Les anciens Mayas ont fait preuve d’une incroyable résilience après une éruption volcanique majeure

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| A. Ichikawa

Un archéologue apporte des preuves du retour précoce des Mayas dans une région d’Amérique centrale dévastée par une éruption volcanique au 6e siècle. Ses recherches montrent que cette population a su rétablir rapidement l’ordre social et politique suite à la catastrophe, à travers un projet de bâtiment public monumental, initié dans les 5 à 30 ans après l’éruption. Le monument en question aurait été construit avec des matériaux volcaniques.

Les réponses humaines aux événements naturels catastrophiques constituent un thème de recherche important en archéologie. Dans ce cadre, Akira Ichikawa, archéologue à l’Université du Colorado Boulder, a entrepris d’étudier l’impact socioculturel de l’éruption de Tierra Blanca Joven (TBJ), dans la caldeira d’Ilopango, au Salvador, considérée comme la plus grande éruption holocène d’Amérique centrale (avec un indice d’explosivité estimé à 6) et même comme l’un des plus grands événements volcaniques de la planète depuis les enregistrements historiques.

Cette éruption survenue au cours du premier millénaire (probablement en l’an 539/540, selon cette nouvelle étude) a éjecté plusieurs dizaines de kilomètres cubes de matériaux (téphra) et a produit d’importantes coulées pyroclastiques, dévastant tout dans un rayon de 100 km autour du volcan. L’événement est par ailleurs considéré comme le déclencheur du hiatus maya — une période caractérisée par une nette réduction de stèles datées (vers 534-593) — et d’un refroidissement climatique mondial dans l’hémisphère nord, survenu au milieu du 6e siècle.

Un peuple résilient, flexible et innovant

Les recherches menées par Ichikawa visent à clarifier l’impact social de cette catastrophe sur la zone maya du sud-est, ainsi que sur la civilisation maya au sens large. En effet, la date et l’ampleur de cet impact font toujours débat parmi les historiens, de par le manque de preuves disponibles. Des études antérieures situent l’événement entre l’an 270 et 400 et suggèrent que les Mayas ne sont pas revenus dans cette région dévastée avant des centaines d’années ; certaines estiment que cette éruption majeure a même précipité la fin de cette civilisation.

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Carte montrant l’emplacement du site de San Andrés et de la caldeira d’Ilopango. © A. Ichikawa

Mais de nouvelles données archéologiques et datations au radiocarbone mises en évidence par Ichikawa et son équipe révèlent que l’éruption a probablement eu lieu vers 539/540 et que les Mayas seraient au contraire revenus dans la région de l’éruption relativement vite, beaucoup plus tôt que ne le pensaient les experts jusqu’alors. Pour preuve, la construction d’une gigantesque pyramide faite de remblai et de téphra, érigée comme symbole de résilience, qui a sans doute nécessité une main-d’œuvre considérable.

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Plan 3D de la structure de Campana, montrant où ont eu lieu les fouilles qui ont permis de découvrir le monument en pierre et les preuves de l’éruption de Tierra Blanca Joven. © A. Ichikawa

Cette pyramide, connue sous le nom de pyramide de Campana, repose sur une plateforme mesurant près de 6 mètres de haut, 85 mètres de long et 65 mètres de large ; la pyramide elle-même mesure environ 13 mètres de haut. C’est le tout premier bâtiment qui a été érigé suite à l’éruption. D’après les analyses des échantillons de sol, ce bâtiment — dont les vestiges constituent aujourd’hui le site archéologique de San Andrés, situé à environ 40 km à l’ouest de la caldeira d’Ilopango, et qui abrite plusieurs ruines — aurait été construit dans les 5 à 30 ans qui ont suivi l’éruption de TBJ, voire dans les 80 ans tout au plus, écrit Ichiwaka.

En d’autres termes, les données suggèrent que le peuple maya est revenu assez tôt dans la région, suffisamment tôt pour qu’ils comptent parmi eux des survivants de l’éruption. « On considère généralement les éruptions et les sécheresses comme des facteurs déterminants dans l’effondrement, la déréliction ou le déclin de civilisations anciennes. À en croire mes recherches, les peuples anciens étaient plus résilients, plus flexibles et plus innovants », explique le spécialiste au National Geographic.

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Ichikawa suggère que cette population a probablement construit la pyramide dans le but « d’apaiser les dieux », qui avaient exprimé leur colère en déclenchant l’éruption du volcan. Ces constructions ont donc joué un important rôle religieux, mais aussi un rôle social et politique dans l’adaptation de l’Homme à un changement environnemental brutal. Campana est, en outre, le premier monument maya connu à inclure le téphra comme matériau de construction, ce qui pourrait refléter la signification spirituelle des volcans dans la culture maya, a déclaré Ichikawa.

Bien que l’éruption ait rendu la zone inhabitable, les preuves montrent que les Mayas sont rapidement revenus pour construire et rénover leurs monuments. Deux scénarios hypothétiques pourraient expliquer ce processus de récupération rapide selon l’expert. Première hypothèse : certaines populations de la vallée, dont les champs agricoles ont été détruits par l’éruption, ont pu survivre en se réfugiant dans les montagnes environnantes, moins impactées par la catastrophe. Là, elles auraient adopté une autre stratégie alimentaire — de la même manière que les agriculteurs mexicains ont planté du maïs et des arbres fruitiers sur des pentes plus raides et auparavant inexploitées, suite à l’éruption du Parícutin en 1943.

Une autre possibilité est qu’après l’éruption, la vallée se soit dépeuplée et ait perdu sa tradition culturelle ; elle aurait ensuite été repeuplée par des immigrants de la région de Copán au Honduras, comme les Ch’orti’, plutôt que par des descendants de la population locale d’avant l’éruption. Un scénario qui pourrait expliquer les similitudes observées dans l’architecture et les matériaux de ces deux populations ; il met également en évidence le rôle majeur des réseaux sociaux dans l’atténuation et la récupération après une catastrophe. Ichikawa prévoit de tester chacune de ces hypothèses dans le cadre de futures recherches.

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Source : Antiquity, A. Ichikawa

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