Des paléontologues ont identifié une nouvelle espèce d’Iguanodontia, baptisée Haolong dongi (qui signifie « dragon épineux » en chinois), recouverte de piquants creux le long de son cou et de ses flancs, dans le nord-est de la Chine. Alors que la plupart des iguanodontes sont couverts d’écailles, cette espèce est la première connue du groupe à arborer des piquants. Ces derniers ont probablement servi à la thermorégulation ou à la perception sensorielle, ainsi qu’à la défense contre les prédateurs.
Les iguanodontes (Iguanodontia) constituent un groupe de dinosaures appartenant à l’ordre des ornithischiens. Ce groupe est caractérisé par des traits rappelant ceux des oiseaux, en particulier la forme de leur bassin. Mesurant, pour les représentants les plus imposants, jusqu’à environ 5 mètres de haut en posture dressée, entre 6 et 10 mètres de long et pesant plus de 4 tonnes, ces dinosaures étaient très répandus au Crétacé inférieur (entre 130 et 110 millions d’années). Ils pouvaient être à la fois bipèdes et quadrupèdes, comme en attestent des empreintes de quatre pattes ayant été mises au jour.
Plus précisément, il s’agirait de bipèdes facultatifs : ils se déplaçaient généralement sur leurs quatre membres, mais pouvaient aussi courir sur leurs deux pattes arrière en adoptant une posture horizontale, leur queue lourde et rigide équilibrant le poids de l’avant du corps. Ils possédaient également un bec corné semblable à celui des oiseaux et se nourrissaient majoritairement de végétaux, tels que les fougères et les conifères.
Des fossiles d’iguanodontes ont été retrouvés à travers le monde, notamment en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique. Toutefois, si la plupart des espèces identifiées jusqu’ici présentaient une peau écailleuse, des chercheurs codirigés par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ont mis au jour un spécimen exceptionnellement bien conservé d’Iguanodontia couvert de piquants.
« Documenté depuis 200 ans, le groupe des Iguanodontia s’agrandit avec une toute nouvelle espèce, la première à arborer des piquants aux propriétés jamais observées auparavant chez les dinosaures », écrivent les responsables dans un communiqué. Les résultats de l’étude ont récemment été publiés dans la revue Nature Ecology & Evolution.
Des piquants recouvrant le cou, les flancs et le dos
Découvert dans le nord-est de la Chine, H. dongi — nommé ainsi en hommage à Dong Zhiming, pionnier chinois de la paléontologie — a été analysé à l’aide de scanners à rayons X et de coupes histologiques à haute résolution. Ces techniques ont permis aux chercheurs d’examiner des cellules cutanées vieilles de 125 millions d’années.
Les données ont révélé que le spécimen possédait une peau écailleuse, notamment de grandes écailles superposées le long de la queue, ainsi que des piquants creux recouvrant son cou, ses flancs et son dos. Tous sont disposés parallèlement et orientés vers l’arrière du corps. La plupart sont courts, mesurant environ 2 à 3 millimètres de long ; d’autres, de taille intermédiaire, atteignent 5 à 7 millimètres. Quelques-uns sont nettement plus développés, le plus long dépassant 44 millimètres.
Le squelette, presque complet, indique que l’animal mesurait environ 2,45 mètres de long. Toutefois, l’état des os semble indiquer qu’il s’agissait d’un spécimen jeune. Il demeure donc impossible, à ce stade, de confirmer avec certitude si les piquants étaient également présents chez les adultes ou s’ils disparaissaient à mesure que l’animal grandissait. Ces structures présentent notamment de fortes similitudes avec les proto-plumes — plumes primitives — observées chez certains autres dinosaures.



Des armes de dissuasion contre les prédateurs ?
Selon les chercheurs, ces piquants auraient probablement servi d’armes de dissuasion, à l’instar de ceux des porcs-épics. H. dongi vivait en effet au sein d’un écosystème dominé par de petits dinosaures carnivores. Il est également envisageable qu’ils aient contribué à la thermorégulation, le climat de la région qu’occupait l’espèce étant relativement frais.
« Ces défenses n’offraient pas nécessairement une protection impénétrable contre les dents et les griffes des théropodes, mais elles rendaient la proie plus difficile et plus longue à capturer, tuer et ingérer, réduisant par conséquent la probabilité d’une ingestion réussie », écrivent les chercheurs dans leur étude.
Ces piquants auraient aussi pu jouer un rôle dans la thermorégulation ou la perception sensorielle. « Cette découverte apporte un éclairage inédit sur la microanatomie de la peau des dinosaures non aviens et souligne la complexité de l’évolution cutanée chez les dinosaures ornithischiens », concluent-ils.


