La COVID-19 deviendra « probablement endémique »

évolution covid-19 maladie endémique
| Esri/FAO/NOAA

Nul ne sait comment va évoluer le virus, quand il disparaîtra, ni même s’il disparaîtra un jour. L’expérience acquise avec d’autres infections laisse toutefois penser que le SARS-CoV-2 va partager nos vies pendant un moment, même lorsque des vaccins arriveront sur le marché. Selon les experts, l’hypothèse la plus probable, déjà vérifiée maintes fois avec d’autres maladies infectieuses, est que la COVID-19 devienne une maladie endémique.

C’est du moins ce que suggère Hans Heesterbeek, épidémiologiste à l’université d’Utrecht, aux Pays-Bas. Selon lui, c’est le scénario le plus réaliste qui puisse se produire. Par définition, une maladie endémique est une maladie qui continue à circuler dans une zone géographique particulière, ou bien au sein d’un certain groupe d’individus.

Un modèle suivi par d’autres maladies infectieuses

Nous sommes indéniablement entrés dans une seconde vague de contamination. Le SARS-CoV-2 continue à circuler et une grande majorité de personnes restent vulnérables. Lorsqu’un certain nombre d’entre nous sera immunisé, suite à l’infection elle-même ou grâce à une potentielle vaccination, la propagation du virus commencera à ralentir. De par cette immunité collective, le nombre de cas diminuera alors progressivement, mais il faut bien comprendre que le virus ne disparaîtra pas pour autant de la surface de la planète.

En effet, en dehors des zones immunisées, il restera toujours des régions dans lesquelles le virus continuera à circuler parmi les individus les plus sensibles. Car il est tout bonnement impossible de mettre en place un isolement tel qu’il empêche complètement toute interaction humaine, que ce soit à l’échelle d’une ville ou à l’échelle mondiale.

Ainsi, il est fort possible que la propagation de la maladie se stabilise pour demeurer en permanence au sein d’une population, même à faible niveau. C’est le principe même d’une maladie dite endémique. De nombreuses infections existent et se propagent absolument partout dans le monde (les maladies infantiles, les maladies sexuellement transmissibles, etc.), mais bien d’autres en effet ne sévissent que dans certains endroits du monde.

À LIRE AUSSI :
Une étude de 35 ans sur les coronavirus ne montre aucun signe d'immunité à long terme

C’est notamment le cas du paludisme (localisé principalement en Afrique subsaharienne), du choléra (Afrique subsaharienne et Asie), de la maladie du sommeil (Afrique subsaharienne). Ces infections sont généralement devenues endémiques du fait qu’elles ne pouvaient tout simplement pas se propager dans d’autres régions du monde — soit parce que les mesures de soin et de prévention y sont plus efficaces, soit parce que ces régions ne réunissent pas les conditions nécessaires à la transmission de l’infection (climat, présence d’insectes vecteurs, etc.).

En théorie, une maladie infectieuse devient endémique si, en moyenne, chaque individu infecté la transmet à une autre personne (R = 1). Rappelons au passage qu’au cours d’une épidémie, le nombre de reproduction R est supérieur à 1 ; il devient inférieur à 1 lorsque l’épidémie est contrôlée ou lorsque l’immunité collective est atteinte. Mais en pratique, les maladies endémiques ne suivent pas toujours ce modèle.

En effet, certains maladies peuvent circuler toute l’année, avec un faible taux de transmission, tandis que d’autres peuvent afficher un taux de transmission plus élevé à certains moments de l’année uniquement. Le cas se présente notamment si des facteurs saisonniers influencent le nombre de contacts entre les individus, leur vulnérabilité face à la maladie ou encore les insectes qui la propagent. Au final, tant qu’il existera un nombre suffisant de personnes « sensibles » pour que chaque malade puisse transmettre le virus, celui-ci continuera à se propager.

Une immunité temporaire et trop hétérogène

Tout repose sur la nature de l’immunité acquise. Dans le cas des maladies dites infantiles, l’immunité est permanente après une première infection. Dans la plupart des pays développés, une vaccination dans la petite enfance suffit à protéger un individu toute sa vie contre des maladies telles que la rougeole, la rubéole, la coqueluche, etc. Cette vaccination doit être effectuée au plus tôt, car l’immunité transmise par la mère se dissipe très rapidement après la naissance et le nouveau-né devient vulnérable.

À LIRE AUSSI :
Le vaccin contre la grippe pourrait protéger contre la COVID-19, selon une nouvelle étude

Pour preuve qu’un virus ne disparaît jamais totalement : la recrudescence de cas de rougeole observée ces dernières années. La maladie est aujourd’hui endémique de 12 pays européens (dont la France et l’Allemagne), où le taux de natalité est suffisamment élevé pour permettre la circulation du virus. Dans certains de ces pays, comme le Royaume-Uni ou la Grèce, la rougeole était pourtant considérée comme « éliminée ».

Lorsque l’immunité acquise suite à une infection n’est que temporaire, l’organisme redevient immanquablement vulnérable au virus concerné. En outre, un virus peut également évoluer, muter, et devenir résistant aux défenses immunitaires acquises face à une souche plus ancienne. C’est le cas du virus de la grippe, qui chaque année, nécessite une nouvelle campagne de vaccination pour assurer la protection des plus fragiles.

Le mystère demeure autour de l’immunité contre la COVID-19, mais il est connu que les autres coronavirus, tels que ceux qui causent le rhume, ne confèrent qu’une immunité temporaire d’environ un an. Un phénomène similaire ne serait donc pas surprenant dans le cas du SARS-CoV-2.

Autre point à considérer pour prédire l’évolution d’une maladie infectieuse : la répartition de l’immunité. Les personnes immunisées — que ce soit par infection naturelle ou par vaccination — sont rarement réparties uniformément au sein d’une communauté, d’un pays et encore moins dans le monde. Or, sans distribution uniforme, la population ne peut être complètement immunisée, même si le seuil de personnes à vacciner pour garantir l’immunité collective a été franchi. Dans ce cas, le R demeure suffisamment bas pour que l’infection soit sous contrôle, mais dans certaines zones, il sera au contraire très élevé. C’est ce qui permet à la maladie d’exister à un stade endémique.

À quoi faut-il donc s’attendre pour les mois à venir ? Si les vaccins et traitements mis au point permettent d’éviter les formes les plus graves de la maladie, la COVID-19 deviendra « gérable » et la population apprendra à vivre avec, comme elle le fait déjà avec d’autres maladies infectieuses courantes telles que la grippe saisonnière ou la gastro-entérite. Selon la nature de l’immunité — permanente ou temporaire — la maladie pourra en outre être contrôlée par une vaccination unique à un âge jugé adéquat (comme pour les maladies infantiles) ou bien par le développement régulier de nouvelles formules de vaccins.

Seul un vaccin capable de prévenir la maladie, tout en réduisant la transmission au minimum et conférant une immunité durable pourrait permettre d’envisager l’éradication totale de la maladie. Un scénario peu probable selon Hans Heesterbeek : « L’éradication est notoirement difficile, même pour les maladies pour lesquelles il existe des vaccins presque parfaits et qui confèrent une immunité permanente ». Selon l’épidémiologiste, la maladie endémique reste donc l’issue la plus probable.

Plus d'articles
grotte
Les tunnels de lave sur Mars et sur la Lune sont si larges qu’ils pourraient accueillir des bases planétaires