L’ex-astronaute Kathryn Sullivan devient la première femme à atteindre le point le plus profond de la Terre

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Trente-six ans après son lancement sur la navette spatiale Challenger, l'ancienne astronaute de la NASA Kathryn Sullivan a plongé vers Challenger Deep, le point le plus profond connu sur Terre. | Kathy Sullivan

L’ex-astronaute de la NASA Kathryn Sullivan, qui a été la première femme américaine à effectuer une sortie dans l’espace, est à présent également devenue la toute première femme à atteindre le point le plus profond de la Terre, connu sous le nom de Challenger Deep.

En effet, Challenger Deep est le point le plus profond jamais mesuré dans les océans, soit plus de 10’900 mètres sous le niveau de la mer. Il se situe à proximité des îles Mariannes, à l’extrémité sud de la fosse des Mariannes, qui est la fosse océanique la plus profonde connue du début du XXIe siècle. Son point le plus bas connu se situerait, selon les relevés, à 10’984 ± 25 mètres.

Trente-six ans après son lancement sur la navette spatiale Challenger, Kathryn Sullivan a plongé, le samedi 6 juin, vers Challenger Deep. Elle est à présent la première femme, et la huitième personne, à descendre les quelque 11 kilomètres jusqu’au fond de la fosse, située près de Guam dans l’océan Pacifique occidental. « Challenger Deep — et retour ! 10’915 mètres sur nos jauges (35’810 ft) », a écrit Sullivan sur Facebook après avoir terminé la plongée historique.

La participation de Sullivan à l’expédition « Ring of Fire » de Caladan Oceanic survient effectivement 36 ans après son lancement et sa sortie de la navette spatiale Challenger de la NASA, en 1984.

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L’ancienne astronaute Kathryn Sullivan et l’explorateur Victor Vescovo, à bord du submersible hauturier « Limiting Factor », au fond de Challenger Deep, le dimanche 7 juin 2020. Crédits : Kathy Sullivan

L’orbiteur de la NASA ainsi que le fond marin ont tous deux été nommés d’après le HMS Challenger, un navire d’enquête de la Marine royale britannique (plus précisément une corvette à assistance vapeur) qui, en 1875, fut le premier à enregistrer la profondeur de ce qui sera plus tard connu sous le nom de Challenger Deep.

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Le HMS Challenger, durant son voyage d’exploration en 1872-1876. Crédits : Inconnu

Le submersible de Sullivan, connu sous le nom de « Limiting Factor », est le premier véhicule à immersion profonde, dit DSV (de l’anglais Deep-Submergence Vehicle), certifié commercialement.

L’investisseur et explorateur Victor Vescovo, qui a soutenu la conception et la construction du submersible, de plusieurs millions de dollars, a servi de pilote à Sullivan. Cette plongée a marqué la troisième visite de Vescovo à Challenger Deep, après deux descentes record effectuées en 2019. « Juste revenu de Challenger Deep ! Ma copilote était la Dr Kathy Sullivan — maintenant la première femme au fond de l’océan et une ancienne astronaute. Félicitations à elle ! », a écrit Vescovo sur Twitter 12 heures après son départ pour la plongée.

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Déployés à partir du navire de soutien « Pressure Drop », un ancien navire de la marine américaine spécialement équipé pour cette expédition, Vescovo et Sullivan ont exploré le bassin oriental de Challenger Deep dans le cadre d’une série de plongées scientifiques prévues, qui examineront les trois zones qui composent la dépression en forme de fente.

C’est au cours de huit plongées que l’équipe océanique de Caladan espère observer des évents volcaniques, identifier de nouvelles espèces marines en haute mer, et cartographier la zone économique exclusive des États-Unis à la demande de la National Oceanographic and Atmospheric Administration (NOAA).

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Vue sur Challenger Deep depuis le submersible Limiting Factor. Nous pouvons également voir l’atterrisseur automatisé « Skaff », ainsi que le manipulateur hydraulique « Raptor », le 7 juin 2020. Crédits : Kathryn Sullivan

Parmi les autres membres de l’équipe qui doivent effectuer une plongée dans la zone, il y a Kelly Walsh, dont le père, Don Walsh, a été le premier à rejoindre Challenger Deep avec Jacques Piccard, à bord du Trieste, un bathyscaphe de recherche, il y a 60 ans.

Sullivan, océanographe navale à la retraite, géologue et ancienne administratrice de la NOAA, a également reçu une formation en robotique avant de partir pour la plongée afin d’aider à la collecte d’échantillons au fond de l’océan. Le Limiting Factor est équipé d’un manipulateur hydraulique, dit « Raptor », provenant de Kraft Telerobotics : soit une griffe d’une portée de 1,5 mètre.

Avant de rejoindre la NASA en 1978 en tant que membre du premier groupe d’astronautes américains à inclure des femmes, Sullivan était sur l’une des premières croisières à utiliser un submersible pour étudier les processus volcaniques qui forment la croûte océanique. « Mon aspiration spécifique à travers toutes les études supérieures était de… pouvoir réellement descendre et voir le fond de la mer moi-même, m’occuper de la partie volcanologie de la géologie et de la géophysique marine, et arriver à plonger. C’est vers cela que je me dirigeais et je faisais tout pour y arriver, jusqu’à l’arrivée de la NASA », a déclaré Sullivan dans une interview sur l’histoire orale de la NASA, en 2007.

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Le Limiting Factor de Caladan Oceanic est le premier véhicule à immersion profonde certifié commercialement. Crédits : Caladan Oceanic

Dans l’espace, en orbite entre 350 et 615 kilomètres au-dessus de la Terre, Sullivan a, au cours de son activité extravéhiculaire historique de 3 heures et 29 minutes (dit EVA, de l’anglais « extravehicular activity », ou sortie extravéhiculaire), aidé au déploiement du télescope spatial Hubble et a mené des recherches sur l’atmosphère terrestre. Au total, elle a accumulé 22 jours au large de la planète au cours de ses trois missions de navette spatiale, entre 1984 et 1992.

Après sa plongée, Sullivan a eu l’occasion d’appeler les astronautes à bord de la Station spatiale internationale pour partager son expérience : « Une opportunité incroyable et un grand pas pour la science ! », a écrit Caladan Oceanic sur Twitter.

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Avec la plongée de Sullivan à Challenger Deep, les astronautes se sont maintenant rendus aux points les plus bas et les plus hauts que nous ayons jamais pu atteindre. Par ailleurs, le 19 mai 2009, Scott Parazynski, médecin et astronaute, a gravi le mont Everest, deux ans après sa cinquième et dernière mission à bord de la navette spatiale. « Si vous placiez l’Everest sur Challenger Deep, son sommet serait à plus d’un kilomètre et demi en dessous du niveau de la mer », a écrit Sullivan sur son site internet, dans le but de documenter son expédition. « Ce qui rend le fait d’atteindre le sommet de l’Everest et Challenger Deep des défis extrêmement différents, c’est la pression de l’air », explique Sullivan.

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Un alpiniste dans la région d’Ama Dablam, qui domine l’horizon oriental lors de la montée jusqu’au camp de base du mont Everest. Crédits : Knack Studios

« Du niveau de la mer à l’Everest ? Il y a environ 70% de pression d’air en moins au sommet, par rapport au niveau de la mer (1013 millibars à 253). Et la pression au fond de Challenger Deep ? Plus de 1000 fois celle au niveau de la mer (15’750 livres par pouce carré, contre 14,7 au niveau de la mer [ndlr : soit 7144 kg par 6,45 centimètres carrés, contre 6,66 kg au niveau de la mer]) », a-t-elle ajouté.

Avant sa plongée record, la plongée la plus profonde effectuée par Sullivan a été à une profondeur de 2,5 kilomètres en dessous du niveau de la mer, dans le but d’explorer des évents hydrothermaux dans le Pacifique Est, au bord du submersible Alvin, de la Woods Hole Oceanographic Institution, en 1996.

Sources : Caladan Oceanic, Collect Space

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