Des biologistes ont identifié chez le golden retriever des gènes liés à certains traits comportementaux, tels que la facilité de dressage et la peur des étrangers, qui influencent également les émotions et la santé mentale chez l’homme. Chez l’humain, ces gènes en commun seraient liés à l’anxiété et la dépression, ainsi qu’à l’intelligence. Cela pourrait expliquer la prédisposition accrue des golden retrievers à certains comportements par rapport à d’autres races de chien.
Les chiens sont des animaux très sociaux présentant des comportements et des états émotionnels d’une diversité comparable à celle des humains. Cette diversité résulte d’interactions complexes entre facteurs génétiques et environnementaux. Chez les humains, des études sur des jumeaux et des analyses pangénomiques à grande échelle ont montré que certains traits psychiatriques et cognitifs peuvent être hérités. Cela suggère que la diversité comportementale et émotionnelle possède une base biologique.
Chez les chiens, les analyses comportementales ont également révélé une importante influence génétique avec une variabilité et des spécificités entre les races. D’autre part, certains chiens peuvent développer des équivalents de troubles neurologiques humains tels que dysfonctionnement cognitif canin lié à l’âge, qui est un analogue de la maladie d’Alzheimer. Ils peuvent aussi présenter des comportements compulsifs similaires aux troubles obsessionnels-compulsifs humains.
Cette forte corrélation entre de nombreux traits psychiatriques et cognitifs suggère que les chiens et les humains pourraient avoir des bases génétiques communes en ce qui concerne les phénotypes comportementaux et émotionnels. Autrement dit, ces traits pourraient partager des mécanismes sous-jacents communs.
Des traits psychiatriques communs entre chiens et humains
La compréhension de ces mécanismes communs pourrait non seulement contribuer à améliorer les stratégies en matière de soins canins, mais également à la recherche sur les maladies neurologiques chez l’humain. La diversité phénotypique et la facilité de manipulation génétique des chiens en font d’excellents modèles translationnels pour la génétique psychiatrique.
« Les chiens qui vivent chez nous partagent non seulement notre environnement physique, mais aussi certains des défis psychologiques liés à la vie moderne », explique Daniel Mills, spécialiste des problèmes comportementaux chez les animaux à l’Université de Lincoln, en Angleterre. « Nos animaux de compagnie peuvent constituer d’excellents modèles pour certaines affections psychiatriques humaines associées à des troubles émotionnels », indique-t-il.
Cependant, les bases génétiques sous-tendant la diversité des traits comportementaux demeurent incomprises autant chez les chiens que chez les humains. Pour explorer la question, Mills et ses collègues de l’Université de Cambridge ont effectué une analyse comparative des gènes associés à différents traits comportementaux chez les humains et les goldens retrievers.
« Dans cette étude, nous avons émis l’hypothèse que les gènes associés aux traits comportementaux chez les chiens seraient associés aux traits humains dans les mêmes grands domaines psychiatriques, tempéramentaux ou cognitifs, reflétant une biologie conservée entre les espèces, mais nous n’avons pas limité nos comparaisons uniquement à des appariements phénotypiques canins-humains étroits », expliquent les chercheurs dans leur article publié le mois dernier dans la revue PNAS.
Pour étayer leur hypothèse, les experts ont utilisé les données comportementales de 1 300 goldens retrievers âgés de trois à sept ans et issus de l’étude Golden Retriever Lifetime Study, menée par la Morris Animal Foundation depuis 2012. Les maîtres des chiens inscrits à l’étude ont répondu à des questionnaires détaillés concernant 73 comportements spécifiques chez leur animal. Ces données ont ensuite été regroupées pour donner des scores dans 14 catégories qui prédisent de manière fiable divers traits comportementaux.
Les génomes des chiens ont été séquencés à partir de prélèvements sanguins afin d’identifier les marqueurs génétiques les plus fréquents chez les chiens les plus susceptibles de présenter les 14 traits comportementaux. En comparant ces séquences avec celles de chiens qui présentent moins de ces traits comportementaux, un lien entre des régions spécifiques du génome et des traits spécifiques peut être établi.
Des racines génétiques comportementales communes
En comparant les résultats des séquençages génomiques des chiens avec ceux du génome humain, l’équipe a identifié douze des gènes présents chez les golden retrievers qui jouent également un rôle dans le comportement et les caractéristiques émotionnelles humaines. Le gène PTPN1 est par exemple associé à l’agressivité envers d’autres chiens chez les goldens retrievers, tandis qu’il est associé à l’intelligence et aux comportements dépressifs chez l’humain.
Une autre variante de ce gène (précision ajoutée) est associée à la peur d’autres chiens ou d’étrangers chez les goldens retrievers, tandis qu’il est chez l’humain lié à l’anxiété persistante suite à une situation embarrassante ainsi qu’à un taux de réussite scolaire plus élevé. La capacité d’apprentissage chez les goldens retrievers est médiée par le gène ROMO1, qui, chez l’humain, est aussi associé à l’intelligence et la sensibilité émotionnelle.
« Ces résultats sont vraiment frappants : ils apportent des preuves solides que les humains et les golden retrievers partagent des racines génétiques communes quant à leur comportement. Les gènes que nous avons identifiés influencent fréquemment les états émotionnels et le comportement chez les deux espèces », indique Eleanor Raffan, chercheuse au Département de physiologie, de développement et de neurosciences de l’Université de Cambridge, qui a dirigé l’étude.
À noter que les gènes identifiés par les chercheurs n’entraînent pas directement de comportements spécifiques, mais influencent plutôt leur régulation de manière plus générale, précisent les chercheurs. Les chiens présentant une « peur non sociale » (peur d’objets comme les bus et les aspirateurs) possèdent, par exemple, un gène qui, chez l’humain, est associé à l’irritabilité, à la sensibilité et au recours aux soins médicaux en cas de nervosité ou d’anxiété. Cela pourrait en outre expliquer pourquoi les goldens retrievers présentent des différences marquées en matière de peur ou d’agressivité par rapport à d’autres races de chiens.
« Si votre golden retriever se cache derrière le canapé à chaque fois que la sonnette retentit, vous aurez peut-être un peu plus d’empathie si vous savez qu’il est génétiquement prédisposé à être sensible et anxieux », conclut Anna Morros-Nuevo, chercheuse au département de physiologie, de développement et de neurosciences de l’université de Cambridge, qui a également participé à l’étude.

