À l’heure actuelle, à cause de la pandémie de COVID-19, au moins un tiers de la population mondiale est soumise à un certain type de confinement, tandis que les gouvernements tentent d’enrayer la propagation du virus. De nouvelles recherches ont mis en lumière un fait important : 1 porteur du virus sur 4 pourrait être asymptomatique. Le nouveau coronavirus est donc clairement insidieux.

« Il y a une transmission importante par des personnes ne présentant aucun symptôme », a déclaré Stephen Morse, épidémiologiste à l’Université Columbia. Selon Robert Redfield, directeur des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), 25% des personnes infectées par le nouveau coronavirus ne présentent aucun symptôme, mais peuvent toujours transmettre la maladie. Redfield a déclaré mardi que « nous avons à peu près confirmé qu’un nombre important de personnes infectées restent en fait asymptomatiques ».

Ces porteurs asymptomatiques « contribuent très probablement à la propagation rapide du coronavirus dans le monde, le nombre de cas confirmés a dépassé le million cette semaine, et il est donc difficile pour les experts d’évaluer l’ampleur réelle de la pandémie », a ajouté Redfield. « Nous ne connaissons pas tous les cas non identifiés. Ce sont surtout les malades des hôpitaux qui sont tabulés », a déclaré Morse.

La prévalence de la transmission asymptomatique n’augure rien de bon pour les efforts de confinement mondiaux, comme l’a récemment écrit Bill Gates : « Cela signifie que le COVID-19 sera beaucoup plus difficile à contenir que le syndrome respiratoire du Moyen-Orient ou le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), qui se sont propagés beaucoup moins efficacement et uniquement par des personnes symptomatiques », a-t-il déclaré.

Ce que nous savons de la transmission asymptomatique et présymptomatique

C’est en février déjà que nous avons appris pour la toute première fois que le nouveau coronavirus pouvait être transmis par des personnes asymptomatiques, lorsqu’une étude de cas a décrit une femme de 20 ans, venant de Wuhan en Chine, qui a transmis le coronavirus à cinq membres de sa famille, sans pour autant qu’elle n’ait été malade elle-même physiquement.

Un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l’épidémie de coronavirus en Chine, publié en février, mettait en lumière que peu de cas dans lesquels une personne testée positive n’a jamais présenté de symptôme. Au lieu de cela, la plupart des personnes asymptomatiques à la date de leur diagnostic ont développé des symptômes plus tard. « La proportion d’infections vraiment asymptomatiques n’est pas claire, mais semble relativement faible », écrivaient alors les auteurs de l’article.

Dans cette étude de l’OMS, 75% des personnes en Chine qui ont d’abord été classées comme asymptomatiques ont ensuite développé des symptômes. Cela signifie, techniquement, que la « transmission présymptomatique » est ce qui est probablement le plus courant.

D’autres recherches ont confirmé ces résultats. Une étude des CDC, qui a analysé des patients atteints par le coronavirus dans une maison de soins infirmiers dans le comté de King, dans l’État de Washington (États-Unis), a révélé que sur 23 personnes testées positives, seulement 10 présentaient des symptômes le jour de leur diagnostic. Dix personnes de l’autre groupe ont développé des symptômes une semaine plus tard.

« Ces résultats ont des implications importantes pour le contrôle des infections », ont écrit les auteurs, en ajoutant que de nombreuses approches de santé publique « reposent sur la présence de signes et de symptômes pour identifier et isoler les résidents ou les patients susceptibles de souffrir de COVID-19 ».

Les CDC ont également évalué des patients atteints de coronavirus sur le bateau de croisière Diamond Princess, qui a été mis en quarantaine au Japon en février. Sur les 3711 personnes à bord, 712 ont été testées positives, mais près de 50% d’entre elles n’avaient aucun symptôme à l’époque du dépistage.

D’autres exemples de transmission asymptomatique et présymptomatique abondent

« Il semblerait que nous propageons déjà le virus environ 48 heures avant l’apparition des symptômes » explique Redfield. « Cela permet d’expliquer à quelle vitesse ce virus continue de se propager à travers le monde, car nous avons des émetteurs asymptomatiques et des individus qui le transmettent 48 heures avant qu’ils ne deviennent symptomatiques », a-t-il ajouté.

Une poignée d’études et de rapports récents suggèrent que la transmission présymptomatique et asymptomatique n’est pas inhabituelle. Par exemple, une petite étude parmi des expatriés japonais évacués de Wuhan en février a révélé que 30.8% des personnes testées positives ne présentaient aucun symptôme.

Les recherches qui ont examiné les cas de coronavirus à Singapour ont révélé que sur 157 cas acquis localement, 10 impliquaient une transmission présymptomatique. Les scientifiques ont alors conclu que la plupart des expositions par transmission présymptomatique se sont produites un à trois jours avant qu’une personne ne développe des symptômes.

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Des recherches menées en Chine en février ont révélé que 13% des 468 cas confirmés étudiés impliquaient une transmission présymptomatique. Une société de biotechnologie en Islande, qui a testé plus de 9000 personnes, a découvert qu’environ 50% des individus testés positifs se disaient asymptomatiques.

Les personnes présymptomatiques propagent la plus grande quantité de virus

Un aspect particulièrement troublant de la transmission présymptomatique est que les gens semblent propager plus aux premiers stades de leur infection. Mais le début moyen des symptômes prend environ cinq jours.

Une recherche qui a examiné 23 patients atteints de COVID-19 dans deux hôpitaux de Hong Kong a révélé que la charge virale des individus (soit combien de particules virales ils transportaient et rejetaient dans leur environnement) a atteint un pic au cours de la première semaine d’apparition des symptômes, puis a progressivement diminué. En revanche, un patient atteint du SRAS propage le plus de virus environ 7 à 10 jours après avoir été visiblement malade.

Une étude de Guangzhou a révélé des résultats similaires : parmi 94 patients infectés, ces derniers étaient les plus contagieux au moment où les symptômes ont commencé à apparaître, ou juste avant.

Les enfants pourraient être des porteurs asymptomatiques

Un groupe potentiel de porteurs asymptomatiques pourrait être les enfants. Jusqu’à présent, les enfants sont parmi les moins malades du COVID-19, mais certains pourraient être atteints d’infections très légères puis propager le virus en masse.

Des recherches publiées mercredi ont examiné 36 enfants testés positifs pour le coronavirus entre le 17 janvier et le 1er mars dans trois hôpitaux chinois. La moitié de ces enfants avaient « une maladie bénigne sans présenter de symptôme », ont écrit les auteurs.

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Une autre étude, qui n’a pas encore été évaluée par des pairs, a révélé que 56% des 700 enfants infectés par COVID-19 en Chine présentaient des symptômes légers, voire aucun.

John Williams, un expert en maladies infectieuses pédiatriques à l’University of Pittsburgh Medical Center, a déclaré que « l’infection asymptomatique est courante chez les enfants, survenant dans 10 à 30 pour cent des cas ».

Le port de masques pourrait aider à réduire la transmission présymptomatique

L’OMS et les CDC n’ont pas encore recommandé que les personnes en bonne santé portent des masques lorsqu’ils sortent en public : seuls les travailleurs de la santé sont tenus d’utiliser une protection faciale.

Cependant, la Maison Blanche vient d’annoncer une nouvelle politique, basée sur les directives des CDC, exhortant les Américains à porter des masques en tissu lors de leurs déplacements, comme cela est déjà le cas dans plusieurs pays, notamment en République tchèque. La prévalence de la transmission présymptomatique en est probablement la principale raison.

Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses, a déclaré mercredi qu’il « pencherait pour » demander à tout le monde de porter des masques : « si cela ne provoquerait pas de pénurie pour les agents de santé, qui en ont le plus besoin ».

Il a ajouté que ce changement pourrait être important, « en particulier maintenant que nous savons qu’il y a transmission d’infection d’une personne asymptomatique qui ne tousse pas, qui n’éternue pas, qui semble être en parfaite santé ».

Il est important de savoir que la protection du visage (soit porter un masque chirurgical standard) ne profite pour la plupart du temps pas au porteur : au lieu de cela, les masques protègent principalement les autres des germes du porteur.

Sources : New England Journal of Medicine, OMS, CDC, CDC, CDC, The Lancet, medRxiv

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