Meta vient officiellement d’acquérir Manus, une start-up singapourienne spécialisée dans l’IA, qui s’est fait connaître avec son agent IA avancé. Avec un investissement de 2 milliards de dollars, cette opération s’inscrit dans la stratégie d’investissement accrue du géant de la tech dans l’intelligence artificielle. Meta assure par ailleurs que cette acquisition n’entrera pas en conflit avec les intérêts stratégiques des États-Unis face à la concurrence chinoise.
Lancé en mars de l’année dernière par la start-up technologique chinoise Butterfly Effect, Manus a suscité l’intérêt d’investisseurs majeurs dès ses débuts. Lors d’une démonstration publique, l’agent IA a présenté une performance notable dans l’exécution autonome de tâches complexes et polyvalentes, telles que l’étude de marché, la programmation informatique, l’analyse de données ou encore la présélection de candidats à l’embauche.
La start-up a ensuite quitté la Chine pour s’installer à Singapour, et Manus est devenu une entité indépendante peu après le lancement de l’agent IA éponyme. L’entreprise a depuis affirmé sa place comme un acteur notable du secteur. Elle revendique notamment des performances supérieures à celles de l’agent Deep Research d’OpenAI, sans toutefois préciser les métriques retenues.
Ces performances lui auraient valu d’atteindre un chiffre d’affaires annuel de plus de 100 millions de dollars seulement huit mois après son lancement, grâce aux abonnements mensuels et annuels. Manus affirme également avoir traité plus de 147 billions de « tokens » de texte et de données, ainsi que pris en charge plus de 80 millions d’ordinateurs virtuels.
Environ un mois après son lancement, la start-up a levé 75 millions de dollars lors d’un tour de table mené par la société de capital-risque américaine Benchmark, portant sa valorisation à 500 millions de dollars. D’autres investisseurs ont également participé à l’opération, notamment Tencent et HongShan Capital Group (HSG), qui ont investi ensemble 10 millions de dollars supplémentaires.
L’entreprise aurait apparemment été approchée par Meta à la mi-décembre, après avoir atteint plusieurs millions d’utilisateurs, selon le Wall Street Journal. Le groupe de Menlo Park aurait alors proposé un investissement de 2 milliards de dollars, correspondant à la valorisation recherchée par Manus pour son prochain tour de table.
Une acquisition sous surveillance géopolitique
L’acquisition de Manus par Meta s’inscrit dans la volonté du groupe d’investir de manière soutenue dans l’IA, notamment en attirant des compétences et en accélérant le développement de ses activités dans ce domaine. Parmi les récentes acquisitions de Meta dans l’intelligence artificielle, Manus figure, pour l’heure, parmi les rares entités à générer des bénéfices.
Cette opération intervient alors que les investisseurs de Meta s’inquiètent de plus en plus des retours sur investissement liés aux dizaines de milliards de dollars consacrés à des infrastructures telles que les centres de données. L’entreprise affirme qu’elle continuera à faire fonctionner Manus de manière indépendante, tout en intégrant les agents IA de la start-up à Facebook, Instagram et WhatsApp, selon CNBC.
L’acquisition pourrait toutefois susciter des interrogations au sein du Congrès et du gouvernement américains. Benchmark, déjà critiqué pour son investissement dans l’entreprise, avait été mis en cause en raison du risque que des capitaux américains soutiennent une société liée à la Chine.
Meta a néanmoins assuré que Manus n’aura plus aucun lien avec des investisseurs chinois à l’issue de la transaction et cessera toute activité en Chine. « Après la transaction, aucun actionnaire chinois ne détiendra plus de participation dans Manus AI, et Manus AI interrompra ses services et ses opérations en Chine », a déclaré un porte-parole de Meta à Nikkei Asia.
De son côté, Manus aurait licencié la majeure partie de ses employés basés à Pékin avant le transfert de son siège social à Singapour. « Rejoindre Meta nous permet de bâtir sur des bases plus solides et plus durables, sans modifier le fonctionnement de Manus ni notre processus décisionnel », a déclaré Xiao Hong, PDG de Manus, dans un communiqué. Meta a par ailleurs indiqué que certains employés de Manus rejoindront ses équipes, l’entreprise poursuivant sa politique agressive de recrutement de talents en IA.


