Des scientifiques citoyens australiens ont découvert l’une des plus grandes, peut-être même la plus grande, colonie de coraux au monde, au large de Cairns, dans l’extrême nord du Queensland, en Australie. Mesurant 111 mètres de long et s’étendant sur 3 973 mètres carrés, elle est entièrement composée de Pavona clavus, un type de corail rare mais qui peut former des colonies géantes.
Abritant plus de 25 % des espèces marines connues, les récifs coralliens constituent l’un des plus importants écosystèmes sur Terre. On estime, selon des évaluations fréquemment citées dans la littérature scientifique, qu’ils fournissent chaque année l’équivalent de 9 900 milliards de dollars en services écosystémiques et contribuent à l’équilibre climatique terrestre en agissant comme des puits de carbone absorbant l’excès de CO₂ océanique.
Ils subissent cependant des épisodes de blanchissement massifs en raison du réchauffement climatique, réduisant considérablement la proportion de coraux viables. En effet, si les coraux peuvent survivre à un épisode de blanchissement, les stress thermiques répétés finissent par les tuer.
Des records de températures ont été observés au cours des dernières années, provoquant la disparition des coraux à un rythme alarmant. Les derniers rapports des organismes de surveillance océanique, notamment la NOAA et l’Initiative internationale pour les récifs coralliens (ICRI), indiquent que le stress thermique de 2023-2024 a touché près de 84 % des récifs coralliens de la planète, répartis dans au moins 83 pays et territoires.
La Grande barrière de corail a par exemple subi en 2023 la plus importante perte annuelle de coraux depuis 39 ans. L’association australienne Citizens of the Reef, qui a découvert la nouvelle colonie de P. clavus, participe depuis plusieurs décennies aux efforts de conservation visant à protéger le récif et à améliorer sa résilience face aux impacts du réchauffement climatique.
L’organisation effectue des recensements au niveau de la Grande barrière de corail depuis 2020 pour identifier les principaux récifs sources, des « points chauds de résilience » pouvant fournir des larves à d’autres récifs lors de leur ponte. C’était au cours de l’un de ces recensements que Jan Pope, membre de l’organisation, a découvert la colonie à quelques heures des côtes de Cairns.
« L’eau était comme un miroir et j’ai pu distinguer un motif très étrange à sa surface. En plongeant, j’ai compris que j’avais découvert quelque chose de totalement inédit », raconte-t-elle au Guardian. La gigantesque colonie ressemblait, selon elle, à « un paysage sous-marin très surréaliste. On dirait une prairie vallonnée. »
Une surface équivalente à un demi terrain de football
Sophie Kalkowski-Pope, sa fille et coordinatrice des opérations marines au sein de Citizens of the Reef, s’est rendue sur les lieux de la découverte deux semaines après celle-ci. Le duo est revenu avec d’autres experts de l’organisation en janvier de cette année pour cartographier et mesurer la structure à l’aide de drones et de mètres rubans. L’équipe a également utilisé une technique appelée photogrammétrie, dans laquelle des photographies du récif capturées à la surface de l’eau ont été assemblées pour former un modèle 3D.
Leurs mesures préliminaires estiment la surface au sol de la colonie à 3 973 mètres carrés, soit près de la moitié d’un terrain de football, avec une longueur maximale de 111 mètres. D’après Kalkowski-Pope, il pourrait s’agir de la plus grande colonie de corail documentée et cartographiée au monde.

« Nous savons pertinemment qu’ici, sur la Grande barrière de corail, rien de cette ampleur n’a jamais été découvert auparavant », a-t-elle déclaré à ABC. « Même à l’échelle mondiale, on ne trouve aucun exemple de corail de plus de 100 mètres de long », a-t-elle ajouté.
D’après Tom Bridge, spécialiste en conservation des coraux du Queensland Museum, interrogé par The Guardian et qui n’a pas contribué à la recherche, P. clavus est un corail rare et assez difficile à trouver, « mais là où on le trouve, il peut former des colonies vraiment gigantesques. » La taille de la colonie suggère en outre qu’elle pourrait être âgée d’au moins 200 ans.
À titre de comparaison, les plus grandes colonies coralliennes de cette espèce recensées à l’échelle internationale mesurent généralement entre 30 et 35 mètres, selon un communiqué de Citizens of the Reef. Un autre prétendant au titre de plus grande colonie de coraux de la même espèce a par exemple été découvert en 2024 au large des îles Salomon et mesurait environ 1 000 m² et 34 m de long.
Des analyses génétiques supplémentaires seront toutefois nécessaires afin de confirmer si le corail de Cairns appartient véritablement à une seule et unique colonie, c’est-à-dire formée à partir d’un seul polype. Il est également possible qu’il soit constitué de plusieurs colonies qui se sont installées à proximité les unes des autres et ont fusionné en grandissant. Kalkowski-Pope a indiqué que plus de 300 échantillons individuels provenant de toute la colonie seront nécessaires pour ces analyses génétiques compte tenu de sa taille.


