Jared Isaacman, le nouvel administrateur de la NASA, a annoncé mardi dernier la suspension du projet Gateway, la station orbitale lunaire qui était censée servir de point relais pour les missions habitées à la surface de la Lune et vers Mars. La suspension de ce projet permettrait de concentrer les ressources sur la construction d’une base habitée à la surface de la Lune, pour laquelle l’agence prévoit d’octroyer un premier budget de 20 milliards de dollars.
L’annonce de l’administrateur de la NASA a eu lieu dans l’auditorium Webb, au siège de l’agence à Washington, lors d’un événement baptisé « Ignition ». L’auditoire était composé de près de 160 représentants de l’industrie aérospatiale, de personnalités politiques et de hauts responsables d’agences spatiales étrangères.
Plusieurs annonces importantes ont été effectuées, dont une mission à propulsion nucléaire vers Mars, qui déploiera trois drones, ainsi que des changements majeurs concernant les stations spatiales commerciales. En particulier, Isaacman a confirmé la suspension du projet Gateway, qui avait déjà fait l’objet de critiques le dénonçant comme une dépense inutile empêchant de se concentrer sur d’autres missions plus importantes.
D’après Isaacman, la NASA ne souffrirait pas d’un manque de revenus, mais plutôt de dépenses longtemps orientées vers des projets non prioritaires. « Nous avons trop longtemps cherché à satisfaire toutes les parties prenantes, et les conséquences sont clairement documentées dans les rapports de l’Inspection générale de la NASA », a-t-il déclaré lors de l’événement, selon Ars Technica.
« Des milliards de dollars gaspillés. Des années perdues. Du matériel qui n’a jamais été lancé. Moins de missions scientifiques phares. Et moins d’astronautes dans l’espace, ce qui signifie moins d’enfants déguisés en astronautes pour Halloween. Je n’aime pas ça. Le président n’aime pas ça. Le peuple américain a assez attendu. »
La suspension du projet Gateway constitue, selon lui, un premier pas pour corriger le tir et se concentrer davantage sur des missions prioritaires telles que l’établissement d’une base lunaire habitée près du pôle sud de la Lune. « L’agence a l’intention de suspendre le programme Gateway sous sa forme actuelle et de se concentrer sur les infrastructures permettant des opérations de surface continues », a-t-il déclaré dans un communiqué relayé par l’Agence France-Presse.
Un établissement lunaire en trois étapes
La base lunaire s’établirait en trois phases qui coûteraient chacune environ 10 milliards de dollars. La première, s’étendant jusqu’en 2028, devrait comprendre 21 alunissages déposant au total 4 tonnes de charge utile à la surface de la Lune. Cela inclura le rover VIPER, destiné à prospecter les ressources lunaires, quatre drones « Moon Fall » capables de parcourir jusqu’à 50 km et d’atteindre des zones difficiles d’accès pour l’homme, des prototypes de véhicules tout-terrain lunaires pouvant fonctionner jusqu’à 150 heures sans ensoleillement, ainsi que des unités de chauffage à radio-isotopes. Deux constellations de satellites de communication en orbite lunaire devraient également être établies au cours de cette phase.
La seconde phase, s’étendant entre 2029 et 2032, viserait à identifier le site destiné à accueillir la base habitée. Cette étape devrait comprendre 27 alunissages pour déposer une masse totale de 60 tonnes de charge utile, dont des rovers pressurisés de plus grande taille, des dispositifs d’énergie solaire et nucléaire pour les activités de surface, des tours de communication et des rovers excavateurs.
La phase finale, de 2032 à 2036, permettrait d’établir des habitats pour une présence humaine permanente, pouvant accueillir quatre astronautes pour des missions de quatre semaines. Elle serait constituée de 28 alunissages pour le dépôt de 150 tonnes de matériel, dont une centrale nucléaire, plusieurs rovers, une zone industrielle pour la production de ressources in situ, ainsi que des centaines de kilogrammes de matériel scientifique.
Pression sur les prestataires
La réalisation de ces étapes dans les délais dépendra toutefois non seulement de la NASA, mais également de ses prestataires et sous-traitants privés. En particulier, Isaacman a pointé du doigt les retards répétés des projets de l’agence et les dépassements de budget, exhortant les parties prenantes à faire davantage d’efforts.
« Nous n’allons pas rester les bras croisés face aux retards et aux dépassements de budget », a-t-il déclaré lors de l’événement. « Il faut s’attendre à des mesures difficiles si nécessaire. Car le public a investi 100 milliards de dollars et a fait preuve d’une grande patience quant au retour des États-Unis sur la Lune. Les attentes sont donc légitimement très élevées. Les contribuables et leurs représentants au Congrès doivent exiger des comptes de chaque dirigeant et de chaque PDG si ces attentes ne sont pas satisfaites. »
Pour ce faire, l’agence serait prête à tout mettre en œuvre pour soutenir ses sous-traitants, en détachant par exemple des experts de haut niveau et en assouplissant ses exigences. Parmi les principaux prestataires engagés par la NASA pour son programme lunaire figurent SpaceX et Blue Origin, les entreprises d’Elon Musk et de Jeff Bezos respectivement, chargées de développer les atterrisseurs lunaires utilisés dans le cadre du programme Artemis.
Pendant ce temps, les autres puissances spatiales, telles que la Chine, poursuivent leurs efforts et réalisent d’importants progrès en matière d’exploration lunaire. D’après Isaacman, la première base lunaire habitée constituerait un enjeu majeur entre grandes puissances et, en cas d’échec, les États-Unis céderaient la Lune à la Chine, lui laissant une avance stratégique dans l’exploration lunaire.


