Aux États-Unis, la vague de suppressions de postes lancée en février au sein de l’administration fédérale frappe désormais la recherche scientifique de plein fouet. Après les coupes budgétaires et les restructurations, des licenciements massifs ont touché les National Institutes of Health (NIH), principal organisme public dédié à la recherche médicale. Parmi les chercheurs remerciés figure le Dr Richard Youle, référence mondiale dans l’étude des maladies neurodégénératives et lauréat du Breakthrough Prize pour ses travaux sur Parkinson. Son départ soulève de vives inquiétudes quant à l’avenir de la recherche fondamentale aux États-Unis.
Le mardi 1er avril, une nouvelle série de licenciements a secoué le NIH, considéré comme la première source mondiale de financement de la recherche biomédicale. Près d’un quart de ses effectifs a été congédié, selon des sources internes. L’opération s’inscrit dans ce que Robert F. Kennedy Jr., secrétaire à la Santé et aux Services sociaux, présente comme un « réalignement stratégique ».
Ces décisions interviennent dans un contexte de coupes généralisées au sein des institutions scientifiques fédérales. Dès février, la National Science Foundation (NSF) avait déjà remercié 168 de ses employés, soit près de 10 % de son personnel.
La semaine dernière, Robert F. Kennedy Jr. annonçait par ailleurs la suppression de 10 000 postes au sein de son ministère, affectant notamment les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) et la Food and Drug Administration (FDA).
L’excellence scientifique américaine menacée ?
Parmi les chercheurs remerciés figurent plusieurs figures de proue du NIH. Au moins dix scientifiques de premier plan ont été informés de leur licenciement mardi, dont le Dr Richard Youle, salué pour ses recherches pionnières sur les mécanismes cellulaires impliqués dans la maladie de Parkinson.
« Licencier onze de nos chercheurs principaux les plus expérimentés… Nous espérons qu’il s’agit d’une erreur, car nous ne comprenons pas le sens d’une telle décision », a déclaré Walter Koroshetz, directeur du National Institute of Neurological Disorders and Stroke (NINDS), lors d’une réunion publique rapportée par WIRED.
Les laboratoires concernés mènent des travaux déterminants, allant des essais cliniques aux recherches précliniques. Leur démantèlement soulève de nombreuses interrogations sur le devenir des données collectées et sur le suivi des patients engagés dans ces protocoles scientifiques.
Un avenir incertain pour la jeune génération de chercheurs
La secousse se propage aussi chez les jeunes scientifiques. Dans un courriel adressé à plus de 2 000 doctorants et postdoctorants, Sharon Milgram, directrice du Bureau de la formation du NIH, a tenté de calmer les esprits : « Je peux vous assurer que votre bourse n’est pas immédiatement résiliée, et que nous discuterons prochainement, au cas par cas, des possibilités de réaffectation. »
Mais l’inquiétude demeure vive chez ces chercheurs, souvent engagés pour des périodes de un à deux ans, et désormais orphelins de leurs encadrants scientifiques.
La réforme en cours n’épargne pas non plus le secteur environnemental. L’administration Trump envisage de réduire jusqu’à 20 % les effectifs de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), référence en matière de prévision climatique. Par ailleurs, plus de 1 100 chercheurs de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) sont menacés, dans le sillage de la suppression annoncée de son bureau de recherche et développement.
Une « refonte nécessaire », selon l’administration Trump
Face aux critiques, Robert F. Kennedy Jr. défend la rigueur de ces choix. Dans une déclaration publiée sur X (anciennement Twitter), il reconnaît traverser un « moment difficile », mais invoque la nécessité d’une réforme en profondeur face à l’ampleur du budget de son ministère. « Cette refonte vise à réaligner le HHS sur sa mission première : enrayer l’épidémie de maladies chroniques et restaurer la santé des Américains », écrit-il.
Du côté du NIH, des voix s’élèvent pour alerter sur les conséquences de ces départs massifs. L’absence de chercheurs aussi éminents pourrait, selon certaines sources, paralyser les efforts de recherche les plus avancés, notamment dans le développement de traitements innovants.
Alors que l’administration Trump poursuit sa reconfiguration du paysage scientifique, une lettre ouverte signée par plus de 1 900 scientifiques dénonce une attaque sans précédent contre la science. L’ensemble de la communauté scientifique retient son souffle, confrontée à un avenir incertain dans un pays longtemps considéré comme le moteur de l’innovation mondiale.