La Chine en guerre contre le minage de cryptomonnaies

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Il y a trois jours, les régulateurs chinois interdisaient aux institutions financières et sociétés de paiement de fournir des services liés aux cryptomonnaies. Une nouvelle déclaration du gouvernement chinois résonne comme un coup de tonnerre pour le secteur des monnaies virtuelles : le pays va désormais sévir contre l’extraction et le commerce de bitcoins.

C’est officiel, Pékin cherche à sévir contre le minage. Pour rappel, le minage consiste à fournir un service au réseau pair-à-pair d’une cryptomonnaie en échange d’une récompense pécuniaire ; le plus souvent, il s’agit de valider des transactions. La Chine s’est quasiment spécialisée dans cette pratique : elle représente aujourd’hui 65% du taux de hachage du bitcoin (soit la puissance de traitement utilisée par le réseau pour vérifier les transactions et extraire de nouveaux tokens). Des entrepôts remplis d’ordinateurs, appelés « fermes minières », tournent à plein régime, jour et nuit, pour générer un maximum de profits.

Ces mesures répressives envers les cryptomonnaies visent avant tout à protéger le système financier du pays. En outre, la chasse aux entreprises minières s’avère indispensable pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de carbone. Le secteur est en effet particulièrement énergivore : le minage du bitcoin utilise environ 1% de l’énergie mondiale à ce jour et cette consommation pourrait augmenter de façon exponentielle.

Un obstacle à la neutralité carbone

Selon le South China Morning Post, le communiqué du Comité de stabilité financière et de développement du Conseil d’État précise que le gouvernement « réprimera le comportement de l’exploitation et du commerce des bitcoins et empêchera résolument le transfert des risques individuels à la société ». À noter que cette déclaration n’interdit pas explicitement la pratique ; cependant, comme le souligne Li Yi, chercheur principal à l’Académie des sciences sociales de Shanghai, il apparaît que les entreprises de minage n’ont plus beaucoup de marge de manœuvre.

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De par l’immense contribution chinoise au secteur, le chercheur craint des répercussions importantes, au niveau mondial : « Lorsque toutes les activités de minage seront interdites en Chine, ce sera un tournant pour le destin du bitcoin, car une grande partie de sa puissance de traitement sera retirée du tableau », a-t-il déclaré au SCMP.

Le gouvernement chinois, qui a interdit les transactions financières de bitcoin et d’autres cryptomonnaies en 2019, avait jusqu’à présent fermé les yeux sur les fermes minières installées en Mongolie intérieure, dans le Sichuan, le Xinjiang et d’autres régions. Mais aujourd’hui, Pékin est préoccupée par l’énorme empreinte carbone générée par l’extraction de cryptomonnaies. Premier pays émetteur de CO2, le gouvernement ambitionne d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2060 ; l’objectif intermédiaire est de réduire les émissions d’au moins 65% d’ici 2030.

Or, une étude récente réalisée par des chercheurs chinois estime que sans aucune intervention politique, la consommation d’énergie annuelle de la blockchain Bitcoin en Chine devrait culminer à 296,59 TWh en 2024 et générer 130,5 millions de tonnes métriques d’émissions de carbone (soit plus que la production annuelle totale d’émissions de gaz à effet de serre de la République tchèque et du Qatar). Les émissions de carbone liées au minage progressent rapidement et dépasseront bientôt les émissions annuelles totales de plusieurs pays européens.

Réprimer les activités financières illégales

Ce sont d’ailleurs ces mêmes préoccupations environnementales qui sont à l’origine du revirement d’Elon Musk concernant le paiement en bitcoins de ses voitures électriques. En mars, le PDG était fier d’annoncer qu’il était possible d’acheter une Tesla en bitcoins — ce qui avait d’ailleurs fait grimper en flèche la valeur de cette monnaie virtuelle. Mais il y a quelques jours, Musk a fait savoir sur son compte Twitter qu’il revenait sur sa décision : « Tesla a suspendu les achats de voitures avec des bitcoins. Nous sommes inquiets de l’usage de plus en plus important de combustibles fossiles pour le minage et les transactions de bitcoins, surtout le charbon, qui a les pires émissions de tous les combustibles ».

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« La cryptomonnaie est une bonne idée à plein de niveaux et nous pensons qu’elle a un avenir prometteur, mais cela ne doit pas compromettre l’environnement », ajoute le milliardaire. Il semblerait que le PDG ait décidé de reconsidérer la question dès que l’activité de minage sera alimentée par des énergies plus durables. Il encourage d’ailleurs les mineurs de bitcoins américains à communiquer la part d’énergies renouvelables impliquées dans leurs activités.

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L’impact environnemental des cryptomonnaies n’est évidemment pas la seule préoccupation des gouvernements aujourd’hui : les activités financières illicites sont également dans le viseur des autorités de régulation, en Chine comme aux États-Unis. Le département du Trésor américain a récemment annoncé que les entreprises devaient signaler à l’Internal Revenue Service (IRS) toute transaction en cryptomonnaies supérieure à 10 000 dollars. « La cryptomonnaie pose déjà un problème de détection important en facilitant les activités illégales au sens large, y compris l’évasion fiscale », a déclaré le département du Trésor.

Pékin appelle à la même vigilance : « Il est nécessaire […] de réprimer sévèrement les actes de valeurs mobilières illégales et de punir sévèrement les activités financières illégales et criminelles », peut-on lire dans le communiqué du gouvernement. Mais certains estiment que cette répression est surtout un moyen de préparer le terrain pour le développement de la future monnaie numérique centralisée du pays, le Digital Currency Electronic Payment (DCEP) : empêcher l’utilisation de monnaies virtuelles et leur transfert à l’international est le seul moyen de contrôler pleinement les capitaux.

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Ces mesures de répression seront sans doute complexes à mettre en pratique, et l’éradication des fermes minières ne va pas s’effectuer du jour au lendemain. Mais en attendant, cette nouvelle annonce de Pékin fragilise un peu plus l’avenir des monnaies virtuelles.

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