petites communautés isolées, ce qui expliquerait l’importante proximité génétique entre les parents, dans les archives fossiles. Cela aurait augmenté les chances d’apparition de gènes de prédisposition à la prééclampsie et à l’éclampsie, et conduit finalement à un déclin démographique.
Pour étayer leur hypothèse, les chercheurs ont comparé des analyses génomiques issues de dossiers médicaux modernes à celles de femmes néandertaliennes. Ils ont identifié, chez ces dernières, des différences génétiques qui pourraient avoir influencé la régulation de la pression artérielle pendant la grossesse. L’équipe a également analysé des données cliniques modernes avant d’évaluer comment une mortalité maternelle plus élevée aurait pu affecter les populations anciennes.
« Les Néandertaliens qui partagent une placentation hémochoriale profonde [ou maladie placentaire] mais sont possiblement dépourvus de cette adaptation [celle protégeant les mères de l’hypertension pendant la grossesse] en raison de divergences génétiques, ont probablement connu des incidences plus élevées [de prééclampsie et d’éclampsie], exacerbant des vulnérabilités démographiques telles que la petite taille des populations et la consanguinité ».
Ces résultats préliminaires ne permettent pas d’établir un lien de cause à effet entre l’extinction des Néandertaliens et la prééclampsie/éclampsie, ni de confirmer que ces affections étaient plus fréquentes chez cette population. Néanmoins, « cette hypothèse comble une lacune en paléoanthropologie : la prééclampsie, principale complication de la reproduction humaine, n’est jamais citée par les anthropologues comme une explication possible des faibles taux de fécondité bien connus chez les Néandertaliens », concluent-ils.

