Des chercheurs identifient l’un des facteurs du phénomène de déjà-vu

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Le « déjà-vu » désigne la sensation d’avoir déjà vécu une situation en cours, alors qu’elle est complètement nouvelle. Cela fait plus d’un siècle que les scientifiques tentent de trouver la cause de ce phénomène et les facteurs qui le provoquent. Ce n’est que récemment, au début des années 2000, que les recherches ont apporté quelques éléments de réponse. Une équipe de psychologues de l’Université d’État du Colorado s’est à nouveau penchée sur la question : elle a réussi à identifier l’un des facteurs à l’origine de cette étrange sensation.

Le terme de déjà-vu a été évoqué pour la première fois en 1876 par le philosophe français Émile Boirac dans son livre L’Avenir des sciences psychiques. Vous en avez sans doute déjà fait l’expérience, car le phénomène toucherait les deux tiers de la population — sa fréquence diminue néanmoins avec l’âge. Cette impression ne dure généralement que quelques secondes et la soi-disant ressemblance avec une expérience passée concerne plus ou moins de détails.

Après des décennies de recherche, explorant diverses causes possibles — du dysfonctionnement mental à la manifestation paranormale —, c’est le psychiatre américain Alan Brown qui a véritablement permis de faire avancer les recherches sur le sujet. En 2003, il a en effet passé en revue des dizaines d’enquêtes rétrospectives et prospectives, ainsi que des études de cas, pour faire le point sur les connaissances acquises sur le sujet depuis plus d’un siècle. « Le déjà-vu semble être associé au stress et à la fatigue, et il montre une relation positive avec le niveau socio-économique et l’éducation », note-t-il dans son article de synthèse.

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Une sensation basée sur la ressemblance spatiale

Brown a également identifié le déclencheur le plus courant de la sensation de déjà-vu : il s’agirait d’une scène ou d’un lieu. Le deuxième déclencheur le plus courant serait selon lui une simple conversation. En explorant la littérature médicale disponible, il a également relevé les indices d’une potentielle association entre le déjà-vu et certains types d’activité convulsive dans le cerveau. « Son travail a servi de catalyseur aux scientifiques pour concevoir des expériences afin d’enquêter sur le déjà-vu », souligne Anne Cleary, professeure de psychologie cognitive à l’Université d’État du Colorado.

Cleary et ses collaborateurs ont dès lors entrepris des expériences visant à tester des hypothèses sur les mécanismes possibles du déjà-vu. Ils se sont notamment intéressés à une hypothèse maintes fois explorée, qui repose sur la loi de familiarité de la Gestalt. La Gestalt (ou « psychologie de la forme ») est une théorie selon laquelle la perception et la représentation mentale traitent les phénomènes comme des formes globales plutôt que comme la juxtaposition d’éléments individuels.

La loi de familiarité suggère que l’on perçoit toujours les formes les plus familières et les plus significatives. L’hypothèse testée ici soutient que le déjà-vu peut se produire lorsqu’il existe une ressemblance spatiale entre une scène actuelle et une scène passée dont l’individu n’a aucun souvenir. Ainsi, la disposition des meubles ou d’autres objets dans une pièce pourrait être très similaire à celle que vous avez pu observer dans un autre endroit par le passé et ainsi, provoquer un déjà-vu.

« Selon l’hypothèse de la familiarité de la Gestalt, si cette situation précédente avec une disposition similaire à la situation actuelle ne vous vient pas à l’esprit, il se peut qu’il ne vous reste qu’un fort sentiment de familiarité pour la situation actuelle », explique la spécialiste.

Une capacité prédictive illusoire, due à un biais cognitif

Cleary et son équipe ont testé cette hypothèse grâce à la réalité virtuelle. Ils ont ainsi immergé les participants à l’étude dans des scènes créées de toutes pièces ; certaines présentaient exactement la même disposition spatiale, tout en étant bien distinctes. Comme attendu, la sensation de déjà-vu était plus susceptible de se produire lorsque les personnes se trouvaient dans une scène contenant des éléments disposés de façon identique à ceux d’une autre scène antérieure qu’elles avaient vue, mais dont elles ne se souvenaient pas.

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Exemples de scènes utilisées pour l’expérience, présentant la même disposition spatiale. © A. Cleary et al.

Cette expérience a permis de confirmer que la ressemblance spatiale d’une situation inédite avec une situation en mémoire, mais qui n’est pas rappelée consciemment sur le moment, est bien l’un des facteurs qui contribuent à l’apparition d’un déjà-vu. Mais la psychologue souligne que cela n’est certainement pas la seule cause du phénomène ! Bien d’autres facteurs pourraient induire ce semblant de familiarité et d’autres recherches sont en cours pour les identifier.

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À noter que la scientifique a également longuement travaillé sur la prétendue association entre le déjà-vu et les sentiments de prémonition. En effet, plusieurs individus expérimentant un déjà-vu ont rapporté être certains de savoir ce qui allait se passer ensuite. Pour Cleary, ce don de prémonition n’est qu’illusoire. Ses collègues et elle ont recréé en laboratoire les conditions de déjà-vu afin de tester la capacité prédictive des participants. Les résultats sont formels : « le déjà-vu n’a pas conduit à une capacité supérieure à la chance de prédire le prochain virage dans un chemin de navigation ressemblant à un chemin précédemment expérimenté, mais non rappelé », a rapporté l’équipe.

Cependant, les états de déjà-vu étaient accompagnés d’un sentiment accru de connaître la direction du prochain virage. Aussi intense soit-il, il ne s’agit donc que d’un sentiment. L’équipe a conclu qu’un biais métacognitif, provoqué par l’état lui-même, peut expliquer l’association entre le déjà-vu et le sentiment de prémonition.

Et ce biais est non seulement prédictif, mais aussi postdictif : les gens sont plus susceptibles de penser qu’un événement s’est déroulé comme prévu après qu’il a provoqué un déjà-vu. Cette association pourrait s’expliquer par le fait qu’une sensation de familiarité élevée lors du déroulement d’un événement signale faussement une preuve de confirmation du fait que l’on a toujours senti comment cet événement allait se dérouler.

Source : The Conversation

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