Les cacatoès sauvages fabriquent leurs propres ustensiles, qu’ils utilisent dans un ordre spécifique pour se nourrir

cacatoes sauvages fabriquent leurs propres ustensiles
| Science (YouTube)

Les cacatoès de Goffin (Cacatua goffiniana), si habiles à fabriquer des outils en laboratoire, révèlent maintenant leurs talents d’inventeurs dans leur environnement naturel. Des chercheurs ont enfin pu observer ces oiseaux fabriquer des outils leur permettant d’avoir un meilleur accès à la nourriture. À leur grande surprise, les oiseaux se sont montrés capables d’utiliser plusieurs outils dans un ordre spécifique. Une première en ornithologie.

Les cacatoès de Goffin sont si intelligents qu’ils ont été comparés à des humains de 3 ans, une comparaison qui semble aujourd’hui très modeste… Des scientifiques ont observé des cacatoès sauvages (même famille que les perroquets) fabriquer l’équivalent d’un pied de biche, d’un pic à glace et d’une cuillère pour ouvrir l’un de leurs fruits préférés.

C’est la première fois qu’une espèce d’oiseau est observée en train de créer et d’utiliser un ensemble d’outils dans un ordre spécifique, un comportement cognitif complexe connu jusqu’à présent uniquement chez les humains, les chimpanzés et les singes capucins.

« Ces travaux confortent l’idée que les perroquets ont une intelligence générale qui leur permet de trouver des solutions créatives aux problèmes qu’ils rencontrent dans la nature », explique Alex Taylor, un biologiste qui étudie les corbeaux de Nouvelle-Calédonie à l’université d’Auckland. « L’étude établit cette espèce comme l’un des utilisateurs d’outils sauvages les plus compétents de la famille aviaire ».

Une découverte faite par hasard

La découverte s’est produite par hasard alors que l’écologiste du comportement Mark O’Hara travaillait avec des oiseaux sauvages mais captifs dans une volière de recherche sur l’île de Yamdena, en Indonésie. « Je venais de me tourner, et quand je me suis retourné, l’un des oiseaux fabriquait et utilisait des outils », raconte O’Hara, de l’Institut de recherche Messerli. « Je n’en croyais pas mes yeux ! ».

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Le cacatoès de Goffin est connu pour être un apprenant social intelligent et innovant. En captivité, ces oiseaux ont résolu des boîtes de puzzle complexes et ont inventé des outils semblables à des râteaux pour récupérer des objets. Plusieurs autres oiseaux, dont les aras hyacinthes et les corbeaux de Nouvelle-Calédonie, fabriquent et utilisent des outils dans la nature, souvent pour extraire de la nourriture, mais aucun ne semble concevoir un ensemble d’outils.

Pour cette nouvelle étude, O’Hara et ses collègues se sont rendus dans l’habitat naturel de cette espèce de cacatoès, sur les îles Tanimbar, en Indonésie. Ces oiseaux vivent haut dans la canopée de la forêt tropicale, ce qui les rend difficiles à observer. Les scientifiques ont passé près de 900 heures à observer les cacatoès sauvages se nourrir, mais n’ont pas été témoins de l’utilisation d’outils.

L’équipe a donc capturé de petits groupes de 15 individus à la fois et les a amenés dans sa volière de recherche pour les étudier pendant plusieurs mois avant de les libérer. Grâce à leur bec puissant et courbé, les cacatoès de Goffin peuvent se nourrir de nombreux types de fruits. Les scientifiques ont fourni aux oiseaux des papayes et des noix de coco immatures, mais les perroquets n’ont jamais fabriqué le moindre outil pour s’aider à manger ces aliments. « Ils étaient joueurs et ramassaient des bâtons, et mordaient dans des brindilles, mais pas de manière intentionnelle », ajoute O’Hara.

Alors qu’il observait des cacatoès sauvages dans la forêt en juin 2019, O’Hara a remarqué des fruits sur le sol avec des marques de morsure de cacatoès. Les membres de l’équipe locale ont identifié les fruits ovoïdes comme étant ceux du manguier local (« wawai » en tanimbarese). Les fruits étaient récemment arrivés en saison, et O’Hara en a donné une poignée aux cacatoès de la volière pour voir comment ils réagiraient. De la taille d’un petit avocat et toxiques pour l’Homme, ces fruits contiennent une pulpe rougeâtre entourant un noyau dur qui renferme de petites graines nutritives. Atteindre ces graines n’est pas facile, même pour un oiseau doté d’un bec en forme de couteau.

Une première : trois outils, un pour chaque étape

O’Hara a observé avec étonnement un cacatoès mâle qui a arraché la peau du fruit, puis a rapidement coupé une petite branche d’un arbre à l’intérieur de la volière et, par une série de morsures rapides, a taillé sa souche épaisse en un outil pointu. Tenant le fruit avec sa patte gauche tout en se perchant sur sa patte droite, il utilise sa langue pour insérer la pointe dans la fissure du fruit, faisant ainsi levier pour l’ouvrir.

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Ensuite, il a façonné une écharde pour en faire un outil étroit et tranchant, qu’il a utilisé pour percer la peau intérieure qui protège les graines. Enfin, le cacatoès a fabriqué un troisième outil à partir d’un autre morceau de bois, le mordant pour en faire une bande aplatie qu’il a utilisée pour extraire les graines à la cuillère (comme on le voit dans la vidéo en fin d’article).

sequence comportementale utilisation outils cacatoes fruit
Séquence comportementale d’utilisation des outils. (B) Illustrations des actions réalisées (I-VI) dans le cadre de l’étude, avec les parties du corps et les objets pertinents surlignés en couleur (l’outil est vert fluo pour une meilleure visibilité). Les illustrations IV et V fournissent en outre des vues en coupe carrée de l’endocarpe du fruit manipulé (la partie interne la plus proche de la graine). © Mark O’Hara et al.

Les scientifiques ont fourni au groupe d’oiseaux une quantité importante de fruits, mais seuls deux mâles ont fabriqué et utilisé les outils, et ont pu manger les graines. « S’ils avaient une prédisposition génétique à utiliser des outils, tous les oiseaux le feraient », explique O’Hara. « Comme ils ne sont que quelques-uns à les fabriquer, il est plus probable qu’ils les aient inventés indépendamment », et qu’ils aient appris à le faire les uns des autres dans la nature. Les détails de l’étude ont été publiés récemment dans la revue Current Biology.

La plupart des autres cacatoès de ce groupe étaient des oiseaux plus jeunes qui observaient les actions des plus âgés avec une grande curiosité. Ils jouaient même avec les outils des adultes, mais étaient peut-être trop jeunes pour assumer eux-mêmes les tâches, suppose O’Hara.

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« Nous savons qu’ils apprennent socialement les uns des autres en captivité », ajoute Berenika Mioduszewska, psychologue comparatiste qui a codirigé et cosigné l’étude et travaille également à l’Institut de recherche Messerli. « Il est donc probable qu’il en soit de même dans la nature ». Depuis cette découverte, les chercheurs ont trouvé des traces d’outils de cacatoès sur des fruits de wawai dans la nature, et ont même récupéré un fruit avec un outil planté dedans.

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Vidéo montrant les cacatoès de Goffin manipuler des fruits avec des outils fraichement créés (3 au total) :

Source : Current Biology

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