Alors que le mois de janvier 2025 a enregistré des températures record, malgré les effets refroidissants du phénomène La Niña, une nouvelle étude révèle une tendance préoccupante : la biosphère terrestre voit sa capacité à absorber le dioxyde de carbone (CO2) diminuer progressivement. Selon les chercheurs, le taux de séquestration naturelle du CO2, qui avait atteint son apogée en 2008, diminue désormais de 0,25 % par an. Une évolution préoccupante susceptible d’accentuer le réchauffement climatique.
Depuis plusieurs décennies, l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère a stimulé la croissance des végétaux grâce à un phénomène connu sous le nom de fertilisation du CO₂. En favorisant la photosynthèse, cet afflux de dioxyde de carbone permet aux plantes de produire davantage de glucose et d’oxygène, renforçant ainsi leur développement.
Des études antérieures ont en effet montré qu’un taux élevé de CO₂ améliore la production de glucose, élément clé de la croissance végétale, tout en réduisant la perte en eau. Les stomates – les minuscules pores situés sur les feuilles –, en se fermant partiellement lorsque la plante ou l’arbre est en bonne santé, limitent l’évaporation. Un phénomène particulièrement bénéfique dans les régions confrontées à des sécheresses accrues.
Mais derrière cet effet en apparence positif se cache une réalité plus nuancée. Si la hausse du CO₂ stimule la croissance des plantes, ses bénéfices sont de plus en plus atténués par les conséquences du changement climatique. Une étude récente, publiée dans la revue Weather par James et Samuel A. Curran, révèle que la capacité des écosystèmes à absorber ce CO₂ supplémentaire est en déclin. Face à l’augmentation rapide des émissions, la biosphère peine à suivre, réduisant son rôle de régulateur climatique.
Un taux de séquestration en baisse de 0,25 % par an
Les relevés de l’observatoire de Mauna Loa, à Hawaï, l’un des sites de référence pour la mesure du dioxyde de carbone atmosphérique, montrent que la concentration de CO₂ croît actuellement de 2,5 ppm (parties par million) par an. Si la biosphère terrestre avait conservé le même équilibre que dans les années 1960, cette hausse serait limitée à 1,9 ppm par an. Autrement dit, les écosystèmes remplissaient autrefois plus efficacement leur rôle d’absorption du carbone.
Dans la nouvelle étude, les chercheurs ont analysé les fluctuations de la concentration atmosphérique de CO₂ et identifié un pic de séquestration atteint en 2008. Depuis, la quantité de dioxyde de carbone absorbée par les plantes diminuerait en moyenne de 0,25 % par an. « Avant cette date, la séquestration augmentait de 0,8 % par an dans les années 1960. Si cette tendance s’était poursuivie, elle aurait permis de réduire de plus de 30 % la croissance annuelle actuelle de la concentration de CO₂ dans l’atmosphère », expliquent les chercheurs. « Or, cet effet bénéfique a disparu et la séquestration est désormais en recul », ajoutent-ils.
L’ancien directeur général de l’Agence écossaise de protection de l’environnement attribue cette baisse à plusieurs facteurs : la déforestation massive, la dégradation des sols, les incendies de forêt et les effets du changement climatique sur les écosystèmes. En conséquence, la réduction de la capacité des forêts et autres milieux naturels à capter le CO2 laisse une proportion plus importante de ce gaz dans l’atmosphère. Résultat : l’effet de serre s’intensifie et le réchauffement global s’accélère.
Cette évolution accentue l’urgence d’agir pour le limiter. « Les conclusions sont sans appel. Désormais, les émissions doivent diminuer de 0,3 % par an, simplement pour stabiliser la situation. Un défi considérable, car elles augmentent en moyenne de 1,2 % par an », souligne Curran, cité par The Guardian. Il insiste sur l’interconnexion entre la crise climatique et l’érosion de la biodiversité. Pour inverser la tendance, les scientifiques appellent à des efforts immédiats et concertés pour restaurer les écosystèmes à l’échelle mondiale.