Des chauves-souris imitent les guêpes et les frelons pour éloigner les prédateurs

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La grande chauve-souris (Myotis myotis). | Marco Scalisi
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Une nouvelle étude s’est penchée sur l’un des phénomènes les plus fascinants de la nature : le mimétisme batésien. Il s’agit pour une espèce inoffensive de se protéger des prédateurs potentiels, en imitant une espèce plus dangereuse dans une « ruse » évolutive (son, couleur, toxicité, etc.). Particularité déjà observée chez certains insectes, le cas du Grand Murin (Myotis myotis) — une espèce de chauves-souris de la famille des vespertilionidae — est le premier rapporté par des chercheurs chez les mammifères.

Chez les animaux, le mimétisme est bien connu, même si dans la plupart des cas, il ne concerne que la ressemblance visuelle. Ainsi, certaines chenilles parviennent à se faire passer pour des serpents venimeux et les poussins d’un oiseau amazonien se « transforment » en larves venimeuses. « Dans le mimétisme batésien, une espèce non armée imite une espèce armée pour dissuader les prédateurs », explique dans un communiqué Danilo Russo, auteur principal de l’étude et professeur d’écologie à l’université de Naples Federico II.

Malgré l’importance des signaux acoustiques dans la communication animale, le mimétisme acoustique anti-prédateur a longtemps été négligé, en particulier pour les mammifères. Ce n’est désormais plus le cas avec la nouvelle étude publiée dans Current Biology, qui met en lumière le Grand Murin, une espèce de chauves-souris européenne commune, et l’une des plus grandes d’Europe. « Imaginez une chauve-souris qui a été saisie, mais pas tuée par le prédateur », ajoute Russo. « Le bourdonnement [de frelon] pourrait tromper le prédateur pendant une fraction de seconde – suffisamment pour s’envoler ». Dans ce cas, le but de la chauve-souris est d’éviter d’être mangée par les hiboux prédateurs, notamment l’effraie des clochers et la chouette hulotte.

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En réalité, la découverte n’est pas récente. En 1999, Russo a découvert pour la première fois ce bourdonnement bizarre pendant qu’il travaillait sur la collection de données de chauves-souris européennes ; mais ce n’est que récemment qu’il a commencé à étudier de près le phénomène.

Les prédateurs s’éloignent tous du bourdonnement

Les chercheurs ont d’abord comparé les bourdonnements de la chauve-souris avec ceux de quatre espèces différentes d’insectes hyménoptères, dont les abeilles domestiques et les frelons européens. Comme les hiboux possèdent un plus large spectre de longueurs d’onde auditives que nous, Russo et ses collègues ont modifié les paramètres sonores pour qu’ils correspondent davantage à ce qu’un hibou pourrait entendre. Fait étonnant, le son émis par les chauves-souris ressemble davantage à des insectes piqueurs pour des hiboux que pour des humains.

Ils ont fait écouter la série de sons à huit chouettes effraies et huit chouettes hulottes, dont la moitié était sauvage et l’autre moitié était élevée en captivité. Chaque chouette a entendu quatre bruits : une chauve-souris qui bourdonne, une abeille occidentale, un frelon européen et une chauve-souris qui ne bourdonne pas.

Dans le cas de cette dernière chauve-souris, les chouettes se sont rapprochées du locuteur, alors qu’elles s’en sont éloignées dans tous les autres cas de bourdonnement. Cependant, tous les oiseaux n’ont pas reculé de la même manière, probablement en fonction de leurs expériences passées avec des insectes piqueurs. Ainsi, les chouettes sauvages se sont montrées plus effrayées que les chouettes élevées en captivité.

Un exemple de la « beauté » des processus évolutifs

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Si les données ne permettent pas de prouver que les insectes piquent effectivement les hiboux, les chercheurs trouvent intrigante cette relation complexe entre ces trois espèces très éloignées les unes des autres. « Il est quelque peu surprenant que les hiboux représentent la pression évolutive qui façonne le comportement acoustique des chauves-souris en réponse aux expériences désagréables que les hiboux ont avec les insectes piqueurs », déclare Russo. « Ce n’est qu’un des innombrables exemples de la beauté des processus évolutifs ! ».

Dans la continuité de cette étude, il est intéressant de savoir si les bourdonnements pourraient fonctionner sur d’autres espèces que les hiboux. Par ailleurs, d’autres espèces de chauves-souris pourraient être susceptibles d’utiliser la ruse acoustique pour éloigner les prédateurs. Lors de futures études, les auteurs espèrent donc pouvoir rechercher ces dynamiques intéressantes au sein d’autres groupes d’interaction.

Source : Current Biology

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