Unions préhistoriques : les hommes néandertaliens se tournaient davantage vers les femmes Homo sapiens

Une préférence marquée qui soulignerait la manière dont le comportement peut contribuer à façonner le génome humain.

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Le visage reconstitué d'un Néandertalien basé sur des restes d'Homo neanderthalensis vieux de 40 000 ans, découverts en Belgique. | Natural History Museum of London

Une analyse génomique portant sur trois femmes néandertaliennes suggère que les femmes Homo sapiens s’accouplaient plus fréquemment avec les hommes néandertaliens que l’inverse (c’est-à-dire les hommes Homo sapiens avec des femmes néandertaliennes). Cela suggère la présence d’un biais dans le choix de partenaires sexuels et met en lumière le rôle possible des comportements passés dans l’évolution du génome humain.

Des études ont été menées au cours des dernières années pour déterminer les comportements passés qui ont contribué à façonner notre génome. Certaines d’entre elles ont par exemple montré que des événements historiques tels que la colonisation ou la traite d’esclaves ont influencé la structure du génome des populations actuelles. Ces travaux s’étendent cependant rarement au-delà de l’histoire moderne.

Les études se concentrant sur la manière dont les comportements ancestraux influencent notre évolution indiquent que les Homo sapiens se sont fréquemment reproduits avec les Néandertaliens (Homo neandertalis) avant que ces derniers ne disparaissent il y a environ 40 000 ans. Des traces d’ADN néandertalien persistent encore aujourd’hui dans le génome de nombreuses personnes, en particulier celles d’origine non africaine. Cet ADN néandertalien peut représenter jusqu’à 4 % du génome moderne.

Cependant, cet ADN néandertalien résiduel n’est pas réparti uniformément dans le génome moderne même chez les personnes qui en possèdent un pourcentage relativement élevé. Certaines parties du génome d’Homo sapiens, notamment la majeure partie du chromosome X, en sont totalement dépourvues. Ces régions sont surnommées « déserts néandertaliens ».

Des hypothèses selon lesquelles ces déserts sont le résultat de la sélection naturelle ont été avancées. L’une d’entre elles soutient par exemple que les variantes génétiques néandertaliennes étaient désavantageuses à la fois pour les humains modernes et les Néandertaliens eux-mêmes, ce qui aurait conduit rapidement à leur dissolution.

Une autre hypothèse avance que ces variantes étaient désavantageuses pour les humains modernes mais fonctionnelles pour les Néandertaliens et inversement. Selon cette hypothèse, on devrait ainsi s’attendre à ce que les Néandertaliens ayant une ascendance humaine possèdent des régions d’ADN dépourvues de toute trace d’ascendance humaine, ce qui n’est pas le cas.

La nouvelle étude publiée le 26 février dans la revue Science suggère plutôt que ces déserts reflètent d’anciens schémas de reproduction entre les deux groupes, plutôt que l’élimination progressive de gènes désavantageux. « Il existe depuis longtemps cette hypothèse selon laquelle nous, les humains modernes, nous débarrassons de nos ancêtres néandertaliens depuis 45 000 ans », explique Alexander Platt, généticien évolutionniste à l’Université de Pennsylvanie et co-auteur de l’étude, à National Geographic. « Je ne crois pas à cette théorie. »

62 % d’ADN humain en plus sur les chromosomes X néandertaliens

Si les études sur les déserts néandertaliens se concentraient principalement sur l’analyse des génomes humains modernes, l’équipe de Platt a adopté une autre approche visant plutôt à déterminer comment l’ADN humain moderne s’est intégré au génome néandertalien. Pour ce faire, les chercheurs ont analysé les génomes de trois femmes néandertaliennes ayant vécu respectivement il y a 122 000, 80 000 et 52 000 ans et ayant toutes une ascendance Homo sapiens. Leurs génomes ont également été comparés avec des génomes africains sans ascendance néandertalienne.

Les résultats ont révélé que le chromosome X néandertalien contenait en moyenne 62 % d’ADN humain en plus que les chromosomes non sexuels (les 22 paires de chromosomes qui ne déterminent pas le sexe biologique). Cet ADN ne semblait pas conférer d’avantage évident, car il était principalement situé au niveau de régions non codantes du génome.

Les hommes possèdent un chromosome X et Y tandis que les femmes possèdent deux chromosomes X. Lors de la fécondation, la mère transmet toujours un chromosome X à l’enfant, tandis que le père ne le transmet que si l’enfant est une fille. Par conséquent, le chromosome X est plus souvent hérité de la mère que du père.

D’après les chercheurs, si la reproduction s’était principalement produite entre les Néandertaliens mâles et les femmes Homo sapiens, relativement peu d’ADN du chromosome X néandertalien aurait intégré le patrimoine génétique humain, ce que l’on observe aujourd’hui.

Des femmes Homo sapiens plus attirantes pour les Néandertaliens ?

Pour étayer leur hypothèse, les chercheurs ont utilisé un modèle mathématique de population pour identifier les croisements qui auraient pu engendrer de faibles niveaux d’ADN néandertalien sur les chromosomes X des génomes modernes. Les données ont révélé que ces niveaux s’expliqueraient principalement par la présence d’un biais lié au sexe : les hommes néandertaliens se sont accouplés plus souvent avec des femmes Homo sapiens sur plusieurs générations.

D’après l’équipe, ces résultats suggèrent que le comportement a pu influencer l’évolution humaine. Les généticiens ont jusqu’ici généralement adopté une approche « étrangement clinique » lorsqu’ils étudient des génomes anciens. Or, « il s’agit d’êtres humains, et nous savons que les êtres humains ont des biais et des préférences », explique Platt dans un article publié dans la revue Nature.

Quant aux raisons de cette préférence pour les femmes Homo sapiens, elles pourraient peut-être découler des choix des femelles, de la disponibilité de partenaires, ou même d’une habitude culturelle, mais cela reste à confirmer car ces résultats ne constituent pas des indices sur les contextes sociaux qui auraient pu mener à ces unions. L’équipe de l’étude suggère que la théorie la plus simple est que les hommes néandertaliens aient tout simplement trouvé les femmes humaines plus attirantes et vice versa.

Source : Science
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