Les yeux peuvent révéler si une personne souffre d’aphantasie, selon une étude

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| Pixabay
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L’aphantasie est un trouble qui se caractérise par l’incapacité de se représenter une image mentale, soit imaginer dans son esprit la représentation visuelle d’une personne, d’un lieu ou de tout autre chose. Ce trouble d’origine neurologique ne touche que 2 à 5% de la population et a été peu étudié ; seules les expériences rapportées par les patients atteints permettent de l’identifier. Mais des chercheurs ont découvert que le trouble pouvait potentiellement être diagnostiqué en étudiant les réactions pupillaires.

Cette incapacité à créer des images mentales a été décrite pour la première fois en 1880, mais ce n’est qu’en 2015 que le phénomène a réellement suscité l’intérêt des spécialistes et qu’il a été baptisé du nom d’aphantasie. Les personnes concernées sont incapables d’élaborer une quelconque image visuelle — ce que font la plupart des gens en lisant un livre par exemple, s’imaginant les lieux et l’apparence des personnages selon les descriptions de l’auteur. À ce jour, les scientifiques ne disposent d’aucun moyen de détecter ce trouble en dehors de l’autodéclaration des patients.

Une récente étude menée par une équipe de chercheurs australiens va peut-être changer la donne. Leurs travaux suggèrent que l’aphantasie pourrait être détectée en examinant la réponse pupillaire à la lumière. Il est connu en effet qu’exposées à une lumière vive, nos pupilles se contractent automatiquement et inversement, se dilatent lorsque l’on se trouve dans l’obscurité — ceci pour respectivement réduire ou augmenter la quantité de lumière qui parvient jusqu’à la rétine, afin d’améliorer notre vision. Mais d’autres facteurs peuvent influer sur les mouvements de la pupille.

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Un réflexe pupillaire corrélé à l’intensité de l’image mentale

Des études antérieures ont montré en effet que la réponse pupillaire pouvait également être observée lors de tâches cognitives. Sur la base de ces connaissances, les chercheurs ont étudié les réponses pupillaires d’une soixantaine de personnes, à qui il était demandé d’observer des images composées de formes claires ou sombres sur fond gris. Parmi les participants, 42 personnes possédaient les compétences standards d’imagination visuelle, tandis que 18 personnes avaient une aphantasie autodéclarée.

Les individus des deux groupes ont montré les réponses pupillaires attendues : une dilatation en cas d’images sombres, et un rétrécissement face aux images claires. Ceci fait, les participants ont été invités à imaginer ces mêmes images dans leur esprit (en gardant les yeux ouverts, afin de pouvoir examiner leurs pupilles) et à préciser la « vivacité » (la netteté) de cette représentation mentale. Les chercheurs ont alors remarqué que les pupilles des participants sans aphantasie continuaient à se contracter ou se dilater même en réaction à ces formes imaginées ! La réponse pupillaire était d’autant plus importante que la forme imaginée était nette.

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Chez les participants capables d’imagerie mentale, les pupilles réagissaient également à la luminosité des images représentées mentalement. © L. Kay et al.

« Bien que l’on sache déjà que les objets imaginés peuvent provoquer des changements dits « endogènes » de la taille de la pupille, nous avons été surpris de constater des changements plus spectaculaires chez les personnes qui rapportaient des images plus vives. Il s’agit vraiment du premier test biologique et objectif de la vivacité des images », souligne le professeur Joel Pearson, auteur principal de l’étude. Le lien entre l’imagerie mentale visuelle et la réponse pupillaire était bel et bien établi. Cela suggère que le cerveau interprète les images mentales de la même manière que les visuels réels.

Mais les chercheurs ont également constaté que l’exercice d’imagination n’a provoqué en revanche aucune réaction pupillaire significative chez les 18 participants aphantasiques, que les objets imaginés soient clairs ou sombres. L’équipe a donc mis au point une nouvelle méthode objective de mesure de l’imagerie visuelle et a apporté la première preuve physiologique de l’aphantasie.

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Chez les participants aphantasiques, les chercheurs n’ont observé aucune variation significative du diamètre pupillaire que les images mentales soient lumineuses ou sombres. © L. Kay et al.

Un outil essentiel à plusieurs mécanismes cognitifs

Pour s’assurer que les participants aphantasiques tentaient réellement d’imaginer des objets, les chercheurs ont inclus une autre condition expérimentale : ils ont demandé aux individus de ce groupe de visualiser quatre formes au lieu d’une. « Nos pupilles sont connues pour s’agrandir lorsque nous effectuons une tâche plus difficile. Imaginer quatre objets simultanément est plus difficile que d’en imaginer un seul », explique Lachlan Kay, co-auteur de l’étude

Ainsi, les pupilles des personnes atteintes d’aphantasie se dilataient davantage lorsqu’elles faisaient l’effort d’imaginer quatre formes au lieu d’une, mais ne changeaient pas selon la luminosité des formes imaginées. Pour les chercheurs, ce résultat est particulièrement intéressant : « Pour la première fois, nous avons des preuves biologiques solides que les personnes atteintes d’aphantasie essaient réellement de créer une image mentale, ce qui met fin aux affirmations selon lesquelles elles pourraient simplement ne pas faire cet effort », souligne Pearson.

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Les personnes aphantasiques sont incapables de créer des images mentales, mais les chercheurs ont montré dans de précédents travaux qu’elles étaient néanmoins capables de se souvenir de plusieurs images sur une courte période de temps — ce qui s’apparente à une tâche de mémoire de travail visuelle.

L’imagerie visuelle est considérée comme un outil essentiel à de nombreux aspects de la cognition. Elle joue notamment un rôle important dans la récupération d’éléments de la mémoire à court et long terme, dans la mémoire de travail visuelle, dans l’acquisition du langage ou encore dans la navigation spatiale. Cette capacité à visualiser mentalement les choses est également utilisée pour simuler des événements passés et futurs potentiels — ces derniers étant souvent une forme d’automotivation pour atteindre un objectif, soulignent les chercheurs. « Nous savons que le fait de penser en images ou non a une incidence sur le nombre de détails dans les souvenirs de toute une vie, sur notre degré d’émotion à la lecture et sur la façon dont nous conservons les choses dans la mémoire à court terme », ajoutent-ils.

L’équipe prévoit à présent d’étudier la manière d’utiliser cette approche à plus grande échelle pour permettre une mesure globale, efficace et objective de l’imagerie visuelle, de l’aphantasie et de l’hyperphantasie (une imagerie visuelle extrêmement forte). Ceci permettra de mieux saisir les mécanismes cérébraux qui entrent en jeu et qui ont un impact direct sur notre façon de penser et notre ressenti.

Source : L. Kay et al., eLife

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