Les microplastiques pénètrent le cerveau et affaiblissent ses défenses immunitaires

Les cellules sentinelles du système nerveux central accumulent certains microplastiques jusqu'au "suicide".

microplastiques penetrent cerveau souris
| plp609/Depositphotos
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Avec 367 millions de tonnes produites dans le monde en 2020, le plastique sous toutes ses formes est un véritable fléau pour les écosystèmes, mais aussi pour les organismes. Et dans ce dernier cas, les plastiques les plus nocifs ne sont pas forcément ceux que l’on voit ! Les années récentes sont émaillées de découvertes concernant les effets néfastes des microplastiques. Des chercheurs sud-coréens viennent de rallonger cette liste dans la revue Science of The Total Environment, en prouvant que les microplastiques entrent dans le cerveau et s’accumulent dans les cellules microgliales, sentinelles du système immunitaire, ce qui altère leur fonctionnement et entraîne leur suicide cellulaire.

Une étude récemment publiée dans la revue Science of The Total Environment le démontre chez la souris : la barrière hématoencéphalique — cette frontière quasi infranchissable qui protège notre cerveau des toxines, contaminants et autres agents pathogènes voguant dans le sang — est perméable aux microplastiques inférieurs à 2 µm de diamètre ! Une fois dans le cerveau, ces microplastiques s’accumulent dans les cellules microgliales, les cellules immunitaires qui protègent le cerveau des pathogènes. Les cellules microgliales chargées de microplastique peuvent même subir l’apoptose, ou suicide cellulaire, affaiblissant au passage les défenses immunitaires du cerveau.

Les chercheurs sont déjà au courant depuis des années des dégâts potentiels que peuvent causer les microplastiques sur les organismes, qu’ils soient marins ou terrestres. Pêle-mêle, des équipes de recherche ont récemment prouvé que ces microscopiques particules de plastique perturbaient les capacités cognitives des bernard-l’hermite, l’adhésion des moules à leurs rochers, la reproduction de certains poissons, ou encore la forme des cellules pulmonaires humaines. Le nouveau résultat vient compléter cet inquiétant tableau, en apportant une preuve de perturbation des défenses immunitaires cérébrales chez la souris, autrement plus proche de nous que le bernard-l’hermite.

souris plastique accumulation
Résumé graphique de l’étude publiée. Après avoir soumis des souris à une alimentation contenant diverses tailles de microbilles de plastique fluorescentes (0.2, 2 et 10 µm) pendant 7 jours, les scientifiques ont observé les coupes de cerveau des souris, ce qui leur a permis de détecter que les plus petites particules de plastique (< 2 µm) s’accumulaient dans les microglies, perturbaient leur fonctionnement et causaient parfois leur apoptose. © Kwon et al./Science of The Total Environment

Une altération du fonctionnement cérébral

Cette perturbation du bon fonctionnement cérébral s’installe après l’accumulation des microplastiques dans les cellules microgliales, des cellules macrophages, c’est-à-dire qui capturent et ingèrent par phagocytose les agents pathogènes du cerveau. Problème : les microplastiques ne sont pas dégradés par les enzymes des cellules microgliales, et elles s’accumulent jusqu’à parfois entraîner un fonctionnement anormal de la cellule. Par des expériences complémentaires, les chercheurs ont précisé que la morphologie des cellules microgliales, ainsi que l’expression de gènes assurant leur rôle de défense immunitaire, était altérée. Certaines cellules présentaient même des signes de suicide cellulaire, ou apoptose.

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Même si l’exploration des conséquences cognitives de ce dérèglement du système immunitaire cérébral par les microplastiques reste à faire, ce résultat apparaît d’emblée inquiétant. « L’étude montre que les microplastiques, surtout ceux d’une taille inférieure à 2 µm, commencent à se déposer dans le cerveau et à provoquer des altérations de nos réponses immunitaires, même après une ingestion à court terme sur 7 jours », précise dans un communiqué Seong-Kyoon Choi, responsable de l’étude. En se basant sur ces recherches, son équipe vise désormais à mieux comprendre les mécanismes d’accumulation des microplastiques dans le cerveau et ses conséquences.

Source : Science of The Total Environment

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