Les orchidées produisent du faux pollen, et il serait aussi nutritif que le vrai

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Sur cette image, un syrphe sort de la fleur d'une orchidée Cypripedium wardii après s'être nourri de son pseudopollen (visible sur le bord de la fleur). | Zheng Chen-Chen

Au fil des siècles, les plantes ont développé un grand nombre de mécanismes visant à assurer leur survie et leur reproduction, comptant entre autres sur les pollinisateurs. Pour cela, elles les appâtent avec leur pollen, une substance riche en nutriments. Récemment, des chercheurs ont découvert que certaines espèces d’orchidées, connues pour produire du faux pollen, incluent autant de nutriments dans ce dernier que dans le vrai pollen.

De nombreuses espèces d’orchidées leurrent les pollinisateurs pour qu’ils les aident à se reproduire. Certaines libèrent des phéromones sexuelles qui attirent les insectes mâles, tandis que d’autres fabriquent du faux pollen pour tenter les abeilles et autres pollinisateurs en leur promettant un repas.

Dans une nouvelle étude, des chercheurs ont démontré que ce pseudopollen n’est pas seulement un leurre, mais serait aussi nutritif que le vrai pollen. Selon Kevin Davies, botaniste et spécialiste de l’anatomie des orchidées à l’université de Cardiff, qui n’a pas participé aux recherches, ces travaux constituent « un pas en avant » dans ce domaine. « C’est la première fois que des scientifiques ont pu montrer que le pseudopollen n’est pas de l’or factice », déclare-t-il.

Du faux vrai pollen

Comme la plupart des orchidées, Cypripedium wardii ne produit pas de pollen comestible. L’espèce, originaire de Chine et du Tibet et caractérisée par des fleurs en forme de pantoufle, doit ainsi utiliser d’autres moyens pour attirer les insectes pollinisateurs. Ses fleurs n’offrent pas de nectar et ne semblent pas avoir de parfum attirant. Au lieu de cela, ses labelles sont saupoudrées d’une poudre formée par de petits poils qui se détachent, recouvrant la surface. Cette poudre ressemble beaucoup à du véritable pollen.

Plusieurs types d’orchidées produisent ce pseudopollen. Certains contiennent des lipides, des hydrates de carbone et des protéines. D’autres ne contiennent aucun nutriment. Bien que cette substance ait été décrite pour la première fois il y a plus de 100 ans, les scientifiques ne savaient pas si les insectes la consommaient réellement.

fleurs orchidees phalaenopsis
Des fleurs d’orchidées. Phalaenopsis hieroglyphica (haut gauche), Ophrys tenthredinifera (haut droite), Paphiopedilum concolor (bas gauche), Maxillaria tenuifolia (bas droite). © Wikimedia Commons

Dans cette nouvelle étude, des chercheurs de l’Académie chinoise des sciences ont observé 12 espèces d’abeilles solitaires et de syrphes en train de collecter le pseudopollen des orchidées C. wardii dans les montagnes boisées de la province du Sichuan. Les scientifiques ont capturé certains des insectes et les ont ramenés dans leur laboratoire pour les disséquer.

En les disséquant, ils ont découvert des particules de pseudopollen dans leur tube digestif. L’analyse de ces particules a révélé qu’elles contenaient des lipides, ce qui indique leur valeur nutritionnelle. « C’est la première fois que nous confirmons que le pseudopollen est une véritable récompense », déclare Luo Yi-Bo, co-auteur de l’étude, dont les détails ont été publiés sur le serveur de préimpression bioRxiv.

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Mais Rodrigo Singer, un botaniste qui étudie la pollinisation des orchidées à l’Université fédérale de Rio Grande do Sul, ne pense pas que les insectes soient vraiment leurrés. Selon lui, les abeilles et les syrphes sentent que le pseudopollen est nutritif, tout simplement. Les chercheurs de l’étude eux ne semblent pas du même avis.

Un « leurre » pour assurer la reproduction

« Nous avons émis l’hypothèse que la stratégie de mimétisme du pollen, avec des fonctions à la fois gratifiantes et trompeuses chez C. wardii, pourrait être une adaptation à la fragmentation de l’habitat afin de garantir la reproduction », écrivent les chercheurs dans leur document.

Davies espère que ces résultats encourageront les scientifiques à étudier le pseudopollen produit par d’autres orchidées pour voir s’il peut lui aussi être consommé. Qu’elles trompent ou non leurs hôtes, les orchidées C. wardii semblent en tout cas avoir développé un moyen astucieux de garantir la fécondation de leurs fleurs.

Source : bioRxiv

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