Une mystérieuse startup a administré une thérapie génique à des patients atteints de démence

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Au cours des dernières années, la thérapie génique a connu un essor considérable. Plusieurs traitements expérimentaux ont vu le jour, et divers essais cliniques ont été effectués dans le but de traiter certaines pathologies comme la cécité infantile. Alors que ces procédures sont généralement extrêmement contrôlées, certains acteurs biopharmaceutiques préfèrent opérer en dehors de la surveillance légale. C’est le cas de BioViva, une startup de biotechnologie installée au Mexique ayant administré une thérapie génique à des patients atteints de démence basée sur un traitement expérimental non approuvé ni contrôlé. 

Elizabeth Parrish, PDG d’une start-up de biotechnologie appelée BioViva, a annoncé le mois dernier que six patients atteints de démence se sont rendus au Mexique afin que la société puisse leur administrer une thérapie génique anti-âge expérimentale à l’abri l’œil vigilant de la FDA. Parrish — qui a déclaré à STAT News qu’elle s’était administrée plus de 100 fois une thérapie génique expérimentale de sa propre conception — indique que les patients atteints de démence avaient été recrutés et traités en 2019 avec un vecteur expérimental de thérapie génique similaire destiné à étendre les télomères.

« La puissance de la technologie est là, nous ne sommes tout simplement pas en mesure de l’exploiter parce que personne n’est en mesure de collecter les fonds nécessaires pour intégrer ces médicaments régénératifs révolutionnaires aux essais cliniques », affirme Parrish. À son avis, le vieillissement est une maladie qui nécessite un traitement comme les autres. Elle essaie donc de relancer le domaine des traitements anti-âge, qui, selon elle, est en train de s’alourdir et d’être accablé par une réglementation inutile.

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Les télomères sont les extrémités des chromosomes et contiennent une partie de notre ADN. Le vieillissement est majoritairement causé par le raccourcissement progressif des télomères. Les thérapies génétiques qui s’attaquent au vieillissement visent donc principalement les télomères, et notamment leur enzyme associée : la télomérase. © GenClass

Les télomères, séquences génétiques situées aux extrémités des chromosomes, sont souvent utilisés comme indicateur du vieillissement et de la santé cellulaire, car ils se raccourcissent progressivement avec le temps, auquel cas les cellules perdent leur capacité à se répliquer. Cela en fait une cible commune pour les traitements de longévité — et selon Parrish, une cible pour inverser ou retarder la démence et la maladie d’Alzheimer.

Traitements de BioViva : de nombreuses questions sans réponses

Mais lorsque STAT a enquêté sur cette startup en particulier et son prétendu traitement, le journal est reparti avec des questions plus alarmantes que lorsqu’il a commencé. Par exemple, BioViva a travaillé avec des chercheurs pour développer des vecteurs d’édition de gènes destinés aux animaux, mais on ne sait toujours pas où et comment ils ont obtenu des vecteurs axés sur l’Homme.

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Le fait que BioViva affirme avoir expérimenté sur des patients atteints de démence — un groupe particulièrement vulnérable — complique encore davantage le problème, tout en évitant délibérément la surveillance réglementaire. Des données cliniques manquantes, des sources qui tournent en rond et des rapports contradictoires remettent en question la validité et même la réalité des traitements, selon l’enquête de STAT, qui dispose d’experts dans le domaine concerné. « Tout ce que je vois indique que les parties impliquées ne mènent pas un essai clinique crédible avec des garanties appropriées », déclare Leigh Turner, bioéthicienne de l’Université du Minnesota.

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Des consultants scientifiques de renom

BioViva s’appuie en partie sur la présence d’éminents scientifiques, dont le célèbre généticien de Harvard et pionnier de l’édition génétique, George Church. Mais alors que Church a déclaré qu’il avait fourni des informations scientifiques à BioViva — et qu’il pensait que les traitements visant les télomères sont presque prêts pour les humains —, il n’avait aucune idée que la société expérimentait déjà sur des humains.

« Vous ne voulez pas que des universitaires dans des institutions réputées offrent une fonction de protection pour ce qui semble à bien des égards être des activités assez dérangeantes de la part de ces entreprises. Donc, s’il veut prêter son nom à des entreprises comme celle-ci, il devient d’une certaine manière responsable en les soutenant », conclut Turner.

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