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L’outil d’édition génétique CRISPR-Cas9 est une puissante technique permettant la modification in situ de séquences génétiques, et ses applications en génie génétique peuvent apporter de nombreux avantages, notamment dans la guérison de certaines maladies ; Cependant, comme toute science, elle peut également être mal utilisée. Le monde en a eu un exemple lorsqu’il y a plus d’un an, le biophysicien chinois He Jiankui a utilisé CRISPR pour modifier des embryons humains et les rendre résistants au VIH, ce qui a conduit à la naissance des jumeaux Lulu et Nana. Mais récemment, des détails concernant la procédure ont été publiés et révèlent toutes les erreurs commises par l’équipe de chercheurs.

Jiankui et ses collègues ciblaient un gène appelé CCR5, qui est nécessaire pour que le VIH pénètre dans les globules blancs (lymphocytes) et infecte le corps. Une variante de CCR5, appelée CCR5 Δ32, manque d’une chaîne particulière de 32 bases d’ADN. Cette variante apparaît naturellement dans la population humaine et se traduit par un niveau élevé de résistance au type de VIH le plus courant.

L’équipe de Jiankui voulait recréer cette mutation en utilisant CRISPR sur des embryons humains, dans le but de les rendre résistants à l’infection par le VIH. Mais cela ne s’est pas passé comme prévu. Premièrement, malgré le fait de prétendre, dans l’introduction de leur article non publié, qu’ils reproduisaient la mutation humaine CCR5, l’équipe a en réalité essayé de modifier CCR5 au plus près de la mutation Δ32.

En conséquence, ils ont généré différentes mutations, dont les effets sont inconnus. La variante peut ou non conférer une résistance au VIH, et peut ou non avoir d’autres conséquences. Bien entendu, les chercheurs n’ont soumis cette variante à aucune phase de test avant de l’implanter dans les embryons.

Risque de mosaïcisme et de modifications génétiques involontairement étendues

En outre, la modification génétique n’était pas parfaitement efficace. Cela signifie que toutes les cellules des embryons n’ont pas nécessairement été modifiées. Lorsqu’un organisme possède un mélange de cellules éditées et non éditées, cela s’appelle une mosaïque. Bien que les données disponibles soient encore limitées, il semble que Lulu et Nana soient des organismes mosaïques.

mosaique genetique

Schéma expliquant le principe de la mosaïque génétique. Crédits : ECCL

Il est donc encore moins probable que les bébés modifiés génétiquement soient résistants à l’infection par le VIH. Le risque de mosaïcisme aurait dû être une autre raison de ne pas implanter les embryons. De plus, l’édition peut avoir des impacts inattendus ailleurs dans le génome. Lors de la conception d’une expérience CRISPR, un ARN guide est choisi afin que sa séquence soit unique au gène ciblé. Cependant, des coupes « hors cible » peuvent encore se produire ailleurs dans le génome, à des endroits qui ont une séquence similaire.

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Jiankui et son équipe ont testé des cellules des embryons édités et n’ont signalé qu’une seule modification hors cible. Cependant, ce test a nécessité l’échantillonnage des cellules, qui ne faisaient donc plus partie des embryons — qui ont continué de se développer.

Ainsi, les cellules restantes dans les embryons n’avaient pas été testées et pouvaient avoir subi différentes modifications hors cible. Bien que la détection de modifications hors-cible et de mosaïcisme soit extrêmement difficile, cela aurait tout de même dû stopper l’équipe.

Une modification génétique scientifiquement et médicalement injustifiée

L’édition d’embryons n’est éthiquement justifiable que dans les cas où les avantages l’emportent clairement sur les risques. Mis à part les problèmes techniques, l’équipe de Jiankui n’a pas répondu à un besoin médical sans solution. Alors que le père des jumeaux était séropositif, il existe déjà un moyen bien établi d’empêcher un père séropositif d’infecter des embryons. Cette méthode de « lavage du sperme » a été effectivement utilisée par l’équipe.

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Le seul avantage de la tentative de modification génétique, si elle était prouvée, serait un risque réduit d’infection par le VIH pour les jumeaux plus tard dans la vie. Mais il existe des moyens plus sûrs et plus simples de contrôler le risque d’infection, tels que les préservatifs et les tests obligatoires des dons de sang.

CRISPR : un outil aux avantages indéniables, mais non applicable (en l’état) aux embryons humains

L’édition de gènes a des applications infinies. Elle peut être utilisée pour rendre les plantes telles que la banane Cavendish plus résistantes aux maladies dévastatrices. Elle peut jouer un rôle important dans l’adaptation au changement climatique. En médecine, nous constatons déjà des résultats prometteurs avec l’édition de cellules somatiques (c’est-à-dire des modifications non héréditaires des propres cellules du patient) dans la bêta-thalassémie et la drépanocytose.

Cependant, nous ne sommes tout simplement pas prêts pour l’édition d’embryons humains. Nos techniques ne sont pas suffisamment maîtrisées et aucun argument n’a été avancé pour justifier un besoin généralisé auquel d’autres techniques, telles que les tests génétiques préimplantatoires, ne pourraient pas répondre.

Sources : Technology Review

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