La transplantation de microbiote fécal (TMF) a montré des résultats prometteurs pour améliorer la réponse à l’immunothérapie contre le cancer du rein, du poumon et le mélanome, lors d’essais cliniques de phase 1 et 2. Le traitement a notamment réduit significativement les effets secondaires liés à l’immunothérapie chez les patients atteints de cancer du rein et a amélioré son efficacité pour le cancer du poumon et le mélanome. Ces résultats démontrent le potentiel de la TMF pour le ciblage de nombreux types de cancer en combinaison avec d’autres thérapies.
Les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire (ICI) ont transformé la prise en charge de différents types de cancers avancés ou résistants aux traitements standards tels que le cancer du rein métastatique, le cancer du poumon non à petites cellules, le cancer du sein triple négatif et le mélanome. Ils ont permis d’obtenir des taux de réponse significatifs (c’est-à-dire une réduction significative de la charge tumorale) et d’améliorer le taux de survie de nombreux patients.
Cependant, ils présentent encore certaines limites entravant leur application à grande échelle. La plupart des patients souffrant de cancer du rein métastatique décèdent par exemple dans les 5 ans suivant le traitement malgré son efficacité, en raison de sa toxicité qui peut parfois provoquer des effets indésirables sévères.
« Le traitement standard du cancer du rein avancé comprend souvent une immunothérapie qui stimule le système immunitaire du patient pour combattre les cellules cancéreuses », explique, dans un communiqué, Saman Maleki, chercheur au London Health Sciences Centre Research Institute (LHSCRI). « Malheureusement, ce traitement provoque fréquemment des colites et des diarrhées, parfois si graves qu’il oblige le patient à interrompre prématurément son traitement vital. »
Il est donc essentiel d’identifier des stratégies permettant de pallier la toxicité des ICI et d’améliorer leur efficacité. « Si nous parvenons à réduire les effets secondaires toxiques et à permettre aux patients de mener leur traitement à terme, ce sera une véritable révolution », estime Maleki.
Malgré l’amélioration de la survie des patients atteints de cancer du poumon non à petites cellules et de mélanome cutané grâce aux ICI, d’importantes charges tumorales persistent dans leurs organismes. Deux essais cliniques menés conjointement par le Lawson Research Institute (Lawson) de St. Joseph’s Health Care London, le LHSCRI et le Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) ont démontré le potentiel de la TMF pour améliorer la réponse aux ICI contre les trois types de cancer. Les résultats ont été publiés le 28 janvier dans la revue Nature Medicine.
Transplantation fécale : un potentiel thérapeutique quasi illimité ?
Le microbiote intestinal est reconnu comme étant impliqué dans de nombreuses fonctions biologiques, y compris l’immunité (par le biais de la production de métabolites ou l’interaction directe avec les cellules immunitaires). Sa composition et ses capacités fonctionnelles sont déterminantes pour la réponse à de nombreuses maladies et thérapies. La modulation de sa composition est donc toujours plus explorée, notamment par le biais de la TMF, pour le ciblage de diverses maladies.
La TMF constitue par exemple un traitement établi pour les infections intestinales sévères et résistantes aux antibiotiques standards telles que l’infection à Clostridium difficile. L’implication étroite du microbiote intestinal dans la régulation immunitaire a d’ailleurs amené certains chercheurs à penser que la TMF a un potentiel quasi illimité en matière de thérapie, comme nous l’avons abordé dans un précédent article d’investigation.
En particulier, des études ont montré que la composition du microbiote intestinal influence l’immunité anti-tumorale. La TMF à partir de donneurs sains a montré une efficacité pour atténuer la diarrhée liée à certaines thérapies ciblées telles que les inhibiteurs de tyrosine kinase (ITK) et à rétablir l’homéostasie immunitaire chez les patients présentant des effets indésirables immunologiques sévères.
Immunothérapie : efficacité améliorée et effets secondaires atténués grâce à la transplantation fécale
La première étude du groupe de Lawson, un essai clinique de phase 1, visait à déterminer l’innocuité de la TMF lorsqu’elle est associée à des ICI pour traiter le cancer du rein métastatique. Le traitement TMF consiste en des capsules à ingérer appelées LND101 et développées à partir des selles de donneurs sains. Sur les 20 patients traités, la combinaison LND101-ICI a amélioré la réponse anticancéreuse en réduisant significativement les effets secondaires liés à l’immunothérapie.
« Utiliser la TMF pour réduire la toxicité des médicaments et améliorer la qualité de vie des patients, tout en améliorant potentiellement leur réponse clinique au traitement du cancer, est formidable, et cela n’avait jamais été fait auparavant dans le traitement du cancer du rein », indique Michael Silverman, chercheur à Lawson et chef du programme des maladies infectieuses de St. Joseph’s Health Care London.
L’essai de phase 2 consistait à évaluer si la TMF pouvait améliorer les réponses aux ICI chez 20 patients atteints de cancer du poumon non à petites cellules et 13 atteints de mélanome. Les résultats ont révélé que, parmi les patients inclus dans l’essai atteints d’un cancer du poumon, 80 % répondaient positivement à l’immunothérapie après une TMF, contre seulement 39 à 45 % pour ceux qui ont bénéficié de l’immunothérapie seule.
« Notre essai clinique a démontré que la transplantation de microbiote fécal pouvait améliorer l’efficacité de l’immunothérapie chez les patients atteints de cancer du poumon et de mélanome », déclare la Dre Arielle Elkrief, co-chercheuse principale de l’essai et médecin-chercheuse au CRCHUM. Les résultats ont en outre permis d’identifier une voie d’action potentielle contribuant aux avantages conférés par la TMF, notamment l’élimination de bactéries nocives pour la réponse immunitaire.
La stratégie est actuellement testée dans le cadre d’un vaste essai contrôlé randomisé pancanadien appelé Canbiome2. Elle est également étudiée chez des personnes atteintes du cancer du pancréas et du cancer du sein triple négatif.
Vidéo de présentation des résultats des essais :


