Depuis la promulgation de la loi Neuwirth en 1967, la pilule contraceptive a permis à des millions de femmes de maîtriser leur fécondité. Pourtant, aucune alternative médicamenteuse réversible n’avait jusqu’alors vu le jour pour les hommes. En 2022, une équipe de chercheurs américains s’est attelée à combler cette lacune, en développant un comprimé visant à inhiber la production de spermatozoïdes. Baptisé YCT-529, ce candidat-médicament actuellement à l’essai pourrait bien ouvrir la voie à une contraception plus équitable entre hommes et femmes.
L’idée d’une contraception masculine n’est pas nouvelle. Elle émerge dès les années 1960, dans le sillage des premières solutions de contraception féminine. En 1976, une équipe française dirigée par le docteur Salat-Baroux expérimente une combinaison de progestatifs oraux et d’implants de testostérone. Bien que cette approche parvienne à provoquer une azoospermie en quelques mois, les effets secondaires — baisse de la libido, prise de poids — conduisent rapidement à l’abandon du projet.
Actuellement, seules deux méthodes contraceptives masculines sont officiellement reconnues : le préservatif et la vasectomie. Cette dernière, bien qu’efficace, demeure difficilement réversible en raison de son caractère chirurgical, ce qui suscite des réticences chez nombre de professionnels de santé comme de patients.
D’autres options, à l’instar de la contraception thermique — qui repose sur le port d’un dispositif maintenant les testicules à une température suffisante pour inhiber la spermatogenèse — ou l’injection intramusculaire d’un dérivé de testostérone, existent, mais aucune n’est à ce jour reconnue par le ministère de la Santé.
Dans ce contexte, des chercheurs de l’Université du Minnesota, associés à l’Université Columbia et à la start-up YourChoice Therapeutics, ont mis au point une pilule contraceptive masculine non hormonale, une première dans le domaine. « Une pilule masculine sûre et efficace offrira davantage d’options contraceptives aux couples », indique dans un communiqué Gunda Georg, professeure à la faculté de pharmacie de l’université du Minnesota et coautrice de l’étude. « Elle contribuera à un partage plus équitable des responsabilités liées à la planification familiale et favorisera l’autonomie reproductive des hommes », poursuit-elle.
La molécule tire son efficacité d’un mécanisme fondé sur la vitamine A. Dans l’organisme, celle-ci se transforme en divers composés, dont l’acide rétinoïque, indispensable à la croissance cellulaire, à la spermatogenèse et au développement embryonnaire. Pour agir, cet acide nécessite des récepteurs spécifiques, appelés RAR-alpha. Des études antérieures ont montré que l’absence du gène codant pour ce récepteur induit une stérilité chez la souris.
C’est sur cette base que les chercheurs ont conçu l’YCT-529, une molécule capable de bloquer sélectivement les récepteurs RAR-alpha. En ciblant spécifiquement ces récepteurs, sans interférer avec d’autres types de récepteurs rétinoïques, le traitement limite ainsi les effets secondaires tout en inhibant la production de spermatozoïdes.
Les essais précliniques ont livré des résultats encourageants. Dans une étude publiée dans la revue Communications Medicine, les scientifiques rapportent qu’après quatre semaines d’administration, l’YCT-529 atteint une efficacité de 99 % chez la souris mâle. Fait notable, la fertilité revient à la normale six semaines après l’arrêt du traitement.
Vers des essais cliniques sur l’homme
Chez les primates non humains, une chute importante du nombre de spermatozoïdes est observée dès la deuxième semaine de traitement, avec un retour à la normale entre dix et quinze semaines après l’arrêt. Aucun signe de toxicité ni effet secondaire n’a été relevé à ce stade des recherches.
Fort de ces résultats, le consortium a entamé des essais cliniques sur l’homme. La première phase, conduite en 2024 par YourChoice Therapeutics, a été concluante. Une seconde phase est en cours pour affiner les données d’efficacité et de sécurité.
Nadja Mannowetz, directrice scientifique et cofondatrice de YourChoice Therapeutics, souligne l’importance de cette avancée : « Cette étude a permis de lancer les essais cliniques du YCT-529 chez l’homme, qui progressent de manière prometteuse ». Elle ajoute : « Avec un taux de grossesses non planifiées avoisinant les 50 % aux États-Unis et dans le monde, il est très important d’élargir les options contraceptives disponibles, notamment pour les hommes ». En proposant une alternative non hormonale et réversible, cette pilule pourrait contribuer à rééquilibrer la charge contraceptive, historiquement assumée par les femmes.