Le développement à la fois physiologique et socio-cognitif d’un enfant dépend directement de l’environnement dans lequel il évolue et de la nature de ses interactions. Des situations négatives comme des abus sexuels ou psychologiques, ou bien encore la privation de la présence des parents, peuvent conduire à une sévère perturbation du développement cérébral et des fonctions comportementales qui se poursuivent à l’âge adulte.

La récente mise en place de la politique d’immigration « Zéro Tolérance » par l’administration Trump a conduit à la détention de plus de 2000 enfants séparés de leurs parents, selon le département de la sécurité intérieure. Les sanctions s’appliquent à tout adulte passant illégalement la frontière, qu’il soit accompagné d’enfants ou non.

Si c’est le cas, les enfants lui sont alors retirés et placés dans des centres de soin temporaire tandis que les parents sont emprisonnés en attendant d’être déférés devant les tribunaux. « Séparer des enfants de leurs parents est dangereux pour eux. Il n’y a rien de compliqué à propos de cela, et la science ainsi que le bon sens permettent d’arriver à cette conclusion » affirme Jack Shonkoff, directeur du Centre pour le Développement de l’Enfant, à l’université d’Harvard.

Après quelques jours de détention, les enfants sont transférés dans des centres de long séjour ou confiés à des familles d’accueil. Plusieurs institutions et politiques (9000) ont créé une pétition pour enjoindre la Maison Blanche à modifier sa politique.

Des journalistes ont révélé que certains enfants étaient parqués dans de vieux entrepôts du sud du Texas dans, de grandes cages en attendant d’être pris en charge. Malgré le véritable danger de santé publique que représente une séparation forcée des enfants de leurs parents, l’administration Trump ne semble pas en considérer sérieusement la portée scientifique.

Les expériences infantiles négatives à l’origine de troubles sévères persistant à l’âge adulte

Les expériences infantiles négatives (adverse childhood experiences, ACE) sont des événements stressants ou traumatisants dans la vie d’un enfant, pouvant conduire à une forte détérioration des interactions sociales et à l’émergence de plusieurs problèmes de santé. Plusieurs situations peuvent être à l’origine d’ACE : abus physiques, sexuels et psychologiques, négligence physique, négligence émotionnelle, violences inter-parentale, parent incarcéré, mère maltraitée, utilisation de substances illégales, séparation parentale ou divorce, et abandon.

dev cerveau

Le développement du cerveau et ses différentes fonctions au cours du temps. En cas de situations négatives infantiles, le développement des fonctions cérébrales, cognitives et sociales peut être gravement perturbé. Crédits : Center for Developing Child/Harvard

La Division de la Prévention des Violences du Centre de Contrôle et Prévention des Maladies (CDC, USA) a conduit une étude sur les ACE de 1995 à 1997, impliquant 17’000 sujets. Celle-ci a révélé que plus de 30% des personnes interrogées avaient subi des abus physiques et sexuels, des situations d’abandon et de divorce, ou avaient été élevées par des parents mentalement malades. L’étude a également montré que les personnes victimes d’ACE arboraient à l’âge adulte d’importants problèmes de santé, sociaux et relationnels, proportionnels à la gravité de l’ACE subie.

Plusieurs études ont également révélé une forte prévalence des attitudes à risque à l’âge adulte, comme l’addiction aux drogues, l’augmentation du nombre de cigarettes par jour, la sur-consommation de médicaments anti-dépresseurs et analgésiques, et l’élévation du taux de tentatives de suicide jusqu’à 2 à 5 fois au-dessus de la moyenne nationale.

Parallèlement, les ACE sont également à l’origine de l’apparition et la multiplication des épisodes dépressifs, de sérieux troubles du sommeil, de comportements sexuels à risque, d’une élévation de la mortalité fœtale, de maladies cardiovasculaires chroniques et d’une mauvaise santé dentaire.

Enfants séparés de leurs parents : un stress toxique endommageant le développement cérébral infantile

Savoir gérer les situations négatives est une étape importante du développement de l’enfant. Lorsqu’il est exposé à une situation dangereuse, menaçante ou douloureuse, l’organisme de l’enfant produit une réponse sous la forme d’un stress physiologique prenant majoritairement place dans le cerveau. Les neuroscientifiques classent le stress en trois catégories.

Le stress positif est une phase normale du développement infantile, consistant en une brève élévation du rythme cardiaque et du taux d’hormones (premier jour avec une nounou, injection d’un vaccin, etc.).

Le stress tolérable correspond à une réponse plus intense de l’organisme, liée à des situations comme la perte d’un être cher, une catastrophe naturelle ou une blessure.

Le stress négatif correspond à une réponse violente de l’organisme, consistant en une élévation dangereuse du rythme cardiaque, de la pression intra-crânienne et des taux d’hormones cortico-surrénaliennes ; elle est liée aux ACE, et notamment à la privation de la présence des parents.

Ces niveaux de stress peuvent être régulés par l’environnement de l’enfant et notamment par l’existence de relations de soutien et de bienveillance. La présence d’adultes amenant sécurité et réconfort agit comme un tampon minimisant les effets de la réponse au stress, et permettant donc au corps d’éviter de subir des dommages anatomiques. Cela bloque aussi la perturbation des schémas sociaux et comportementaux. Dans le cas du stress négatif, celui-ci devient un stress toxique quand la réponse de l’organisme entraîne l’apparition de dommages organiques.

stress toxique

Lorsque le stress négatif persiste, il se transforme en stress toxique et peut sérieusement endommager l’architecture cérébrale de l’enfant. Sur cette image, un neurone sain (en haut) est comparé à un neurone endommagé par le stress toxique (en bas). Crédits : Center for Developing Child/Harvard

Plusieurs études ont démontré les dommages physiologiques infligés par un stress négatif persistant. L’élévation de la pression intra-crânienne, des taux d’hormones surrénaliennes et des catécholamines (dopamine, adrénaline, etc) conduisent à une perturbation de l’architecture cérébrale infantile, affectant la plasticité neuronale et entraînant la régression de certaines aires du cerveau impliquées dans les relations sociales et comportementales.

Ces dommages de la structure cérébrale persistent à l’âge adulte, où elles provoquent des problèmes neurologiques et cognitifs (troubles du sommeil, troubles de la mémoire, etc.), ainsi que d’importantes perturbations des interactions sociales.

Une réponse

  1. Tony

    Apparemment l’organisation norvégienne Braneverent ne pas au courant et comment des crimes contre humanités avec le prétexte de protéger l’enfance,,,

    Répondre

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