Deux espèces de marsupiaux que l’on croyait disparues depuis au moins 6 000 ans ont été redécouvertes dans la péninsule de Vogelkop, en Nouvelle-Guinée, grâce aux communautés autochtones. L’une des espèces, le phalanger pygmée à longs doigts, vivait en Australie il y a environ 300 000 ans, tandis que l’autre, le planeur à queue annelée, a été décrit pour la première fois au siècle dernier par le biais de restes fossilisés. Ces découvertes soulignent l’importance de la collaboration avec les Autochtones pour la conservation des espèces.
Les mammifères figurent parmi les organismes les mieux décrits et sont également parmi les plus menacés. On estime aujourd’hui que plus d’une espèce de mammifère sur quatre est classée comme vulnérable, en danger ou en danger critique d’extinction. Cependant, en raison de l’attention qu’ils suscitent, la découverte de nouvelles espèces est extrêmement rare. Or, des descriptions taxonomiques complètes et formelles sont essentielles à la conservation des espèces.
Et si la découverte de nouvelles espèces est déjà rare, l’identification d’un nouveau genre (qui regroupe plusieurs espèces) l’est encore plus. On ne compte actuellement que près de 1 300 genres de mammifères vivants sur la planète et l’identification de nouveaux genres ne se produit que quelques fois par an, voire moins.
La découverte de « taxons Lazare », des animaux qui disparaissent des archives taxonomiques et semblent éteints depuis longtemps avant de réapparaître sous forme d’espèces vivantes, est encore plus rare. Les coelacanthes constituent l’un des exemples les plus marquants.
Le retour inattendu de « taxons Lazare »
Après plusieurs décennies de recherche, des chercheurs australiens affirment avoir redécouvert deux marsupiaux appartenant à ces taxons Lazare en Nouvelle-Guinée. « La découverte d’un taxon Lazare, même si on le croyait disparu récemment, est une découverte exceptionnelle », a déclaré Tim Flannery, professeur au Melbourne Sustainable Society Institute et chercheur invité de renom au Musée australien, qui a dirigé les recherches. « Mais la découverte de deux espèces, que l’on croyait éteintes depuis des milliers d’années, est remarquable. »
Le planeur à queue annelée (Tous ayamaruensis) et le phalanger pygmée à longs doigts (Dactylonax kambuayai) vivent tous deux dans les forêts tropicales reculées de la péninsule de Vogelkop. « Le Vogelkop est un ancien fragment du continent australien désormais intégré à l’île de Nouvelle-Guinée », explique Flannery. « Ses forêts pourraient abriter d’autres vestiges cachés d’une Australie passée. »

Les chercheurs ont été aidés par les Autochtones des clans Tambrauw et Maybrat pour leurs découvertes. Les premières preuves photographiques du planeur à queue annelée ont été rapportées en 2015 par un ouvrier agricole travaillant dans une plantation en Papouasie indonésienne (la partie occidentale de la Nouvelle-Guinée) et qui participait à un projet de surveillance de la biodiversité basé sur la science citoyenne. Ce projet consistait à demander aux travailleurs dans les champs de photographier ou d’enregistrer les sons de la faune sauvage qu’ils rencontraient au cours de leur travail.
L’animal ne correspondait à aucune espèce connue de la région et l’analyse des images a révélé une forte ressemblance avec une espèce qui n’a été décrite auparavant que par le biais de restes fossiles datant de la dernière période glaciaire. « Ces fossiles, initialement nommés Petauroides ayamaruensis, avaient été découverts plusieurs décennies auparavant sur des sites archéologiques de Papouasie occidentale et plus récemment en Papouasie-Nouvelle-Guinée », expliquent Flannery et ses collègues dans un article publié dans The Conversation.
L’animal est apparenté aux Petauroides, un groupe de grands planeurs australiens, mais est plus petit que ces derniers. Ses oreilles sont glabres et sa queue adaptée à la préhension et à l’enroulement autour des branches. Des analyses approfondies ont non seulement confirmé qu’il s’agissait d’un taxon Lazare, mais également qu’il appartenait à un genre entièrement nouveau de mammifère.
Le phalanger à longs doigts, quant à lui, a été photographié par un local au cours d’un voyage organisé dans la région par le site mammalwatching.com. Il s’agit en fait d’un petit opossum rayé disposant d’un quatrième doigt plus long que les autres qu’il utilise pour extraire des larves d’insectes à l’intérieur des troncs d’arbres pourris. Ses oreilles sont également adaptées à la détection de sons à basse fréquence émis par des insectes.
Les archives fossiles indiquent qu’il vivait dans le centre du Queensland, en Australie, il y a environ 300 000 ans, mais qu’il semblait avoir disparu au cours de la dernière période glaciaire. Avant sa redécouverte, les derniers restes fossiles connus en Papouasie occidentale datent d’environ 6 000 ans.
Des espèces fragiles encore largement méconnues
On ignore cependant encore beaucoup de choses sur les deux espèces, dont leur aire de répartition exacte qui est pour le moment tenue secrète afin de les protéger des risques de braconnage. Elles sont notamment menacées par l’exploitation forestière car elles nichent toutes deux dans les creux des troncs d’arbres.
Les planeurs à queue annelée sont en outre monogames et forment des couples à vie et n’élèvent qu’un seul petit par an, ce qui rend leur population particulièrement vulnérable. Certains groupes autochtones locaux considèrent l’animal comme sacré et méritant la plus haute protection, ce qui pourrait aussi expliquer pourquoi l’espèce est restée longtemps cachée, rapporte le New Scientist. Les découvertes sont décrites dans une édition spéciale de la revue Records of the Australian Museum.


