Il y a des avantages et des inconvénients à être grand comme à être petit, bien qu’il soit plus communément accepté qu’il y en ait plus dans le deuxième cas (jusqu’à une certaine limite bien entendu). Cependant, une nouvelle étude, qui vient en conforter d’autres sur le sujet, révèle que plus vous êtes grand, plus votre risque de développer un cancer est élevé.

L’hypothèse d’un lien entre la taille et le risque de développer un cancer existe depuis des décennies (depuis les années 50 environ) selon l’auteur de l’étude, Leonard Nunney, biologiste de l’évolution à l’Université de Californie (Riverside).

Publiée le 24 octobre dans la revue Proceedings of the Royal Society B, l’étude s’est basée sur l’analyse des données de quatre études à grande échelle portant sur des centaines de milliers de patients atteints de cancer. Nunney a pu constater que chaque tranche de 10 centimètres de hauteur supplémentaire était associée à une augmentation de 10% du risque de cancer.

Mais attention, les résultats ne prouvent cependant pas qu’être grand augmente directement ce risque ; les chercheurs ont plutôt identifié une corrélation entre la taille et le risque de développer un cancer.

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Le lien entre la taille et le risque de cancer aurait cependant une explication assez simple : les personnes plus grandes possèdent simplement plus de cellules dans leur corps.

« Le cancer est le résultat de mutations dans l’ADN d’une seule cellule » explique Nunney. Ces mutations peuvent notamment se produire lorsque les cellules du corps se divisent, ce qui se produit d’innombrables fois au cours de la vie. Certaines de ces mutations sont inoffensives, mais d’autres peuvent entraîner la division incontrôlée d’une cellule.

L’étude montre que plus le nombre de cellules est élevé, plus les taux de mutations sont élevés et donc plus il y a de chances qu’une de ces mutations conduise à un cancer.

Dans le cadre de cette recherche, 23 types de cancer chez les hommes et les femmes ont été étudiés, et cela a permis de constater une forte corrélation entre la taille et le risque de développer au moins 14 de ces types de cancer. Cependant, pour certains cancers et en particulier ceux du pancréas, de l’œsophage, de l’estomac et de la bouche, aucun lien entre la taille et le risque n’a été identifié.

« Nous ne pouvons que spéculer sur les raisons qui font que le risque de développer ces quatre types de cancer n’était pas corrélé à la taille », a déclaré Nunney. « Les types de cancer pour lesquels nous ne voyons pas de lien évident avec la taille sont traditionnellement associés à des influences environnementales importantes ». Par exemple, le cancer de la bouche est associé à des facteurs tels que la consommation d’alcool et le tabagisme.

Nunney a déclaré qu’il s’attendrait plus globalement à voir un effet similaire sur le risque de cancer quel que soit l’organe dans lequel celui-ci débute, car les personnes de grande taille ont tendance à avoir des organes plus grands, qui sont donc constitués de plus de cellules.

L’étude a révélé que, concernant les cancers de la thyroïde et de la peau, la taille semblait être un facteur de risque encore plus important que pour les autres types de cancer.

Concernant le cancer de la thyroïde, d’autres facteurs tels que le sexe et la nationalité, ont également été pris en compte. Par exemple, les femmes coréennes de grande taille seraient plus susceptibles de développer un cancer de la thyroïde que les hommes et les femmes plus petits d’autres nationalités. Le risque de cancer de la peau quant à lui pourrait être plus élevé chez les personnes présentant des taux plus élevés d’IGF-1 — une hormone peptidique dont la production est liée à l’hormone de croissance (GH).

« Des études antérieures ont montré que les personnes de grande taille avaient tendance à avoir des niveaux plus élevés d’IGF-1 », explique Nunney. « Et il existe des données suggérant qu’avoir des niveaux plus élevés d’IGF-1 à l’âge adulte, conduit à une division cellulaire plus rapide » ajoute-t-il.

Les humains ne sont pas les seuls animaux chez qui la taille du corps et le risque de cancer peuvent être liés. Les races de chiens de grande taille, par exemple, ont tendance à être plus susceptibles de développer un cancer que les plus petites.

Cependant, « cet effet ne se traduit pas entre les espèces animales » déclare Nunney ; en d’autres termes, une baleine n’a pas plus de risques de développer un cancer qu’une souris. En effet, les grandes espèces telles que les baleines et les éléphants, semblent vivre plus longtemps que les petits animaux et sont moins susceptibles de développer un cancer. Et selon Nunney, cela offre aux scientifiques un sujet d’étude très intéressant.

« Il semble qu’au cours de l’évolution, les grands animaux aient développé des moyens supplémentaires de suppression du cancer », a déclaré Nunney. « Si nous découvrons le fonctionnement de ces « couches » supplémentaires, nous pourrons en tirer parti » conclut-il.

Sources : Proceedings of the Royal Society B, Live Science

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