COVID : l’hypothèse de la fuite accidentelle d’un laboratoire mérite d’être examinée

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| United States Army Medical Research Institute of Infectious Diseases

Aligna Chan, postdoctorante au Broad Institute of MIT and Harvard et ingénieure en génétique, s’est rapidement intéressée aux origines possibles du SARS-CoV-2. Pour cette spécialiste, l’hypothèse d’une fuite de laboratoire mérite d’être prise en compte.

Au début de l’année, une équipe de scientifiques de l’Organisation mondiale de la santé s’est rendue en Chine pour enquêter sur l’apparition du coronavirus. Leur objectif était de faire la lumière sur les différentes hypothèses envisagées jusqu’alors, à savoir : un accident de laboratoire, une infection par des aliments congelés contaminés et la transmission du virus d’un animal à l’Homme par voie directe ou indirecte (via un hôte intermédiaire). Dans leur compte-rendu publié le 30 mars, ces experts considèrent l’hypothèse de l’accident de laboratoire comme « extrêmement improbable ».

Mais des dizaines de scientifiques à travers le monde jugent ce rapport peu convaincant et estiment que des enquêtes plus rigoureuses et strictement indépendantes sont nécessaires. Aligna Chan, spécialiste en génétique, a fait des recherches de son côté ; elle aussi a envisagé divers scénarios, y compris la possibilité qu’un virus non génétiquement modifié ait été cultivé dans un laboratoire, puis répandu accidentellement. Une hypothèse, qui selon elle, mérite largement d’être prise en considération, contrairement aux déclarations des experts de l’OMS.

L’Institut de virologie de Wuhan pointé du doigt

Chan avait d’ores et déjà étudié le SARS-CoV-1, un virus apparu fin 2002 en Chine, à l’origine d’une épidémie qui a sévi jusqu’en août 2003. Génétiquement, il est assez proche du SARS-CoV-2. Mais Chan a noté que ce dernier n’a pas eu à s’adapter pour se propager chez l’Homme, comme l’avait fait le SARS-CoV-1. Dans un article publié en mai 2020, elle souligne qu’à cette époque, le virus changeait incroyablement rapidement, arborant des dizaines de mutations fonctionnelles, avantageuses pour la transmission humaine, dès les deux ou trois premiers mois de l’épidémie. À l’inverse, « au moment où le SRAS-CoV-2 a été détecté pour la première fois à la fin de 2019, il était déjà pré-adapté à la transmission humaine », précise-t-elle. Un constat qu’elle ne parvient pas à expliquer.

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Elle rappelle que dès le début de la pandémie, en janvier 2020, le gouvernement chinois avait déclaré que le virus provenait probablement d’animaux sauvages vendus illégalement sur le marché de Wuhan. Mais quelques semaines après la publication de l’article de Chan, le directeur du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies a annoncé que le marché de Wuhan était en réalité un cluster, mais n’était pas le point d’origine de la pandémie. Des données génétiques et épidémiologiques indiquaient en effet que le virus circulait déjà avant les cas déclarés à Wuhan. Chan souligne qu’elle ne rejette pas pour autant l’hypothèse impliquant le commerce d’animaux sauvages, mais que d’autres enquêtes sont nécessaires pour lever le doute.

Dans le scénario de la fuite accidentelle, tous les regards se tournent vers le laboratoire P4 de l’Institut de virologie de Wuhan (IVW), un laboratoire de sécurité maximale, susceptible d’abriter des organismes hautement pathogènes. Les chercheurs y étudient notamment le RaTG13, une souche de coronavirus découverte en 2013 dans des excréments de chauves-souris d’une grotte minière, au sud de la Chine ; c’est le plus proche parent connu du SARS-CoV-2. En 2013, certains mineurs travaillant dans cette grotte avaient développé des symptômes caractéristiques du syndrome respiratoire aigu sévère ; dès lors, les virologues de l’IVW sont allés sur les lieux pour récolter des échantillons. Une pratique, qui selon Chan, est courante depuis une dizaine d’années.

« Tous les laboratoires ont des problèmes de sécurité »

Les chauves-souris étant des réservoirs à virus notoires, il arrive en effet que les virologues se déplacent dans ces grottes afin de récolter divers échantillons ; le plus souvent, ils sont équipés d’un équipement de protection, parfois non, déplore Chan. Or, tout contact prolongé dans un milieu abritant des milliers de chauves-souris représente un risque d’être exposé aux agents pathogènes potentiellement transportés par ces animaux et donc, le risque de rapporter un virus sur le chemin du retour… Les chauves-souris étudiées dans le sud de la Chine ne peuvent voler d’elles-mêmes jusqu’à Wuhan.

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Néanmoins, à ce jour, aucune preuve ne permet de retracer un chemin ayant pu conduire le virus du sud de la Chine jusqu’à la province de Hubei, dont Wuhan est la capitale. En outre, des recherches de l’IVW montrent qu’il est assez rare que les humains soient directement infectés par un coronavirus de chauves-souris, il est donc peu probable qu’un humain ait déclenché la pandémie de cette façon.

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Aujourd’hui, Chan s’interroge sur la responsabilité de l’IVW lui-même. Selon le rapport de l’OMS, les règles de biosécurité y sont strictement respectées ; le génome du SARS-CoV-2 n’y a pas été détecté début décembre 2019 et aucun employé ne présentait de symptômes typiques de la COVID-19 à cette période. Mais plusieurs années avant l’apparition de la maladie, les responsables de l’ambassade américaine avaient visité cet institut, puis envoyé des avertissements à Washington soulignant le manque de sécurité de ce laboratoire P4.

Sur ce point, Chan souligne que les laboratoires du monde entier ont tous des problèmes de sécurité, même s’ils ne sont pas tous médiatisés (voire jamais, si la faille de sécurité est maîtrisée avant le déclenchement d’une épidémie…). Ainsi, on ne connaît pas la fréquence de ces incidents. La spécialiste rappelle par ailleurs que la plupart des pays en développement ont tous mis en place des programmes de « chasse aux virus » (la France compte trois laboratoires P4). En effet, en surveillant ainsi les espèces animales qui sont des vecteurs potentiels de virus dangereux, il peut être possible de prédire la dynamique de ces virus, d’anticiper leur transmission à l’Homme et d’empêcher leur propagation.

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Pour Chan, une fuite de laboratoire reste possible. Elle regrette toutefois que si cette hypothèse venait à être confirmée, cela changera le regard des gens sur le travail qui est réalisé dans ces laboratoires P4. Alors que ces scientifiques s’efforcent de prévenir les pandémies, ils pourraient cette fois être accusés de les déclencher et d’entraîner des millions de morts à travers le monde.

Source : Slate

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