Une deuxième portée de jumeaux gorilles de montagne est née dans le parc national des Virunga, en République démocratique du Congo (RDC), trois mois seulement après celle de janvier. Phénomène exceptionnellement rare chez cette sous-espèce, cette nouvelle naissance gémellaire témoigne des efforts de conservation soutenus, malgré les cycles de conflits et d’instabilité politique qui frappent le pays, considéré comme l’un des plus dangereux au monde pour les rangers et les gardes forestiers.
Le gorille de montagne (Gorilla beringei beringei) est l’une des deux sous-espèces de gorilles de l’est (Gorilla beringei) vivant dans la région des Grands Lacs africains. On ne le trouve qu’au niveau de deux zones isolées du massif des Virunga, dans l’est de la RDC, et du parc national de Bwindi, dans le sud-ouest de l’Ouganda.
Menacé par le braconnage et la perte de son habitat due aux activités anthropiques, il n’en restait que 250 individus dans les années 1970, ce qui lui a valu le statut de « en danger critique d’extinction » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Des efforts intensifs de conservation ont permis à la population de se redresser et de dépasser les 1 000 individus en 2018. Les autorités ont depuis abaissé son statut à « en danger d’extinction ».
Ces efforts semblent aujourd’hui encore porter leurs fruits, avec la naissance de deux paires de jumeaux dans le parc national des Virunga. La première est survenue en janvier chez une femelle nommée Mafuko, qui a donné naissance à deux petits mâles dans une zone du parc appelée Bageni. Les autorités du parc ont annoncé, mardi 24 mars, la seconde naissance : un petit mâle et une petite femelle, au sein d’un groupe de 19 gorilles résidant dans la zone de Baraka.
« Deux naissances gémellaires en l’espace de trois mois constituent un événement extraordinaire et témoignent une fois de plus que les efforts de conservation déployés malgré l’instabilité actuelle dans l’est du Congo portent leurs fruits et continuent de favoriser la croissance de la population de gorilles de montagne menacée d’extinction au sein du parc national des Virunga », a déclaré Jacques Katutu, responsable du suivi des gorilles au parc, dans un communiqué.
Des naissances gémellaires dans moins de 1 % des cas
Les naissances gémellaires sont extrêmement rares chez les gorilles de montagne, survenant dans moins de 1 % des cas. Donner naissance à deux petits en une seule fois représente en effet une charge importante pour les femelles de cette espèce menacée. Le taux de mortalité infantile demeure élevé : environ un quart des petits succombent à la maladie, aux blessures ou à l’infanticide perpétrés soit par d’autres membres du groupe, soit par des braconniers (le prix d’un bébé gorille peut atteindre 548 000 dollars sur le marché noir).
Outre le braconnage et la perte de leur habitat, les efforts de conservation dans la région sont entravés par des conflits et des instabilités politiques qui font rage depuis des décennies. La RDC est confrontée à des cycles de violences orchestrés par des groupes rebelles tels que le M23, soutenu par le Rwanda. Ces tensions persistent malgré l’accord de paix signé le 4 décembre 2025 entre les deux pays, sous la supervision des États-Unis.
Ces facteurs combinés font de la région l’une des plus dangereuses pour les rangers : plus de 220 d’entre eux ont été assassinés au sein du parc au cours des vingt dernières années. Les efforts de conservation se poursuivent néanmoins, les bébés gorilles étant actuellement placés sous surveillance renforcée afin de les accompagner au cours des premiers mois critiques de leur vie.
Selon les responsables du parc, les jumeaux nés du premier groupe, aujourd’hui âgés de 11 semaines, sont en excellente santé. Les gardes observent également une forte solidarité au sein du groupe, les autres gorilles prenant soin de la mère. Ceux issus de la seconde naissance, âgés de deux semaines, se portent également bien.
Leurs observations suggèrent que les naissances gémellaires pourraient être plus fréquentes chez les femelles en excellente condition physique, dans des zones offrant une grande diversité de ressources. Aucun lien de causalité précis ne peut toutefois être établi à ce stade, ces deux événements pouvant tout aussi bien résulter d’une hyperovulation fortuite.
Les naissances de ces jumeaux portent à neuf le nombre de bébés gorilles nés au sein du parc au cours des trois premiers mois de 2026. Les soins vétérinaires spécialisés ont en outre contribué de manière significative à l’augmentation de la population de gorilles de montagne, notamment en soignant les individus piégés par des braconniers ou blessés à la suite d’activités humaines.

