Il y a 20 ans, des scientifiques ont défini une attitude où des personnes incompétentes dans un domaine, agissent comme de “grands connaisseurs”. Depuis quelque temps, ce comportement, connu sous le nom d’effet Dunning-Kruger, fait de plus en plus parler de lui, et ce pour une bonne raison.

L’effet Dunning-Kruger, un terme inconnu jusqu’ici pour bon nombre d’entre vous, désigne pourtant une attitude que l’on a tous déjà observé dans notre entourage.

Vous savez, cette personne qui lors d’une discussion veut montrer qu’elle en connaît davantage sur un sujet que n’importe qui dans la pièce, alors que ce n’est pas le cas ? En quelques mots, c’est lorsque des personnes incompétentes pensent en savoir plus qu’elles ne le savent vraiment, et qu’elles ont tendance à vouloir le montrer.

David Dunning et Justin Kruger, qui ont décrit et donné leur nom à cet effet, ne sont pas les premiers à l’avoir étudié. Des philosophes de l’époque de Socrate avaient d’ailleurs émis cette phrase célèbre : « La seule vraie sagesse est d’être conscient de ne rien savoir », ou encore Darwin, en 1871, avait écrit : « L’ignorance engendre plus souvent la confiance que la connaissance ».

En 1999, des chercheurs ont publié une étude dans le cadre de laquelle ils avaient questionné des volontaires sur différents domaines tels que la grammaire, l’humour ou des raisonnements logiques. Ils leur ont ensuite demandé de juger contre combien d’autres participants ils avaient fait mieux.

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Ils ont constaté que peu importe le sujet, ceux qui avaient obtenu une note médiocre se considéraient meilleurs. En moyenne, la plupart des participants ayant obtenu un score plus bas que le 10ème percentile se plaçaient vers le 70ème percentile, et les résultats étaient identiques pour d’autres domaines, comme les professions, les maths, les jeux d’échecs…

Mais fin 2015, une augmentation significative des recherches sur le web de l’effet Dunning-Kruger a été notée, encore plus que lors de la publication du papier de Dunning et Kruger, et cela ne serait pas dû au hasard.

« De toute évidence, cela a à voir avec Trump et les divers ‘surnoms’ que les gens lui ont attribués », a déclaré Dunning. « Alors oui, c’est en grande partie politique. Les gens essaient de comprendre l’autre facteur. Nous assistons à une montée considérable de la partialité, et elle est devenue de plus en plus perverse et extrême, de sorte que les gens cherchent des explications ».

Donald Trump est très critiqué pour son aptitude à montrer constamment que toutes ses décisions (en particulier durant sa présidence) sont un succès, alors que souvent, ce n’est pas le cas.

Le président américain, qui se cite lui-même comme étant un génie, se complimente fréquemment sur son intellect, comme lorsqu’il avait déclaré qu’il ne lit pas beaucoup car il peut résoudre les problèmes avec très peu de connaissances, ou encore qu’il ne lit jamais les rapports trop longs, car il sait déjà exactement de quoi il s’agit.

Selon lui, son rejet de la théorie du changement climatique fait également de lui une personne de haut degré d’intelligence.

Bien avant sa présidence, en 1984, il avait expliqué à un journaliste qu’il pouvait stopper la guerre froide, car il ne lui faudrait qu’une heure et demie pour tout comprendre sur les missiles, avant d’ajouter : « Je pense que je connais la plupart des choses de toute façon ».

Pour le psychologue cognitif Steven Sloman, l’effet Dunning-Kruger permet d’expliquer une forme d’orgueil. « C’est un homme sans aucune compétence politique, mais qui ne sait pas qu’il n’a aucune compétence politique. Et cela lui a donné une extrême confiance en lui », a-t-il déclaré.

Il pense que l’effet est devenu populaire car c’est un phénomène qui peut arriver à n’importe qui, et que les gens cherchent désespérément à comprendre ce qui se passe dans le monde.

« Il est exactement le contraire de tout ce que nous valorisons en tant que politicien, et il est exactement le contraire de ce que nous pensions comme étant valorisé par les Américains ».

Généralement sans danger, il existe des cas où l’effet Dunning-Kruger a eu des conséquences plus graves, voire mortelles, comme dans le cas d’un neurochirurgien, aujourd’hui condamné à la prison à vie, qui a causé d’importantes lésions sur de nombreux patients.

« Il travaillait en neurochirurgie, mais n’avait aucune idée apparente de la gravité de sa technique », a déclaré l’un de ses anciens collègues.

Dunning déclare que l’effet peut être encore plus dangereux si un individu influençant, et qui peut potentiellement faire du mal, n’a personne pour lui expliquer ses erreurs. Selon lui, de nombreux crashs d’avions auraient pu être évités si certains pilotes n’étaient pas trop sûrs d’eux, au point d’ignorer les conseils de l’équipe.

Mais les recherches qu’il a effectuées ultérieurement ont montré sans surprise que les plus mauvais dans un domaine étaient ceux qui acceptaient le moins les remarques, et qui cherchaient le moins à s’améliorer.

« Vous vous retrouvez dans une situation où les gens peuvent être trop confiants envers les responsables. Vous devez avoir des gens autour de vous, prêts à vous dire que vous faites une erreur ».

dunning kruger graphique

Graphique montrant le décalage entre compétences perçues et compétences réelles (résultats aux tests), issu de l’étude. Crédits : Armondikov/rationalwiki

Il n’est donc pas surprenant que les recherches ultérieures de Dunning montrent que, même au niveau artistique, les personnes moins compétentes sont également les moins susceptibles d’accepter les critiques, ou de manifester de l’intérêt pour leur perfectionnement personnel.

Une vidéo (sous-titrée) expliquée par Dunning lui-même :

Source : The Washington Post

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