Une vaste étude suédoise s’étendant sur 25 ans suggère que la consommation de fromages et de crème entiers est associée à un risque réduit de développer une démence. Les adultes qui ne présentaient pas de prédisposition génétique à l’Alzheimer et qui consommaient plus de 50 grammes de fromage entier par jour présentaient un risque inférieur de 13 à 17 % de développer la maladie d’Alzheimer. Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence, car d’autres facteurs, tels que le mode de vie, doivent également être pris en compte.
L’alimentation est aujourd’hui considérée comme l’un des principaux facteurs de risque modifiables d’un large éventail de maladies, parmi lesquelles la démence. Plusieurs travaux ont mis en avant les bénéfices de certains modèles nutritionnels — tels que le régime méditerranéen — dans la réduction du risque de déclin cognitif. Les produits laitiers, composante importante des régimes occidentaux traditionnels, pourraient eux aussi exercer un effet protecteur, selon certaines études.
Leur association exacte avec le risque de démence demeure toutefois controversée. Les recherches menées en Asie suggèrent par exemple un effet protecteur, tandis que celles conduites en Europe aboutissent à des conclusions opposées. Une telle divergence pourrait s’expliquer par des différences marquées de consommation : en moyenne, les produits laitiers sont ingérés en quantités bien moindres dans les pays asiatiques. Une consommation modérée pourrait ainsi produire des effets distincts de ceux observés à des niveaux plus élevés.
Par ailleurs, les produits laitiers diffèrent selon leurs procédés de transformation, ce qui pourrait influer sur leurs effets sanitaires. Le fromage semble par exemple présenter un potentiel protecteur important contre le déclin cognitif par rapport à d’autres produits laitiers. À l’inverse, les travaux portant sur le lait — fermenté ou non — et sur le yaourt font état de résultats plus nuancés.
Une récente étude suédoise, publiée dans la revue Neurology, qui se concentre sur la crème et le fromage entiers, apporte des éléments supplémentaires quant à leur association potentielle avec la démence. « Le lien entre la consommation de produits laitiers et le risque de démence demeure incertain, notamment pour les produits à teneur variable en matières grasses. Cette étude visait à examiner le lien entre la consommation de produits laitiers riches et pauvres en matières grasses et le risque de démence », écrivent les chercheurs.
Un risque réduit de démence avec 50 g de fromage et 20 g de crème entière
Les chercheurs ont recruté 27 670 adultes suédois âgés en moyenne de 58 ans au début de l’étude et les ont suivis pendant 25 ans. Afin d’affiner leurs analyses, ils ont d’abord exclu les personnes déjà atteintes de démence à l’inclusion. Ils ont ensuite écarté celles ayant développé une démence au cours des dix premières années de suivi, afin de limiter le risque de causalité inverse — les premiers stades de la maladie pouvant modifier les habitudes alimentaires avant même le diagnostic — ce qui a réduit la taille effective de l’échantillon analysé.
« Cette approche se justifie par le fait que les premiers stades de la démence peuvent modifier subtilement le comportement bien avant le diagnostic. Les personnes atteintes peuvent avoir des habitudes alimentaires différentes, une perte d’appétit ou des difficultés à se souvenir de leur régime alimentaire habituel », explique, dans un article publié dans The Conversation, Eef Hogervorst, professeur à l’École des sciences du sport, de l’exercice et de la santé de l’Université de Loughborough, en Angleterre. Selon lui, cette méthode réduit le risque de biais en se concentrant sur des participants dont les fonctions cognitives étaient initialement préservées.
Au cours du suivi, 3 208 participants ont reçu un diagnostic de démence. Les personnes consommant quotidiennement plus de 50 grammes de fromage entier et ne présentant pas de prédisposition génétique à la maladie d’Alzheimer affichaient un risque inférieur de 13 à 17 % de développer la maladie d’Alzheimer. Cette association n’était en revanche pas observée chez les individus génétiquement prédisposés.
De même, les participants consommant plus de 20 grammes de crème entière par jour présentaient un risque de démence réduit de 16 % à 24 %, selon des modèles ajustés comparables. Aucune association significative n’a été mise en évidence chez les personnes privilégiant le lait écrémé ou entier, le lait fermenté ou non fermenté, ni la crème allégée.
Pour Eef Hogervorst, « ces résultats sont remarquables car les recommandations de santé publique encouragent depuis longtemps la consommation de produits laitiers faibles en gras pour préserver la santé cardiovasculaire ». Or, rappelle-t-il, maladies cardiovasculaires et démence partagent de nombreux facteurs de risque communs, tels que l’hypertension artérielle, le diabète et l’obésité.
Des bénéfices davantage liés au mode de vie ?
Il convient toutefois de souligner que ces observations pourraient être influencées par divers facteurs. Les personnes consommant davantage de fromage et de crème entiers présentaient en moyenne un niveau d’éducation plus élevé, étaient moins susceptibles d’être en surpoids et affichaient des taux plus faibles de maladies telles que le diabète et les maladies cardiovasculaires.
Chacun de ces éléments, pris isolément, réduit déjà le risque de démence. Autrement dit, la consommation de fromage et de crème semble davantage s’inscrire dans un mode de vie globalement plus favorable à la santé qu’être directement responsable d’une diminution du risque.
Les régimes alimentaires dont les bienfaits sur la santé ont été démontrés, à l’image du régime méditerranéen, incluent d’ailleurs du fromage, mais aussi du poisson, des légumineuses et des céréales complètes. « Surtout, il ne faut pas considérer les aliments de manière isolée. Ce sont les habitudes alimentaires qui importent le plus, plus que les ingrédients pris individuellement », souligne Eef Hogervorst.
En somme, ces résultats ne signifient pas qu’il faille consommer de grandes quantités de fromage entier ou de crème entière. Ils rappellent plutôt l’importance d’une alimentation équilibrée, envisagée dans sa globalité.

