Contre les douleurs chroniques, les experts préconisent davantage l’exercice physique que les médicaments

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Le National Institute for Health and Care Excellence (NICE) est un organisme britannique qui fournit des orientations pour améliorer les soins de santé. Il propose désormais une autre approche pour soigner les douleurs chroniques primaires, qui sont aujourd’hui majoritairement traitées par des analgésiques. Au programme : exercice physique, thérapie par la parole et acupuncture.

Une « douleur chronique primaire » qualifie une douleur qui persiste depuis au moins trois mois, dont la cause n’a pas été clairement identifiée et qui est associée à une détresse émotionnelle importante ou à une incapacité fonctionnelle significative (ex. fibromyalgie, lombalgies, syndrome du côlon irritable, etc.). On la distingue de la « douleur chronique secondaire », qui elle, résulte d’une pathologie évolutive connue comme l’arthrose, la colite ulcéreuse ou encore l’endométriose. En Angleterre et au Pays de Galles, 1 à 6% de la population souffre de douleur chronique primaire. En France, 1,6 % de la population est atteinte de fibromyalgie.

Pourquoi le NICE propose-t-il une nouvelle forme de gestion de la douleur ? Car selon les experts, il n’y a pas ou peu de preuves de l’efficacité des analgésiques sur la qualité de vie globale des malades, sur leur état psychologique, ni même sur l’intensité de leurs douleurs. À défaut de soulager les patients, ces médicaments pourraient même causer d’autres problèmes, tels que des phénomènes d’addiction.

Des antidouleurs aux effets incertains

Ces nouvelles directives annoncées par le NICE recommandent ainsi aux médecins de ne plus prescrire d’analgésiques à leurs patients. Des médicaments couramment utilisés tels que le paracétamol, les anti-inflammatoires non stéroïdiens, les benzodiazépines ou les opioïdes, présentent en effet des risques majeurs, notamment un risque de dépendance. Pour rappel, la « crise des opioïdes », qui a touché les États-Unis au milieu des années 2010, a causé la mort de dizaines de milliers de personnes ; parmi les cas de surdoses impliquant des opioïdes, près de la moitié faisaient l’objet d’une prescription médicale. Une étude publiée en 2017 dans World Psychiatry rapportait qu’en Europe, les opioïdes sur ordonnance représentaient trois quarts des décès par surdose, soit 3,5% du total des décès chez les 15 à 39 ans.

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Le paracétamol est, quant à lui, l’antalgique le plus consommé en France (500 millions de doses vendues chaque année) ; à lui seul, il représente 22% du marché du médicament. Cependant, un surdosage peut entraîner de graves problèmes hépatiques. Ainsi, depuis le 15 janvier 2020, il n’est plus en accès libre dans les pharmacies et l’Agence de sécurité du médicament a ordonné aux fabricants d’apposer la mention « surdosage = danger » sur les boîtes de médicaments à base de paracétamol.

En dehors de ces antidouleurs, plusieurs approches se sont déjà révélées efficaces dans la gestion de la douleur chronique primaire. Il s’agit notamment de programmes d’exercices et de traitements psychologiques, tels que la thérapie cognitivo-comportementale et la thérapie d’acceptation et d’engagement — qui repose en partie sur la méditation de pleine conscience. Certaines médecines non conventionnelles peuvent également s’avérer bénéfiques selon le NICE : « L’acupuncture est également recommandée en option, à condition qu’elle soit délivrée dans certains paramètres clairement définis ».

Le principe est d’élaborer, en collaboration avec le patient, un plan d’action très personnalisé pour gérer ses douleurs, qui tient compte de la gravité de leur impact sur sa vie quotidienne, des activités qu’il estime pouvoir entreprendre et de son état d’esprit face à ce mal qui demeure inexpliqué.

Faciliter l’accès aux psychothérapies pour tous

Pas question pour autant de rejeter toute option pharmacologique. Le NICE précise en effet que des antidépresseurs, tels que l’amitriptyline, le citalopram, la duloxétine, la fluoxétine, la paroxétine ou la sertraline peuvent également être utilisés pour améliorer l’humeur du patient. Notons que contrairement aux idées reçues, les antidépresseurs ne créent pas de dépendance au sens d’une addiction (ce qui n’est pas le cas des anxiolytiques, notamment les benzodiazépines).

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Mais les autres médicaments doivent être écartés tant que possible. Selon le Dr Paul Chrisp, directeur du centre des lignes directrices du NICE, « sur la base des preuves, pour la plupart des gens, il est peu probable qu’un traitement médicamenteux pour la douleur chronique primaire, autre que les antidépresseurs, fournisse un équilibre adéquat entre les avantages qu’ils pourraient apporter et les risques associés ».

Cela fait un certain temps que les médecins généralistes réclament de nouvelles lignes directrices pour prendre en charge la douleur chronique primaire, qui peut « causer une misère incalculable pour les patients et leurs familles », selon le professeur Martin Marshall, président du Royal College of General Practitioners. Le Collège soutient l’abandon des analgésiques, mais souligne cependant que l’accès des patients aux nouvelles formes de traitement recommandées est inégal. « L’accès à ces thérapies [physiques et psychologiques] peut être irrégulier au niveau communautaire à travers le pays, il faut donc y remédier de toute urgence, si ces nouvelles lignes directrices doivent faire une réelle différence dans la vie de nos patients », avertit Marshall.

En attendant, Lucy Ryan, une représentante des patients qui a aidé le NICE à rédiger les nouvelles lignes directrices, s’est félicitée de la reconnaissance des risques que peut entraîner un traitement par analgésiques de la douleur chronique primaire, car les patients n’en sont parfois pas (ou mal) informés. « Toutes les personnes souffrant de douleur chronique ressentent la douleur différemment, alors je pense que plus il y a d’options disponibles pour aider les gens à gérer efficacement leur douleur, mieux c’est », a-t-elle ajouté.

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Source : The Guardian

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