Les astronautes de la mission chinoise Shenzhou-20 ont révélé ce qui s’est réellement passé l’année dernière lorsqu’ils ont failli être bloqués dans l’espace en raison d’un dommage au niveau de leur capsule de retour. Alors que l’équipage s’apprêtait à quitter la station spatiale Tiangong le 5 novembre 2025, ils ont remarqué une fissure au niveau de l’un des hublots de la capsule, ce qui a déclenché la première intervention d’urgence de la Chine pour son programme spatial habité.
L’équipage Shenzhou-20, composé des astronautes (ou taïkonautes) Chen Dong, Chen Zhongrui et Wang Jie, a décollé le 24 avril 2025 pour rejoindre la station spatiale chinoise Tiangong. Leur mission sur place était prévue pour six mois, mais lorsque Chen, le commandant de la mission, a inspecté la capsule de retour amarrée à la station la veille de leur départ pour un contrôle de routine, il a remarqué une forme inhabituelle au niveau de l’un des hublots.
« Ma première pensée a été qu’une petite feuille s’était collée à l’extérieur de la vitre », a déclaré Chen dans une interview diffusée sur CCTV. « Mais j’ai vite compris que c’était impossible, car nous étions dans l’espace. Comment une feuille morte aurait-elle pu se trouver là ? ». Le commandant a entrepris d’en informer les autres membres de l’équipage ainsi que les équipes de soutien sur Terre afin d’établir les mesures à adopter.
Les analyses de la fissure indiquent qu’elle a été provoquée par l’impact d’un débris spatial. L’équipage devait initialement être rapatrié sur Terre le 5 novembre 2025, mais la découverte des fissures dans le hublot de la capsule de retour a entraîné le report de leur atterrissage, le temps que l’agence spatiale chinoise prenne de nouvelles dispositions pour rapatrier les astronautes — une intervention d’urgence qui constitue une première pour le pays.
Un hublot fissuré et une excellente réactivité
Suite au constat de Chen, l’équipage a utilisé le matériel disponible à bord de Tiangong pour photographier et documenter la fissure, notamment une tablette graphique, un téléphone professionnel et un microscope spécial en forme de stylo dont l’extrémité est une lentille grossissante 40 fois reliée à une tablette. Cet instrument est habituellement utilisé pour inspecter les combinaisons extravéhiculaires.
« Nous pouvions observer très clairement les petites fissures [au microscope]. Plusieurs étaient relativement longues, et une était plus courte. Nous pouvions également constater que certaines fissures avaient traversé la coque », a décrit Chen lors de son interview. Wang, l’ingénieur de vol de la mission, a toutefois indiqué ne pas avoir été vraiment inquiet car deux couches pressurisées se situaient encore en dessous de la couche extérieure protectrice du hublot.
Néanmoins, les équipes de contrôle au sol ont conclu à la nécessité d’utiliser la capsule Shenzhou-21, tandis que le vaisseau de retour Shenzhou-20 endommagé resterait temporairement amarré à la station spatiale. « La capsule ne répond pas aux exigences de sécurité pour un retour habité ; Shenzhou-20 restera en orbite et poursuivra les expériences nécessaires », avait indiqué l’Agence chinoise des vols spatiaux habités (CMSA) dans un communiqué.
Les équipes terrestres ont retardé le retour de l’équipage Shenzhou-20 le temps de préparer et d’affréter la capsule Shenzhou-21 pour les rapatrier. Cette décision impliquait toutefois que l’équipage de relais, composé de Zhang Lu, Wu Fei et Zhang Hongzhang, se retrouverait temporairement sans capsule de retour dédiée. Le plan d’intervention consistait donc à envoyer une autre capsule, Shenzhou-22, sans équipage et chargée de fret, lancée avec succès le 25 novembre 2025.
L’équipage de Chen est finalement rentré sain et sauf sur Terre le 14 novembre 2025 à bord de la capsule Shenzhou-21, laissant à l’équipe de Zhang la capsule Shenzhou-22 pour leur prochain retour dans quelques mois.
D’après Jan Osburg, ingénieur principal au sein du département d’ingénierie et de sciences appliquées de RAND à Pittsburgh, en Pennsylvanie, les équipes chinoises ont fait preuve d’une excellente réactivité pour assurer la sécurité de leurs astronautes et la poursuite de leurs missions spatiales, en comparaison des Américains lors de l’incident Starliner de Boeing.
« Les Chinois ont fait preuve d’une excellente réactivité, étant capables de lancer un vaisseau spatial de secours en quelques semaines. Les États-Unis ont finalement réussi à ramener sur Terre leurs astronautes non bloqués après l’incident du Starliner, mais n’ont pas démontré la même réactivité dans les faits », a-t-il indiqué à Space.com.
Récupération dans des conditions hivernales difficiles
La charge utile transportée par Shenzhou-22 incluait de la nourriture, des fournitures médicales et des dispositifs pour tenter de réparer la capsule Shenzhou-20. L’objectif était d’améliorer suffisamment l’étanchéité de la capsule et son revêtement de protection thermique afin de pouvoir la faire rentrer dans l’atmosphère (sans équipage) avec le moins de dommages possible.
La capsule a été désamarrée de la station spatiale et a atterri à Dongfeng, dans la région autonome de Mongolie-Intérieure, dans le nord de la Chine, le 19 janvier 2026. Les équipes de recherche ont dû effectuer la récupération en affrontant notamment des températures glaciales et des vents violents.
« C’est la première fois que le site d’atterrissage de Dongfeng effectue une mission de récupération de vaisseau spatial pendant la saison la plus froide de l’année, le froid mettant à l’épreuve nos équipes et équipements de recherche et de sauvetage », a déclaré Xu Peng, qui a commandé les opérations sur place, à CCTV. D’autre part, il n’y avait pas d’astronautes à bord pour détacher manuellement le parachute après l’atterrissage et l’engin aurait donc pu être traîné sur le sol sur des kilomètres si les opérateurs n’étaient pas arrivés rapidement sur place.
Après inspection et évaluation des dommages, les équipes ont affirmé que Shenzhou-20 était « globalement intact » après sa rentrée dans l’atmosphère et que les dispositifs à l’intérieur de l’engin étaient en bon état. L’engin a passé au total 270 jours en orbite et son état constituerait, selon les opérateurs, une validation de sa capacité d’amarrage à long terme.


