Une expédition majeure vers le « glacier de l’apocalypse » pourrait enfin lever le voile sur son avenir

Des réponses supplémentaires quant aux catastrophes face auxquelles le monde devrait se préparer si l’on venait à le perdre.

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Une équipe de près de 40 scientifiques internationaux et journalistes est en route pour une expédition vers le tristement célèbre « glacier de l’apocalypse » afin d’évaluer de près son état. Si des preuves croissantes indiquent une fonte accélérée en raison du réchauffement climatique, son avenir, ainsi que ses impacts sur la planète, demeurent incertains. On espère désormais que l’expédition apportera davantage de réponses quant aux catastrophes face auxquelles le monde devrait se préparer si l’on venait à perdre le glacier.

Ce glacier mesure près de 192 000 kilomètres carrés (soit à peu près la taille du Royaume-Uni ou de la Floride). Le glacier de l’Apocalypse, ou glacier de Thwaites, en Antarctique occidentale, doit son surnom à son rôle majeur dans le bilan hydrique du continent et du monde entier. En effet, les scientifiques estiment qu’il renferme suffisamment d’eau pour faire monter le niveau des mers de plus de soixante centimètres à l’échelle mondiale s’il venait à fondre complètement. Sa perte pourrait, à son tour, provoquer l’effondrement de la calotte glacière de l’Antarctique occidentale située derrière lui, ce qui pourrait augmenter les niveaux des mers de trois à cinq mètres. Épaisse par endroits de plus d’un kilomètre et demi, cette calotte pourrait s’effondrer en seulement quelques siècles si Thwaites venait à fondre complètement.

Il s’agit du pire scénario prévu par les modélisations climatiques, mais des études récentes suggèrent que l’ampleur de l’impact du réchauffement climatique sur le glacier pourrait avoir été sous-estimée. En d’autres termes, la vitesse à laquelle le glacier de Thwaites perd en masse et en volume pourrait avoir été sous-évaluée. Si l’on supposait auparavant que la base du glacier était relativement protégée du réchauffement climatique en étant ancrée au fond marin, de récentes observations ont révélé que de l’eau de mer chaude s’infiltre en dessous et pourrait fragiliser rapidement l’ensemble de la structure. Des images satellitaires ont révélé d’immenses fissures atteignant plusieurs centaines de mètres de profondeur au niveau de zones auparavant considérées comme stables — un signe de l’instabilité croissante du glacier.

D’autre part, un scénario d’effondrement en cascade (c’est-à-dire l’effondrement d’un grand glacier principal suivi de celui d’autres situés derrière) se serait déjà produit il y a environ 120 000 ans, selon une hypothèse scientifique fondée sur des données paléoclimatiques. La nouvelle expédition sur le terrain menée par une équipe internationale de chercheurs visera précisément à combler les incertitudes quant à l’état du glacier et à la vitesse à laquelle il pourrait s’effondrer.

Une collecte d’information au plus près du front glaciaire

L’équipe d’expédition est partie samedi dernier d’un port néo-zélandais à bord de l’Aaron, un brise-glace sud-coréen, selon le New York Times, qui fait partie des organismes de presse suivant la mission. L’équipe passera environ un mois à effectuer des observations et des relevés en bordure du glacier, luttant contre les conditions extrêmes et les imprévus potentiels. La glace est en effet instable, se déplaçant d’environ neuf mètres par jour et exposant les équipes à des dangers potentiels. Le matériel peut aussi tomber en panne ou tomber dans des crevasses. Afin d’anticiper ces problèmes, « il y aura un plan A à F », a déclaré au journal Chris Pierce, un glaciologue de l’Université d’État du Montana qui participe à l’expédition.

Différentes expériences seront prévues pour étudier le glacier de front, dont l’utilisation d’un radar aéroporté pour cartographier sa structure interne. Les chercheurs prévoient également de forer jusqu’à 800 mètres sous la glace afin d’installer des capteurs dans l’océan et de larguer du matériel via des hélicoptères. Une expérience particulièrement fascinante consistera à coller des capteurs à des phoques afin de collecter des données sur la température et la salinité de la mer entourant le glacier, lesquelles seront ensuite transmises par satellite.

Pouvant plonger jusqu’à plus de 500 mètres de profondeur, ces mammifères marins se déplaceraient naturellement là où les conditions marines sont les plus actives. Cela signifie que les données collectées à l’aide des phoques ne seront pas aussi aléatoires qu’on pourrait le supposer, a expliqué Lars Boehme, écologue à l’Université de St Andrews, au New York Times. Les phoques « vont là où il y a de la nourriture et très souvent, il s’agit d’endroits où, du point de vue de l’environnement et de l’océanographie, il se passe des choses importantes ».

Il s’agira probablement de l’une des expéditions les plus importantes de la décennie, car ses résultats contribueront à déterminer l’avenir de nos littoraux et des centaines de millions de personnes qui y résident, sans compter l’économie qui en dépend.

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