Les modifications cérébrales provoquées par la COVID auraient un impact sur la conscience et la cognition

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| ZEPHYR/Science Photo Library

Les effets de la COVID-19 sur le cerveau font partie des nombreux mécanismes encore peu compris de la maladie. Plusieurs études ont fait la lumière sur des processus pouvant expliquer les symptômes et altérations observés chez de nombreux patients. Il a notamment été démontré que le SARS-CoV-2 peut altérer le fonctionnement cérébral jusqu’à une modification profonde de la conscience, de la cognition et du comportement. Certains experts craignent également d’autres effets à très long terme de l’infection, dont l’augmentation du risque de démence plus tard dans la vie.

Les experts soulignent qu’étant donné le nombre de personnes qui ont été infectées par le coronavirus (ou qui le seront dans le futur), l’impact des complications cognitives peut être important au niveau global et pourrait avoir des effets substantiels sur les systèmes de santé. « Heureusement, les personnes touchées par de tels symptômes sont une minorité des personnes infectées », déclare Benedict Michael de l’université de Liverpool au Royaume-Uni. « Mais celles qui sont touchées le sont souvent gravement ».

À quelle fréquence le coronavirus affecte-t-il le cerveau ?

Très souvent… Paul Harrison, de l’Université d’Oxford, et ses collègues, ont analysé les dossiers de 236 000 personnes atteintes de COVID-19. Dans les six mois suivant l’infection, 34% d’entre elles ont été diagnostiquées comme souffrant d’un trouble neurologique ou psychiatrique. Pour 13% d’entre elles, il s’agissait du premier diagnostic de ce type.

La plupart des personnes atteintes de COVID-19 ne se font jamais dépister ni soigner, de sorte que ce chiffre de 34% ne s’applique pas à toutes les personnes infectées. Néanmoins, les résultats suggèrent qu’un grand nombre de personnes dans le monde ont été ou seront affectées.

Quelles complications neurologiques peuvent survenir ?

Dans une étude portant sur 267 personnes hospitalisées pour cause de COVID-19 au Royaume-Uni, Michael et ses collègues ont constaté que les hémorragies et les caillots dans le cerveau étaient les complications cérébrales les plus courantes, touchant environ la moitié des personnes de l’étude.

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Les autres complications comprenaient le délire, l’inflammation cérébrale, les lésions nerveuses périphériques, la psychose, la dépression et l’anxiété. Les effets neurologiques les plus bénins étaient les maux de tête et la perte de l’odorat ou du goût.

Qui est le plus exposé aux problèmes neurologiques ?

Il existe un lien entre la gravité de la maladie et la gravité des problèmes cognitifs, explique Michael, mais son équipe a identifié quelque 800 personnes au Royaume-Uni pour lesquelles la gravité des complications cérébrales est disproportionnée par rapport à la gravité de leur maladie. Son équipe étudie si ces personnes présentent des variantes génétiques qui les prédisposent à souffrir de complications cérébrales graves.

Une petite étude menée en Italie a révélé que les problèmes cérébraux liés à la COVID-19 étaient plus graves chez les personnes âgées de moins de 50 ans que chez les personnes plus âgées. Elisa Canu, de l’hôpital San Raffaele de Milan, et ses collègues, ont suivi 50 personnes hospitalisées pour COVID-19. Deux mois après leur sortie de l’hôpital, la moitié d’entre elles présentaient des troubles cognitifs allant d’une altération de la mémoire à une difficulté à évaluer la profondeur, a indiqué Elisa Canu lors d’une réunion de l’Académie européenne de neurologie. Toutefois, le Dr Canu pense que cela peut être dû en partie au fait que les personnes les plus jeunes rentrent chez elles pour se rétablir plutôt que de rester à l’hôpital.

L’effet de la COVID sur le cerveau est-il inhabituel ? Pas particulièrement, indiquent les experts. De nombreux autres virus, dont ceux de la rougeole, de la polio et Zika, peuvent également affecter le cerveau. Par exemple, une hospitalisation pour une pneumonie, qui peut être causée par une infection virale, peut entraîner des troubles cognitifs qui durent au moins un an chez un tiers des personnes de plus de 60 ans et un cinquième des personnes plus jeunes.

Comment les dommages se produisent-ils ?

Selon Frank Heppner, de l’hôpital universitaire de la Charité de Berlin, le coronavirus peut infecter les cellules qui tapissent les vaisseaux sanguins alimentant le cerveau, provoquant une inflammation et des complications potentielles telles que des accidents vasculaires cérébraux. Mais le virus ne semble pas traverser la barrière hématoencéphalique et attaquer directement le tissu cérébral.

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Lorsqu’Andreas Keller, de l’université de la Sarre, en Allemagne, et ses collègues ont examiné huit personnes décédées de COVID-19, ils ont constaté des changements majeurs dans l’expression des gènes, caractéristiques de ceux observés dans les affections neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer. Ils pensent que certaines molécules de signalisation, déclenchées par le virus, relaient des informations dans le cerveau et provoquent une inflammation et d’autres dommages qui pourraient contribuer à expliquer des symptômes tels que le brouillard cérébral et la fatigue dont beaucoup font état.

La COVID-19 peut-elle conduire à la maladie d’Alzheimer ?

Dans le cadre d’une étude à long terme appelée UK Biobank, les cerveaux de 40 000 personnes avaient été scannés avant la pandémie. Aujourd’hui, 800 de ces personnes, dont 400 ont été testées positives au virus, ont été scannées à nouveau. Les résultats montrent une perte de matière grise dans certaines parties du cerveau des personnes infectées, y compris chez les plus jeunes et chez celles qui n’ont eu que des symptômes bénins de COVID-19.

Une étude en préimpression (sur medRxiv) décrivant ces résultats a tiré la sonnette d’alarme chez certains médecins. « C’est très inquiétant », a déclaré à CBS News Scott Gottlieb, ancien responsable de la Food and Drug Administration américaine. « Cela suggère… que la covid est une maladie qui pourrait créer des symptômes persistants ».

Michael pense que l’infection directe du nerf olfactif provoque des dommages qui affectent ensuite les zones adjacentes du cerveau, notamment les régions de la mémoire. Ce qui a le plus alarmé les scientifiques, c’est la possibilité que ces lésions cérébrales puissent avoir des conséquences ultérieures. Le document préliminaire indique que les résultats soulèvent la possibilité que l’infection par le SARS-CoV-2 « puisse à terme contribuer à la maladie d’Alzheimer ou à d’autres formes de démence ».

D’autres chercheurs affirment que cette hypothèse est plausible, mais pensent qu’au pire, elle n’affectera qu’un nombre infime de personnes. « Nous ne pouvons pas exclure cette possibilité », déclare Heppner. Mais de nombreux virus ont des effets similaires sur le cerveau sans provoquer de telles affections, dit-il. « Cela ne s’appliquera pas à tous les patients COVID, c’est certain ».

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Peut-on traiter les troubles cognitifs engendrés par la COVID-19 ?

Les personnes gravement touchées — à cause d’un accident vasculaire cérébral, par exemple — risquent d’avoir un handicap important à vie, déclare Michael. Mais pour ceux qui présentent des symptômes plus légers, les perspectives sont meilleures. « Dans ce groupe, il faut avoir bon espoir que les symptômes s’améliorent ».

Dans quelques cas, il existe des traitements efficaces. Par exemple, le virus peut amener le système immunitaire à attaquer la paroi des cellules nerveuses, ce qui entraîne une affection appelée encéphalomyélite aiguë disséminée. Cela ressemble à une attaque ponctuelle de sclérose en plaques et peut être traité avec des stéroïdes et des médicaments immunosuppresseurs, explique Michael.

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En ce qui concerne la perte de l’odorat, la guérison dépend de l’étendue des lésions, explique le Dr Heppner. Si la plupart des cellules nerveuses olfactives et les cellules qui leur donnent naissance sont endommagées, le problème sera durable.

Dans l’étude de Canu, la proportion d’anciens patients hospitalisés présentant des troubles cognitifs est passée de la moitié à deux mois à un peu plus d’un tiers à dix mois. Cependant, 16% d’entre eux se déclaraient dépressifs et 18% souffraient d’un trouble de stress post-traumatique après deux mois, et ces chiffres n’ont pas changé après dix mois.

Selon Canu, la thérapie de stimulation cognitive pourrait être utile aux personnes souffrant de tels problèmes. Elle peut être pratiquée dans les hôpitaux ou via des applications pour smartphone. L’exercice physique est également important, ajoute-t-elle.

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