Le ronronnement serait un indicateur plus fiable de l’identité individuelle des chats que le miaulement

Un aspect supplémentaire de la manière dont la domestication a influencé l'évolution de certains animaux.

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Le ronronnement des chats domestiques constituerait un indicateur d’identité individuelle plus fiable que leur miaulement, selon une étude. Si le miaulement a évolué pour devenir un outil flexible adapté aux interactions avec les humains, il varierait considérablement selon le contexte, tandis que le ronronnement resterait constant et spécifique à chaque chat. Ces données mettent en évidence un aspect supplémentaire de la manière dont la domestication a influencé l’évolution de certains animaux.

Les animaux utilisent différents signaux pour communiquer tels que les signatures vocales, la posture physique, les expressions faciales, etc. Ces signaux sont influencés par divers facteurs tels que le sexe, l’âge, la condition physique, ainsi que des différences individuelles. Majoritairement vocales, ces signatures permettent de distinguer les individus entre eux et jouent un rôle essentiel dans l’évolution des interactions sociales comme les relations mère-enfant.

Des études ont démontré que de nombreux animaux disposent de ce type de signatures individuelles leur permettant de se distinguer des autres et de communiquer entre eux. D’un autre côté, la domestication et la sélection artificielle ont contribué à la manière dont ces signaux ont évolué chez certains animaux comme les chiens (Canis familiaris) et les chats domestiques (Felis catus), notamment en augmentant leur flexibilité et leur réactivité aux humains.

En particulier, le chat domestique constitue un modèle pertinent pour étudier comment la domestication et l’interaction humaine ont façonné le comportement vocal et comment l’identité individuelle est encodée à travers différents types de vocalisations, notamment le miaulement et le ronronnement. Ils ont subi, à l’instar des chiens, de profondes modifications de leur comportement vocal au cours de leur longue coexistence avec les humains.

Cependant, peu d’études ont jusqu’ici exploré la spécificité ou l’individualité des différentes vocalisations félines. Afin de combler les lacunes de recherche, des chercheurs du Musée d’histoire naturelle de Berlin et de l’Université de Naples Federico II ont examiné les miaulements et les ronronnements des chats afin de déterminer comment leur identité individuelle y est encodée.

« L’individualité vocale, essentielle à la communication chez les mammifères, favorise la reconnaissance et l’interaction sociales, mais sa présence dans les différents types de vocalisations chez le chat reste mal comprise », expliquent les chercheurs dans leur étude publiée récemment dans la revue Scientific Reports.

Ronronnement : un indicateur identitaire plus fiable

Chez le chat domestique, le miaulement et le ronronnement ont des rôles communicatifs distincts et possèdent des caractéristiques uniques. Le miaulement est une vocalisation polyvalente généralement produite la gueule ouverte avec des intensités et des sonorités variant selon le contexte. Dans le cadre d’interactions avec les humains, il est émis par exemple lors du jeu ou pour solliciter l’attention et la nourriture.

Le ronronnement, quant à lui, peut être produit dans des contextes d’affiliation entre chats (par exemple entre les châtons et leur mère lors de l’allaitement) ou entre chats et humains (par exemple lors des séances de caresses). Il se définit par un son constant de basse fréquence et est accompagné de vibrations se produisant dans tout le corps.

« Nous avons examiné si les chats encodent leur identité individuelle dans leurs miaulements et leurs ronronnements, en supposant que les miaulements pourraient présenter des signatures plus fortes du fait de leur nature adressée à l’humain », écrivent les chercheurs de l’étude.

Pour étayer leur hypothèse, les chercheurs ont analysé 276 miaulements provenant de 14 chats et 557 ronronnements provenant de 21 chats. Les vocalisations ont été analysées à l’aide d’outils développés initialement pour la reconnaissance vocale automatique humaine. L’objectif était de déterminer avec quelle précision l’outil pouvait associer chaque son au chat correspondant, en se basant uniquement sur ses caractéristiques acoustiques.

Les résultats ont montré que les deux types de vocalisations présentaient des signatures individuelles, mais les ronronnements se seraient avérés nettement plus fiables. « On prête davantage attention aux miaulements car les chats utilisent principalement ces vocalisations à notre égard. Mais après avoir examiné de près la structure acoustique, nous avons constaté que le ronronnement régulier et rythmé était un indicateur plus fiable pour distinguer les individus », explique, dans un communiqué du Musée d’histoire naturelle de Berlin, Danilo Russo, l’auteur de l’étude.

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Spectrogrammes et oscillogrammes de ( A ) deux miaulements et ( B ) deux ronronnements.© Marisa Idolo

Miaulement : une polyvalence qui a évolué avec la domestication

Afin d’analyser les résultats dans un contexte évolutif, les chercheurs ont comparé les vocalisations des chats domestiques avec celles de félins sauvages, notamment le chat sauvage d’Afrique (Felis lybica), le chat sauvage d’Europe (Felis silvestris), le chat de jungle (Felis chaus) et le guépard (Acinonyx jubatus) et le puma (Puma concolor). Ils ont utilisé un grand ensemble de données de vocalisations des archives sonores animales du Muséum d’histoire naturelle de Berlin.

Les miaulements des chats domestiques ont présenté une variabilité nettement plus importante que ceux des félins sauvages. D’après les chercheurs, cette grande variabilité serait attribuée à leur domestication par les humains. « Vivre avec des humains – dont les habitudes, les attentes et les réactions diffèrent considérablement – a probablement favorisé les chats capables d’adapter leurs miaulements avec souplesse », explique Mirjam Knörnschild, coauteure principale de l’étude.

« Nos résultats confirment l’idée que les miaulements sont devenus un outil extrêmement adaptable pour s’orienter dans un monde dominé par l’humain », ajoute-t-elle. Ils ont évolué chez les chats de sorte à privilégier la flexibilité à l’individualité, permettant probablement de faciliter la communication et l’expression des besoins envers leurs maîtres.

Source: Scientific Reports
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