Cinq jours de malbouffe suffisent à altérer l’activité cérébrale, selon une étude

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| Getty Images/Trust My Science (Edit)
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Depuis des décennies désormais, l’obésité constitue un enjeu central de santé publique. En France, près de 10 millions de personnes étaient concernées en 2024. À l’échelle mondiale, le phénomène prend une ampleur préoccupante : un milliard d’individus souffrent d’obésité. Parmi les principaux facteurs de cette véritable épidémie, la « malbouffe » joue un rôle important, notamment en modifiant l’action de l’insuline sur le cerveau. Une étude récente menée par des chercheurs allemands révèle qu’en seulement cinq jours de consommation d’aliments ultra-transformés – chips, barres chocolatées et autres produits riches en graisses, le cerveau adopte des schémas similaires à ceux des personnes obèses. Un constat préoccupant, qui soulève des questions sur les effets à long terme de nos choix alimentaires.

Les conclusions du rapport de l’Institut Montaigne sur la malbouffe sont sans équivoque : 87 % des enfants français et 47 % des adultes consomment plus de sucre que ne le recommande l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En cause, la prolifération des produits ultra-transformés, notamment les confiseries et pâtisseries industrielles. Riches en sucres ajoutés, ces aliments figurent parmi les principaux moteurs de l’épidémie d’obésité, selon les experts.

Un autre rapport, publié par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), met en évidence une tendance préoccupante : l’essor de la restauration rapide. Au cours des dix dernières années, le secteur n’a cessé de croître. Aujourd’hui, 55 % des adultes actifs et des étudiants fréquentent les fast-foods au moins une à trois fois par mois. Une évolution des habitudes alimentaires qui pourrait expliquer, en partie, la progression continue du taux d’obésité en France. Face à cette situation, les spécialistes alertent sur les conséquences à long terme d’une alimentation déséquilibrée.

Si l’obésité est souvent attribuée à une alimentation trop riche et à un mode de vie sédentaire, ses mécanismes biologiques s’avèrent plus complexes. L’un des acteurs clés de cette pathologie est l’insuline. Connue pour son rôle dans la régulation de la glycémie, cette hormone joue également un rôle clé dans le cerveau, où elle influence l’appétit et le métabolisme. En temps normal, elle envoie un signal de satiété, incitant à modérer la prise alimentaire et à optimiser l’utilisation des nutriments. Chez les personnes obèses, ce mécanisme est altéré, conduisant à une résistance à l’insuline.

Une accumulation rapide de graisses dans le foie

Pour mieux comprendre ces mécanismes, une étude récente menée par l’hôpital universitaire de Tübingen, le Centre allemand de recherche sur le diabète (DZD) et Helmholtz Munich s’est penchée sur l’effet de l’insuline sur le cerveau. Les résultats sont clairs : cinq jours de consommation d’aliments ultra-transformés suffisent à induire des altérations cérébrales similaires à celles observées chez les personnes obèses.

« Nos résultats démontrent, pour la première fois, que même une brève consommation d’aliments hautement transformés et malsains entraîne une altération significative du cerveau chez des individus en bonne santé, pouvant être un déclencheur de l’obésité et du diabète de type 2 », souligne la professeure Stephanie Kullmann, auteure principale de l’étude, dans un communiqué.

Publiée dans la revue Nature Metabolism, l’étude a suivi 29 jeunes hommes en bonne santé, âgés de 19 à 27 ans et de corpulence moyenne. Répartis en deux groupes, 18 d’entre eux ont ingéré environ 1 500 kilocalories supplémentaires par jour sous forme de collations ultra-transformées, tandis que les 11 autres ont maintenu leur régime alimentaire habituel et servi de groupe témoin.

À l’aide d’imageries par résonance magnétique (IRM), les chercheurs ont analysé la teneur en graisse du foie ainsi que la sensibilité à l’insuline du cerveau. Les résultats sont révélateurs : bien que leur poids n’ait pas significativement varié, les participants soumis au régime ultra-transformé ont vu la teneur en graisse de leur foie augmenter de 1,5 % à environ 2,5 % en seulement cinq jours.

Parallèlement, leur sensibilité à l’insuline a fortement diminué, un effet qui persistait encore une semaine après l’arrêt du régime hypercalorique. Jusqu’alors, une résistance à l’insuline de cette nature n’avait été observée que chez les personnes obèses.

Un impact direct sur la cognition et le métabolisme

L’étude a également mis en lumière des modifications cérébrales préoccupantes. Soumis à des tests cognitifs, les participants ont présenté une activité cérébrale accrue dans les zones impliquées dans la récompense alimentaire et l’adaptation aux changements de régime. Cette suractivité pourrait favoriser l’émergence du diabète de type 2, selon les chercheurs.

Autrement dit, des troubles métaboliques sévères peuvent se développer avant même l’apparition de signes extérieurs visibles. En l’espace de quelques jours, le foie a stocké davantage de graisses et le cerveau a commencé à ignorer les signaux de l’insuline.

Plus préoccupant encore, l’équipe de recherche a constaté que, même une semaine après l’arrêt du régime hypercalorique, la résistance à l’insuline persistait dans certaines zones cérébrales liées à la mémoire et à la cognition. « Le cerveau semble capable de s’adapter aux changements alimentaires à court terme avant même une prise de poids, facilitant ainsi le développement de l’obésité et des maladies associées », concluent les auteurs de l’étude.

Source : Nature Metabolism

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