La Chine approuve la première interface cerveau-ordinateur commerciale au monde

Un implant cérébral permettant aux patients paralysés de contrôler un gant robotique souple.

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| Li He/VCG via Getty images

La Chine a récemment approuvé pour usage commercial une interface cerveau-ordinateur permettant aux personnes paralysées de retrouver la mobilité de leurs mains en contrôlant un gant robotique. Destiné aux patients partiellement paralysés à la suite d’une lésion médullaire, il s’agit du premier implant cérébral de ce type à être mis à disposition des patients en dehors des essais cliniques. Cette première approbation constitue une étape clé vers la mise à l’échelle de la technologie.

Les interfaces cerveau-ordinateur (ICO) sont considérées comme des alternatives prometteuses pour améliorer la qualité de vie des personnes souffrant de paralysie en leur restaurant des fonctions essentielles telles que les mouvements des membres et la capacité à communiquer.

Leur efficacité et leur fiabilité à long terme font cependant encore l’objet de débats. En particulier, les ICO implantables nécessitent de trouver un équilibre entre efficacité et sécurité. Cet aspect constitue l’un des défis majeurs du domaine, si bien que certains dispositifs, comme ceux de Neuralink, la start-up d’Elon Musk, ont fait l’objet de controverses en raison de problèmes de sécurité.

D’importantes avancées ont néanmoins été réalisées dans le domaine au cours des dernières années, et plusieurs entreprises biotechnologiques effectuent actuellement des essais cliniques. L’année dernière, Paradromics, une entreprise texane de neurotechnologie, a par exemple obtenu l’autorisation de mener un essai clinique d’une ICO permettant de retrouver la parole à la suite de maladies et de lésions neurologiques.

De son côté, Neuralink a également annoncé en janvier que 21 personnes participaient à des essais cliniques de ses ICO, qui permettraient de contrôler des bras robotisés par la pensée. Plus récemment, un groupe de chercheurs universitaires a testé avec succès une ICO permettant aux personnes tétraplégiques de taper sur un clavier d’ordinateur.

La semaine dernière, l’Administration nationale des produits médicaux (NMPA) en Chine a officiellement donné son feu vert pour la première ICO à usage commercial. « Il s’agit du premier lancement mondial d’un dispositif médical ICO et du passage à l’étape d’application clinique du premier dispositif médical ICO invasif au monde », expliquent les responsables dans un communiqué.

Un implant cérébral couplé à un gant robotique

Baptisée NEO et développée par Neuracle Technology, une entreprise biotechnologique basée à Shanghai, l’ICO approuvée par la NMPA est destinée aux personnes âgées de 18 à 60 ans souffrant d’une paralysie des membres à la suite d’une lésion de la moelle épinière. Plus précisément, elle est conçue pour les patients qui ont conservé une mobilité partielle d’un ou de leurs deux bras, selon le communiqué de l’agence.

De la taille d’une pièce de monnaie, le dispositif est implanté à l’intérieur du crâne, ce qui est moins invasif que les ICO concurrentes comme celles de Neuralink, qui sont implantées directement dans le cerveau.

Le dispositif NEO comporte huit électrodes placées sur un hémisphère cérébral qui enregistrent l’activité électrique du cerveau lorsque la personne imagine bouger sa main opposée. Les signaux sont ensuite envoyés à un ordinateur pour être décodés, puis utilisés pour contrôler un gant pneumatique souple. Ce dernier permettrait ensuite de saisir et de déplacer des objets afin d’effectuer des gestes du quotidien comme manger et boire.

Dans une étude prépubliée l’an dernier sur la plateforme medRxiv, les chercheurs de Neuracle Technology ont rapporté qu’un patient paralysé ayant utilisé le dispositif pendant neuf mois était désormais capable de manger et de boire de la main droite, chose impossible avant l’implantation de l’ICO.

Sa capacité à saisir, agripper, pincer et bouger sa main droite s’est également globalement améliorée. D’autre part, sa main gauche, qui n’avait pas utilisé le gant, aurait également gagné en mobilité, mais dans une moindre mesure par rapport à la droite. Ce premier essai clinique avait pour objectif d’évaluer la sécurité et l’efficacité du dispositif sur plusieurs mois après l’implantation.

D’après Zhengwu Liu, ingénieur électricien à l’Université de Hong Kong et collaborateur de l’équipe NEO : « ce type de preuves à long terme est rare dans ce domaine, et je pense que c’est l’une des raisons principales qui ont permis cette approbation. »

D’après l’équipe, 32 personnes ont reçu le dispositif à ce jour et toutes ont pu effectuer des mouvements de préhension qu’elles ne pouvaient pas réaliser auparavant. Les résultats sont, selon les chercheurs, en cours de rédaction. Les chercheurs prévoient également de tester NEO sur des personnes paralysées à la suite d’un accident vasculaire cérébral ischémique d’ici la fin de l’année, ainsi que des essais cliniques pour d’autres types d’ICO.

Les neurotechnologies inscrits dans la stratégie gouvernementale chinoise

À noter toutefois que si la technologie semble sûre et fiable, elle n’a tout de même été testée que sur un nombre restreint de patients. La rapidité d’approbation du produit pourrait donc avoir un lien potentiel avec le nouveau plan quinquennal du gouvernement chinois, dont la publication coïncide avec l’homologation. S’étendant entre 2026 et 2030, ce plan prévoit de faire des ICO un secteur d’avenir pour la Chine.

L’annonce de cette approbation à ce moment précis est « bien plus qu’une simple coïncidence », a déclaré à la revue Nature, Zhao Yuxin, chercheur spécialisé dans les capteurs intelligents à l’Institut de recherche sur les produits tubulaires de la China National Petroleum Corporation à Xi’an. Il s’agit d’un exemple concret de la mise en œuvre du plan quinquennal, a-t-il ajouté.

Liu a d’ailleurs affirmé que davantage d’ICO seront probablement approuvées en Chine dans un avenir proche, le plan gouvernemental visant notamment à stimuler les financements de la recherche dans le domaine. Plusieurs start-up spécialisées en ICO ont en outre déjà reçu le soutien du gouvernement, selon un rapport de Bloomberg. Ce soutien inclut par exemple des engagements visant à simplifier les procédures d’examen réglementaire et de remboursement.