De gros investisseurs, dont Jeff Bezos, misent sur la reprogrammation cellulaire pour l’immortalité

reprogrammation cellulaire anti-vieillissement
| Pixabay

Plus tôt cette année, une nouvelle start-up a vu le jour dans la Silicon Valley : Altos Labs, spécialisée dans la reprogrammation biologique des cellules. Des scientifiques hautement qualifiés issus du monde entier ont été recrutés par cette entreprise, attirés par les salaires élevés et la promesse de ne subir aucune limitation dans leurs recherches pour inverser le vieillissement. De célèbres investisseurs ont rejoint le projet, comme Jeff Bezos ou encore le milliardaire russe Iouri Milner, motivés par leur rêve d’immortalité.

La reprogrammation biologique est une méthode de génie génétique qui consiste à modifier l’état d’une cellule ; il s’agit ici de reprogrammer des cellules adultes différenciées (cellules de la peau, neurones, etc.) en leur état pluripotent — des cellules souches qui pourront se différencier en n’importe quel type de cellules. Depuis une décennie, cette approche est considérée comme la clé de la médecine régénérative, voire de la longévité humaine. Ainsi, plusieurs start-up spécialisées en reprogrammation cellulaire ont vu le jour (Life Biosciences, Turn Biotechnologies, AgeX Therapeutics, etc.).

Pour se faire sa place dans le secteur, Altos Labs s’est entourée d’éminents collaborateurs. Parmi les scientifiques ayant rejoint l’entreprise : Shinya Yamanaka, médecin et chercheur japonais, lauréat du prix Nobel en 2012 pour la découverte de la reprogrammation de cellules matures en cellules pluripotentes ; il intègre Altos Labs en tant que président du conseil consultatif scientifique. À noter également la présence de Juan Carlos Izpisúa Belmonte — biologiste du Salk Institute for Biological Studies, connu notamment pour ses recherches impliquant des chimères homme-animal — et de Steve Horvath, développeur d’une horloge épigénétique, capable de mesurer avec précision le vieillissement humain.

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De la recherche motivée par la curiosité

Basée actuellement aux États-Unis et au Royaume-Uni, la société est dirigée par Richard Klausner, ancien chef du National Cancer Institute ; il est prévu d’implanter plusieurs autres instituts de recherche en Californie, en Angleterre et au Japon. À noter qu’Altos n’a cependant pas encore fait la moindre annonce officielle ; selon Technology Review, son PDG, tout comme ses principaux investisseurs, reste muet sur le sujet, mais une divulgation de titres déposée en Californie en juin indique que la société a levé au moins 270 millions de dollars.

Malgré le mystère qui entoure actuellement Altos Labs, il apparaît néanmoins que la société se donne tous les moyens pour trouver le secret du rajeunissement : elle attire les professeurs d’université avec des salaires mirobolants (jusqu’à un million de dollars par an ou plus) ; Manuel Serrano, de l’Institut de recherche en biomédecine de Barcelone, a déclaré que l’entreprise le paierait cinq à dix fois ce qu’il gagne actuellement. Dans un premier temps, il semble que la start-up financera ses chercheurs sans attente d’un retour immédiat sur son investissement. « La philosophie d’Altos Labs est de faire de la recherche motivée par la curiosité. […] Dans ce cas, à travers une entreprise privée, nous avons la liberté d’être audacieux et d’explorer » a déclaré Serrano.

L’objectif d’Altos est clair : développer une technologie de reprogrammation biologique, un moyen de rajeunir les cellules en laboratoire qui, selon certains experts, pourrait permettre de régénérer des corps animaux entiers, et peut-être à terme, être appliqué à l’Homme pour augmenter sa longévité. Ces projets — comme ceux des autres entreprises du secteur — reposent essentiellement sur les travaux de Yamanaka, qui a découvert qu’avec l’ajout de seulement quatre protéines — connues désormais sous le nom de « facteurs Yamanaka » — les cellules peuvent être ramenées à un état primitif et ainsi être dotées des propriétés de cellules souches embryonnaires.

En 2016, le laboratoire d’Izpisúa Belmonte avait appliqué ces facteurs à des souris vivantes ; l’équipe avait alors observé une amélioration significative des caractéristiques cellulaires et physiologiques du vieillissement et était parvenue à prolonger la durée de vie de modèles murins de vieillissement prématuré. Bien que très encourageants au premier abord, ces résultats sont cependant à nuancer : en fonction de l’ampleur de la reprogrammation, certaines souris avaient développé plusieurs tumeurs.

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« De nombreux obstacles à surmonter, mais un potentiel énorme »

Le vieillissement est le principal facteur de risque de nombreuses maladies humaines. Tout traitement visant à ralentir le processus, voire à rajeunir les cellules, pourrait valoir des milliards. Mais selon Serrano, l’argent n’est pas une priorité pour Altos (du moins, dans un premier temps…). « Le but est de comprendre le rajeunissement », précise-t-il. Il s’agira ensuite de trouver le moyen de reprogrammer les cellules en toute sécurité et plutôt par voie médicamenteuse que par génie génétique, selon le spécialiste. « Pour moi, les facteurs de Yamanaka ne sont pas réalistes pour une utilisation en essai clinique. Ils impliquent l’introduction de gènes, dont certains sont oncogènes. C’est difficile de passer à travers le filtre des agences de régulation », souligne Serrano.

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Certains experts sont par ailleurs sceptiques sur cet engouement croissant et rapide pour la reprogrammation cellulaire. Alejandro Ocampo, qui travaillait auparavant dans le laboratoire d’Izpisúa Belmonte, rappelle que l’un des problèmes majeurs de cette technique est qu’elle ne fait pas que rajeunir les cellules, mais modifie également leur identité — par exemple en transformant une cellule de la peau en une cellule souche. La technologie est donc trop dangereuse pour être essayée sur l’Homme pour le moment. « Je pense que ça va trop vite. Je ne sais pas si nous devrions avoir cinq à huit sociétés de reprogrammation, cela semble trop rapide », dit-il.

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La création d’Altos Labs n’est d’ailleurs pas sans rappeler une autre entreprise, créée en 2013 par Larry Page, le co-fondateur de Google : Calico Labs est elle aussi dédiée à la reprogrammation cellulaire et compte de nombreux talents parmi ses effectifs. Force est de constater que cette société n’a pas beaucoup fait parler d’elle et n’a partagé ses premières recherches sur le sujet que plus tôt cette année, dans un article de prépublication.

Aucune société spécialisée dans la reprogrammation biologique n’a pour le moment développé de traitement pouvant faire l’objet d’essais cliniques, l’élixir de jouvence tant attendu n’est donc pas pour demain. « Bien qu’il y ait de nombreux obstacles à surmonter, le potentiel est énorme », a toutefois déclaré Yamanaka. Le soutien des personnes les plus fortunées de la planète permettra peut-être à Altos d’obtenir plus rapidement des résultats prometteurs.

Source : MIT Technology Review

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