Alors que la pénurie d’eau constitue l’un des plus importants défis environnementaux, une étude suggère que le vieillissement de la population mondiale pourrait réduire de manière significative la demande dans les décennies à venir, toutes choses égales par ailleurs. Les données indiquent que le vieillissement de la population pourrait réduire de 15 à 31 % la consommation en eau d’ici 2050. Ces résultats mettent en lumière un facteur souvent sous-estimé pouvant influencer la sécurité hydrique à l’échelle mondiale.
Il est désormais reconnu que la population mondiale est entrée dans une ère de vieillissement croissant en raison de la baisse du taux de natalité et de l’augmentation de l’espérance de vie dans de nombreux pays. Le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans dans le monde est notamment passé d’environ 129 millions en 1965 à 750 millions aujourd’hui. Les projections indiquent que ce nombre devrait continuer à augmenter et pourrait atteindre 2,5 milliards d’ici 2100, selon des estimations démographiques internationales.
Le vieillissement de la population est donc devenu un sujet de préoccupation en matière de développement en raison des impacts qu’il pourrait avoir sur de nombreux secteurs. Il pourrait par exemple freiner la croissance économique en raison de la réduction de la population en âge de travailler et de l’augmentation des charges publiques (hausse des coûts des retraites, des besoins en soins de santé, etc.).
Des études ont également suggéré qu’il pourrait engendrer des impacts sur l’environnement, par exemple en augmentant les coûts énergétiques en matière de chauffage. Cependant, alors que l’aggravation des pénuries d’eau suscite toujours plus d’inquiétude, les impacts potentiels du vieillissement de la population sur la consommation d’eau à l’échelle mondiale restent peu explorés.
Dans une étude publiée récemment dans la revue Water Resources Research, des chercheurs de l’Université de Tianjin, en Chine, mettent en évidence un impact jusqu’ici peu étudié du vieillissement de la population sur la consommation mondiale en eau. « Jusqu’à présent, on ignorait si l’accélération du vieillissement de la population mondiale avait un impact indépendant sur la consommation d’eau », expliquent les chercheurs dans leur document.
« Nous avons mis en évidence, par des méthodes quantitatives, un net déclin de la consommation d’eau lié au vieillissement de la population mondiale, et nous avons ensuite analysé les mécanismes potentiels à l’origine de ce phénomène », indiquent-ils.
Une baisse de 2,17 % de la consommation d’eau pour 1 % de personnes âgées en plus
Les études et les modèles de prédiction sur l’équilibre et la sécurité hydriques mondiaux se sont principalement concentrés sur la démographie, la croissance économique et les effets du changement climatique. Peu d’études ont jusqu’ici pris en compte la structure par âge de la population comme facteur déterminant de la consommation d’eau. En intégrant le vieillissement démographique à leur analyse, les chercheurs de la nouvelle étude montrent que la demande en eau ne dépend pas uniquement du nombre d’habitants, mais également de la composition de la population.
Les données analysées, provenant de 168 pays entre 1987 et 2018, indiquent une corrélation statistique significative entre la structure par âge d’une population et sa consommation globale d’eau. Plus la proportion de personnes âgées augmente, plus la consommation totale d’eau diminue.
Une augmentation de 1 % de la proportion de la population âgée de 65 ans et plus serait corrélée à une diminution d’environ 2,17 % en moyenne de la consommation d’eau, l’effet le plus marqué étant observé dans l’industrie, où la consommation diminue d’environ 2,6 % (contre 2,3 % pour la consommation domestique et 1,9 % pour l’irrigation).
Ainsi, la consommation d’eau devrait connaître une croissance lente, voire une baisse, dans les populations vieillissantes telles que celles du Japon, d’Amérique du Nord et de certaines régions d’Europe, tandis que les régions à population jeune, comme l’Afrique subsaharienne, pourraient connaître une tendance inverse.



Des effets marqués au Japon et en Corée du Sud
Les résultats de l’équipe chinoise indiquent que levieillissement de la population pourrait réduire globalement la consommation d’eau de 15 à 31 % en moyenne d’ici le milieu de ce siècle, selon des projections. Cet effet serait particulièrement important dans certains pays d’Asie, comme la Corée du Sud et le Japon, qui pourraient connaître une réduction de leur consommation d’eau d’environ 42 à 62 % dans ces scénarios.
Cela pourrait s’expliquer par le fait que les personnes âgées ont généralement des niveaux d’activité physique consommateurs d’eau inférieurs à ceux des plus jeunes. Elles se déplacent également moins, utilisent moins de ressources liées au travail et aux loisirs, et consomment différemment les biens et services qui génèrent une forte demande en eau.
Toutefois, l’étude ne permet pas d’affirmer que le vieillissement de la population réduit la consommation d’eau de manière directe. Autrement dit, le fait que le vieillissement puisse ralentir la croissance de la demande en eau ne signifie pas que la pénurie d’eau disparaîtra d’elle-même. Ces résultats peuvent néanmoins aider à orienter les décideurs et les planificateurs dans l’élaboration des futurs modèles de tendances hydriques mondiales, ainsi que dans les choix concernant les infrastructures et l’urbanisation.


