Fusion nucléaire : une « utopie énergétique » trop tardive pour nous « sauver », selon certains chercheurs

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L'intérieur d'un tokamak en fonctionnement. | Fusion Industry Association
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La percée majeure dans le domaine de la fusion nucléaire, annoncée plus tôt ce mois-ci, a décuplé les espoirs des scientifiques et des politiques quant à la construction de la première centrale à fusion nucléaire d’ici 2030. Mais d’autres chercheurs, plus pessimistes ou réalistes, mettent en garde sur le « Saint Graal » énergétique que représente cette source d’énergie. Selon eux, il serait déjà trop tard pour nous sortir des crises énergétique et climatique dans lesquelles nous sommes empêtrés.

Le ministère américain de l’Énergie (DOE) a célébré le 13 décembre une étape importante dans la maitrise de l’énergie de fusion, décrivant comment les scientifiques ont pu pour la première fois produire plus d’énergie que celle nécessaire à son démarrage.

Selon EEnews, la secrétaire américaine à l’Énergie Jennifer Granholm, lors d’une cérémonie du DOE célébrant les résultats d’une expérience du Lawrence Livermore National Laboratory, déclare : « Cette étape nous rapproche un peu plus de l’énergie de fusion zéro carbone alimentant notre société » et d’un réacteur pilote pour 2030, selon les estimations du DOE.

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Tous les experts soulignent l’importance de la découverte, mais rappellent l’existence de nombreux défis techniques et scientifiques à venir pour rendre la fusion viable. Selon eux, la fusion commerciale ne sera effective probablement que dans plusieurs décennies, ce qui soulève des questions sur la rapidité avec laquelle la technologie peut jouer un rôle dans la décarbonisation de l’électricité.

Récemment, plusieurs revues ont publié les lettres de chercheurs mettant en garde contre le « Saint Graal » de la fusion nucléaire, soupçonnant même une reprise de cette technologie dans l’industrie de l’armement nucléaire.

Une prouesse technologique trop tardive pour « sauver la planète »

L’écologiste et spécialiste des énergies renouvelables Mark Diesendorf de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud en Australie, explique dans une lettre publiée par The Guardian : « Passer du seuil de rentabilité, où la production d’énergie est supérieure à l’apport énergétique total, à un réacteur à fusion nucléaire commercial, pourrait prendre au moins 25 ans ». Il ajoute : « D’ici là, le monde entier pourrait être alimenté par des énergies renouvelables sûres et propres, principalement solaires et éoliennes ».

La prouesse énergétique est certes une avancée majeure pour l’étude pure de la fusion nucléaire et une mise en lumière des compétences américaines. Néanmoins, concernant la mise en pratique à l’échelle de tout un pays, puis du monde entier, tout en veillant à ce que cette énergie soit abordable, est un défi qui est loin d’être surmonté, tant nous sommes encore dépourvus des moyens de le faire, comme le souligne Chris Cragg dans une lettre au Guardian : « Je suis prêt à parier qu’il est peu probable qu’une véritable centrale à fusion fonctionne avant que mes petits-enfants n’aient 70 ans. Après tout, il a fallu environ 60 ans et d’énormes sommes d’argent pour en arriver là ».

Effectivement, les échelles de temps impliquées dans le développement de la fusion en tant que source d’énergie sont trop importantes pour répondre aux préoccupations climatiques les plus urgentes, qui impliquent la réduction immédiate des émissions de carbone.

Aneeqa Khan, chercheur en fusion nucléaire à l’Université de Manchester, déclare à Forbes : « La fusion arrivera trop tard pour faire face à la crise climatique. Nous sommes déjà confrontés à la dévastation du changement climatique à l’échelle mondiale, en regardant seulement les inondations au Pakistan, les sécheresses en Chine et en Europe cet été ».

Une avancée qui dissimule notre inaction

Les experts soulignent que les réductions de carbone ne peuvent pas attendre des années ou des décennies pour commencer. Le monde fait face à une accélération du changement climatique, de la perte de biodiversité, de la dégradation des habitats naturels, auxquelles s’ajoutent des crises économiques, sociales et politiques. Le monde tant espéré à l’issue de la pandémie de COVID-19 est tout son contraire.

Dick Willis, de l’Université de Bristol, déclare : « Nous n’avons que quelques années pour réaliser les changements nécessaires pour éviter la catastrophe sociale due à ce qui arrive à la biosphère, et cela en supposant qu’il n’est pas déjà trop tard. Même les optimistes comprennent qu’il faudra des décennies avant que l’énergie de fusion puisse contribuer au réseau, quelle que soit cette réalisation ». Il ajoute âprement : « Pendant ce temps, les gros titres qui ont suivi ce résultat servent simplement à rassurer et à détourner l’attention de l’urgence de ce qui doit être fait maintenant ».

Une longue histoire dans l’industrie de l’armement nucléaire

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Il faut savoir que la percée technologique saluée plus tôt ce mois-ci a été réalisée par l’US National Ignition Facility, du Lawrence Livermore National Laboratory. Ce dernier a été fondé en 1952 après l’explosion d’une bombe atomique de l’Union soviétique en 1949.

Dans ce contexte, selon Mark Diesendorf, le danger qui est associé à ces recherches énergétiques « propres et sûres » est alors sans ambiguïté. En termes clairs, les futurs réacteurs à fusion pourraient fournir aux puissances militaires de nouvelles façons de générer les matières premières pour les bombes nucléaires.

En effet, comme il l’explique dans sa lettre, la fusion nucléaire peut produire des neutrons entrant dans la fabrication d’explosifs nucléaires plutonium-239, uranium-235 et uranium-233. Il souligne : « Elle pourrait également produire du tritium, une forme d’hydrogène lourd, qui est utilisé pour augmenter la puissance explosive de la fission nucléaire, rendant les bombes à fission plus petites et donc plus adaptées à une utilisation dans des ogives de missiles ».

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