Koko la femelle gorille, l’un des animaux les plus célèbres au monde, autant auprès du grand public que des scientifiques, s’est éteinte à l’âge de 46 ans le 19 juin 2018. Connue pour avoir développé une certaine maîtrise de la langue des signes et des interactions sociales hors-norme pour un grand singe, elle a été l’un des meilleurs exemples démontrant l’existence d’intelligence, d’empathie et d’émotion chez les animaux.

Koko naît le 4 juillet 1971 au zoo de San Francisco, où elle est abandonnée par sa mère. Tombant malade, elle est rapidement confiée à Francine Patterson, une éthologiste primatologue fraîchement diplômée de l’université de Stanford. Elle restera toute sa vie en compagnie de la scientifique qui, aidée par la Fondation pour les Gorilles, deviendra une véritable mère de substitution. Koko développe vite des dimensions particulièrement impressionnantes, atteignant 127 kg, contrairement aux gorilles femelles sauvages de sa même espèce, se situant plutôt entre 70 et 100 kg.

Langue des signes et capacités cognitives : Koko, un gorille hors-normes ?

Dès sa première année d’existence, Patterson entraîne Koko à comprendre et maîtriser la langue des signes américaine. Selon l’éthologue, au cours de sa vie, la gorille a réussi à maîtriser l’usage d’environ 1000 signes de la langue des signes des gorilles (une langue des signes dérivant très légèrement de la langue des signes humaine).

Patterson soutient que l’utilisation de signes et tournures complexes par Koko indiquait un degré supérieur de cognition, comparé à celui ordinairement attribué aux primates non-humains ; par exemple, la gorille pouvait faire référence à des objets physiquement non présents, une capacité cognitive connue sous le nom de « déplacement ».

Cette vidéo montre certaines des capacités de Koko, et son intime relation avec Francine Patterson (les sous-titres français sont disponibles) :

À 19 ans, Koko passe avec succès le test du miroir. Ce test, développé en 1970 par le psychologue Gordon Gallup, consiste à peindre une marque colorée sur le corps d’un animal et à placer celui-ci devant un miroir ; s’il touche la marque ou essaie de s’en débarrasser, cela signifie que l’animal a conscience de lui-même, indiquant un certain degré d’accession à la pensée.

Ce test n’étant réussi que par très peu de gorilles. Koko a également démontré une capacité à communiquer des souvenirs, à utiliser le méta-langage (parler à propos du langage lui-même) en apprenant la langue des signes à un autre gorille. Koko arrivait même à mentir.

Toujours selon Patterson, la gorille aurait inventé de nouveaux signes afin de communiquer sur de nouvelles idées ou concepts. Par exemple, personne n’avait appris à Koko le mot « anneau ». Cette dernière a donc combiné les mots « doigt » et « bracelet » pour former le mot « doigt-bracelet ». Bien qu’une grande quantité de documentation publique existe sur les capacités de l’animal, une partie de la communauté scientifique reste néanmoins sceptique quant à la réalité et la dimension de ses prouesses.

Controverse et scepticisme de la communauté scientifique

En effet, les scientifiques reprochent le très faible nombre de publications scientifiques comportant des données substantielles sur les capacités de Koko. D’autres primatologues affirment qu’en réalité la gorille ne comprend pas véritablement le sens de ses actions, et qu’elle n’utilise la langue des signes que parce qu’elle est conditionnée pour le faire par l’obtention d’une récompense (principe du conditionnement opérant).

En outre, les primatologues rappellent que l’interprétation de la langue des signes des gorilles dépend beaucoup de l’interlocuteur, qui peut prêter un sens improbable à des combinaisons de signes qui normalement n’en ont pas.

Après les premières publications de Patterson en 1978, une série d’évaluations critiques reposant sur des preuves vidéo a suggéré que Koko était simplement inconsciemment incitée par ses entraîneurs à utiliser des signes spécifiques, un phénomène psychologique connu sous le nom d’« effet Hans le Malin ». Cet effet psychologique consiste à transmettre et percevoir des signaux, généralement inconsciemment et involontairement, formant une sorte de communication non-intentionnelle susceptible d’influencer le comportement de l’autre.

Koko : une mère de substitution pour les chatons abandonnés

En 1983, un animal en peluche est donné à Koko mais celle-ci le délaisse, ne joue que très peu avec et continue de signer le mot « triste ». Alors, pour son anniversaire du 4 juillet 1984, les chercheurs de la Fondation pour les Gorilles lui ont donné la possibilité de choisir un chat au milieu de plusieurs chats abandonnés. Elle choisit un mâle Manx gris et le nomme « All Ball ». La gorille s’est ensuite occupée de lui comme s’il s’agissait d’un bébé gorille, prenant soin de lui, se montrant extrêmement délicate et affectueuse.

Malheureusement, en décembre de la même année, le chat s’échappe de la cage et est percuté par une voiture. Patterson raconte que lorsque qu’elle a signé à Koko que All Ball était mort, l’animal a signé en retour « Mauvais, triste, triste » puis « Colère, pleurer, colère, triste ». L’éthologue rapporte même avoir entendu cette nuit là un son se rapprochant fortement des pleurs chez l’être humain.

En 1985, elle choisit deux nouveaux chatons qu’elle nomme « Rouge à lèvres » et « Fumeux » (Lipstick et Smoky). Lorsque les chercheurs ont demandé à Koko pourquoi elle avait choisi ces noms, elle a répondu que le premier chat avait le nez et les lèvres roses (Lipstick) et que pour Smoky, c’était le même nom qu’un chat dans un livre d’images.

Dans cette vidéo, Koko découvre et adopte ses nouveaux chatons :

Malgré sa disparition, Koko laisse un riche et profond héritage ayant permis de défier et remettre en question les conceptions désuètes de la zoologie et de la psychologie animale. Son histoire constitue un puissant appel à la solidarité animalière et la nécessité actuelle de multiplier les actions de conservation, certains gorilles étant déjà en voie de disparition.

Koko aura finalement réussi à montrer que les seules barrières qui existent entre l’Homme et le reste du monde animal, ne sont que celles que nous érigeons nous-mêmes.

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