Combinée à un soutien psychologique, une dose unique de diméthyltryptamine (DMT), un psychédélique, a réduit rapidement les symptômes chez les adultes souffrant de trouble dépressif majeur, lors d’un essai clinique de phase 2. Les améliorations ont persisté jusqu’à 12 semaines sans effets secondaires notables, ce qui laisse penser que ce composé à action rapide pourrait constituer une alternative potentielle plus pratique pour ce type de pathologie que les thérapies psychédéliques à effet prolongé.
Le trouble dépressif majeur constitue l’une des principales causes d’invalidité dans le monde, affectant significativement la qualité de vie des individus et de leurs proches. Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine constituent les traitements de première intention pour sa prise en charge, mais de nombreuses personnes ne présentent que peu, voire pas, de réponse à ces traitements.
Ces traitements provoquent également des effets secondaires tels que des dysfonctionnements sexuels, une prise de poids et des troubles du sommeil. Leur efficacité limitée, combinée aux effets secondaires, souligne la nécessité d’identifier des stratégies thérapeutiques alternatives.
Parmi celles explorées figurent les composés psychédéliques tels que la psilocybine et la DMT. Des études ont démontré les avantages de la psilocybine pour la prise en charge des troubles de l’humeur. Des essais randomisés ont montré des effets antidépresseurs modérés à importants après 8 à 15 jours. Selon certaines études comparatives, ce taux d’efficacité serait supérieur à la moyenne des traitements antidépresseurs standards.
Cependant, les effets psychédéliques de la psilocybine persistent pendant environ deux heures, ce qui prolonge les séances thérapeutiques, impose des suivis psychothérapeutiques plus rigoureux et entrave leur application généralisée.
La DMT est en revanche un psychédélique à action rapide qui, en étant administrée par la voie intraveineuse, a une demi-vie plasmatique courte (temps nécessaire pour que la concentration diminue de moitié après administration) et ne provoque des effets psychédéliques que pendant une demi-heure en moyenne. Cela pourrait permettre des séances thérapeutiques plus courtes et donc potentiellement plus pratiques et moins coûteuses.
Cependant, la question de savoir si un psychédélique à action aussi rapide peut avoir des effets antidépresseurs similaires à ceux de la psilocybine demeurait jusqu’ici incertaine. Dans le cadre d’une étude publiée le 16 février 2026 dans la revue Nature Medicine, une équipe co-dirigée par l’Imperial College London a exploré la question en analysant les effets d’une dose unique de DMT sur la dépression sévère chez les adultes.
Des effets bénéfiques dès une semaine après l’injection
La DMT agit en activant les récepteurs 5-HT2A de la sérotonine, impliqués dans la régulation de l’humeur, de la cognition et du traitement sensoriel. Des études antérieures ont démontré son potentiel antidépresseur. Une étude contrôlée par placebo menée auprès de participants sains, mais présentant des symptômes dépressifs légers évalués à l’aide d’échelles standardisées, a par exemple révélé que l’administration intraveineuse de DMT (20 mg), combinée à un soutien psychologique le jour de la prise, réduisait significativement les scores de dépression légère et d’anxiété.
« À partir de ces résultats, nous avons mené un essai clinique de phase IIa en deux étapes évaluant l’innocuité et l’efficacité d’une perfusion intraveineuse de DMT de 10 minutes chez des participants atteints de dépression majeure modérée à sévère », expliquent les auteurs de la nouvelle étude.
34 adultes souffrant de trouble dépressif majeur ont été recrutés pour l’essai, qui comportait une première étape en double aveugle et une seconde étape ouverte (les participants et les chercheurs savaient ce qui allait être administré). Au cours de la première étape, les participants ont été répartis en deux groupes, l’un recevant une dose unique de DMT (21,5 milligrammes) et l’autre un placebo. La seconde étape a été effectuée deux semaines plus tard, permettant à l’ensemble des participants de recevoir du DMT avec le soutien d’un psychothérapeute.
Deux semaines après, les participants qui avaient reçu du DMT au cours de la première phase de l’étude ont montré une réduction significative de leurs symptômes dépressifs (mesurés selon l’échelle standard d’évaluation de la dépression de Montgomery-Åsberg) par rapport à ceux qui avaient reçu un placebo. Des améliorations étaient même déjà observées dès une semaine après le traitement, d’après les chercheurs.
Au cours de la phase ouverte de l’étude, les effets antidépresseurs du DMT se sont maintenus jusqu’à 3 mois, sans différence significative entre les patients ayant reçu une ou deux doses. En outre, la plupart des effets secondaires signalés étaient légers ou modérés, tels qu’une douleur au point d’injection, des nausées et une anxiété passagère.
Les auteurs soulignent toutefois qu’un essai plus vaste sera nécessaire pour confirmer l’efficacité du DMT contre le trouble dépressif majeur, ainsi que la durée de ses effets par rapport aux thérapies existantes.


