Parmi les médicaments envisagés pour lutter contre le COVID-19 : le remdesivir, un antiviral qui accélère la guérison des patients selon certaines études cliniques. Développé par le laboratoire américain Gilead Sciences Inc., ce traitement expérimental a été donné à de nombreux hôpitaux américains ces dernières semaines. Mais cette période de don arrive à son terme : l’entreprise vient d’annoncer ses tarifs, qui seront valables dès le mois de juillet.

Le médicament avait jusqu’à présent été autorisé, puis distribué aux patients au mois de mai dans un contexte d’urgence. Aucune question financière n’avait été évoquée jusqu’alors. Désormais, Gilead facturera 2340 $ (environ 2083 euros) à chaque gouvernement pour un traitement complet. Même avec une bonne assurance santé, cet antiviral demeure onéreux…

Un prix élevé pour un résultat mitigé

Rappelons que le remdesivir avait initialement été développé pour lutter contre le virus Ebola. Il a fait l’objet de nombreux essais cliniques, aux États-Unis et en Europe, pour étudier son efficacité face au SARS-CoV-2. Si ses effets ne se sont pas avérés très concluants dans un premier temps, notamment dans les cas très graves, d’autres études ont permis d’observer que cet antiviral permettait de réduire le temps de récupération des patients hospitalisés (de quatre jours en moyenne par rapport à d’autres traitements standards).

Comme le souligne Daniel O’Day, PDG de Gilead, outre-Atlantique, ce n’est pas rien : une sortie d’hôpital plus précoce générerait des économies d’environ 12’000 $ par patient ! C’est à partir de ce constat que la société pharmaceutique a établi ses tarifs : « 390 $ par flacon pour les gouvernements des pays développés », peut-on lire dans le communiqué officiel de l’entreprise. La grande majorité des patients devant bénéficier de 6 doses de remdesivir sur 5 jours, le coût du traitement complet s’élève à 2340 $. Ce prix sera proposé à « tous les gouvernements des pays développés du monde où le remdesivir est approuvé ou autorisé à être utilisé ».

Pour les Américains couverts par une compagnie d’assurance privée, le prix est néanmoins revu à la hausse : 520 $ par dose. O’Day soutient qu’avec les programmes gouvernementaux en place – et l’aide de Gilead si nécessaire – tous les patients y auront accès. Pourquoi des tarifs aussi élevés ? « Il n’y a pas de manuel pour déterminer le prix d’un nouveau médicament en cas de pandémie », déclare Daniel O’Day. Le PDG explique que grâce au remdesivir, les patients peuvent largement alléger leurs frais d’hospitalisation ; et cet argument semble avoir pesé lourd dans le calcul…

« Veiller à ce que le prix ne soit en aucun cas un obstacle à un traitement rapide et large », c’est l’autre prérogative mentionnée par O’Day. Malgré tout, la somme fixée paraît dans tous les cas démesurée lorsque l’on sait que les matières premières nécessaires pour un traitement complet coûtent moins de 10 $ (0,93 $ par jour exactement) ! Sans compter que son efficacité demeure très relative selon les différentes études menées et n’aurait de résultat que dans certains cas particuliers.

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Effet du remdesivir (vs. un placebo) sur le temps de récupération des malades du COVID-19. Résultats issus du rapport préliminaire concernant l’efficacité du remdesivir dans le traitement du COVID-19. Crédits : J. Beigel et al.

À noter que pour les pays en développement, où les ressources, les infrastructures et l’offre de soins sont très différentes, Gilead a autorisé la production de médicaments génériques par des fabricants locaux. C’est notamment le cas au Bangladesh. Le coût du traitement complet pourrait alors être inférieur à 1000 $. Une solution alternative « pour garantir que tous les pays du monde peuvent donner accès au traitement », explique O’Day.

Une autorisation temporaire, mais pas d’approbation de la FDA

En commercialisant son médicament dès juillet, Gilead espère récupérer ses investissements en R&D et en fabrication (estimés à plus d’un milliard de dollars d’ici la fin de l’année selon son dirigeant). Le remdesivir est déjà autorisé au Japon depuis le mois de mai. Aux États-Unis, il ne peut être administré aux patients hospitalisés que dans les cas les plus sévères de la maladie.

Malgré des résultats peu probants, le 25 juin, l’Agence européenne des médicaments a recommandé d’autoriser la mise sur le marché de Veklury® (le nom commercial du remdesivir). Cette recommandation n’est toutefois valable que pour les patients adultes et adolescents de plus de 12 ans, atteints d’une infection pulmonaire nécessitant un supplément d’oxygène. C’est la première fois qu’un traitement contre le COVID-19 est recommandé pour une autorisation par l’UE.

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Par ailleurs, cet antiviral pourrait bien être le tout premier traitement contre le COVID-19 à recevoir la pleine approbation de la Food and Drug Administration (il ne bénéficie actuellement que d’une autorisation d’utilisation d’urgence) ; de ce fait, certains craignent que les autres traitements potentiels à venir ne s’alignent sur celui-ci niveau tarif. Le Wall Street Journal rappelle néanmoins qu’une approbation de la dexaméthasone – un médicament de la famille des stéroïdes, bien moins cher puisqu’il coûte un peu plus de 5 € par jour – pourrait changer la donne.

En attendant, le PDG de Gilead annonce que les recherches autour du remdesivir ne sont pas terminées et que ses équipes vont continuer d’explorer tout le potentiel de ce médicament. Il évoque notamment d’autres méthodes d’administration (par inhalation, en ambulatoire, etc.) et des combinaisons avec d’autres thérapies.

Source : Gilead

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