Facebook supprime des pages de fake news gérées par Steve Bannon

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| Flickr/Gage Skidmore
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Ancien conseiller stratégique de Donald Trump, militant conservateur proche de l’extrême droite, Steve Bannon est impliqué dans la gestion d’un réseau de pages Facebook propageant notamment des thèses selon lesquelles l’élection présidentielle aurait été truquée. Grâce aux signalements de l’ONG Avaaz, plusieurs de ces pages ont aujourd’hui été supprimées du réseau social.

Avaaz a signalé l’existence de ces pages à Facebook dès le 6 novembre. Les sept plus populaires totalisaient plus de 2,45 millions d’abonnés. Il s’avère que Steve Bannon et Brian Kolfage — tous deux récemment accusés de détournement de fonds — étaient co-administrateurs de certaines de ces pages.

Steve Bannon est un homme qui possède plusieurs casquettes : à la fois homme d’affaires et homme politique, il est également dirigeant de médias, ainsi que réalisateur et producteur de cinéma. Son orientation politique est claire : de 2012 à 2016, il est président exécutif de Breitbart News LLC, la société mère de Breitbart News, qu’il décrit comme « la plate-forme de l’Alt-right » (la droite alternative américaine, qui milite pour le suprémacisme blanc, et contre le féminisme et le multiculturalisme, entre autres).

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En 2016, il devient directeur exécutif de la campagne présidentielle de Donald Trump, puis est nommé comme haut conseiller et chef de la stratégie après sa victoire. En janvier 2017, il devient même membre du Conseil de la sécurité nationale, une nomination vivement critiquée par les deux bords politiques américains. Bannon est finalement limogé par la Maison-Blanche en août 2017, sous la pression de différentes associations, mais aussi de personnalités politiques, tant démocrates que républicaines, suite à des mouvements suprémacistes blancs ayant entraîné de nombreuses violences, ouvertement soutenus par l’ancien conseiller.

Un recueil de théories du complot et de fausses déclarations

Depuis son entrée en politique, Bannon a pour habitude de propager ses idées via plusieurs supports (web, podcasts, émissions télévisées) et est encore aujourd’hui très influent auprès d’une partie des républicains. Ces derniers jours, il a rapidement dénoncé l’élection présidentielle, arguant qu’elle avait fait l’objet de fraudes massives et que la victoire de Joe Biden n’était de ce fait pas recevable. Des allégations formulées sans aucune preuve.

Pour atteindre un maximum de citoyens américains, Bannon s’est appuyé sur divers groupes et pages Facebook, aux noms particulièrement évocateurs, comme Conservative Values (« valeurs conservatrices »), The Undefeated (« les invaincus »), We Build the Wall Inc (« nous construisons le mur »), Citizens of the American Republic (« citoyens de la République américaine »), ou encore Trump at War (« Trump en guerre »). Des pages qui faisaient partie des sept plus populaires, totalisant pas moins de 2,45 millions d’abonnés.

Suite aux signalements de l’organisation non gouvernementale Avaaz, qui lutte entre autres contre la désinformation en ligne, Facebook a finalement pris la décision de désactiver les pages incriminées, conformément aux règles qu’il avait établies quant aux comportements abusifs. La firme de Zuckerberg a estimé que ces contenus étaient clairement destinés à tromper les visiteurs, et à propager de fausses informations.

Un autre groupe Facebook particulièrement actif en matière de désinformation politique a également été désactivé. Initialement nommé « Stop The Steal ! » (« Faites cesser ce vol ! »), il affichait plus de 360’000 abonnés après 24h d’existence ; il s’était ensuite rebaptisé « Gay Communists for Socialism » (« Communistes gays pour le socialisme »), pour ne pas attirer l’attention des modérateurs de Facebook. Selon le porte-parole du réseau social, ce groupe faisait usage de tactiques trompeuses pour augmenter artificiellement le nombre de personnes ayant vu ses contenus.

Des sanctions plus ou moins sévères selon les plateformes

Selon Avaaz, déjà en 2016, Bannon serait parvenu à orienter le débat politique pour des millions de citoyens américains au moyen de pages Facebook. L’ONG précise qu’elle avait déjà repéré ces nouveaux contenus de désinformation et alerté Facebook plus tôt cette année — 180 pages et groupes liés à Bannon propageaient régulièrement de fausses informations. Les analystes d’Avaaz ont notamment remarqué que ces pages avaient tendance à publier du contenu en même temps et qu’elles avaient un lien avec le site Populist Press, notoirement très à droite, et criant lui aussi à la fraude électorale.

Fadi Quran, directeur de campagne chez Avaaz, estime que Bannon cherche aujourd’hui « à diviser encore plus l’Amérique et à répandre le chaos dans cette période postélectorale, encore par Facebook ». Or, ces pages existent depuis des mois ! D’aucuns se demandent pourquoi Facebook, pourtant doté des ressources humaines et financières requises, n’a-t-il pas réagi plus tôt ? « Nous sommes une petite équipe avec peu de moyens […]. Nous sommes fatigués de faire leur travail à leur place », déclare Quran.

La page Facebook de Steve Bannon demeure, quant à elle, toujours accessible. Toutefois, aucune nouvelle publication n’y apparaît depuis le 7 novembre ; dernier commentaire en date, celui de Bannon lui-même, qui explique que Facebook ayant « détourné » la page, seuls des commentaires peuvent encore être publiés. Sur cette page se trouvaient notamment des messages, renvoyant à des vidéos — aujourd’hui supprimées — dans lesquelles Bannon avait tenu des propos particulièrement violents à l’égard d’Anthony Fauci, directeur de l’Institut des maladies infectieuses, ainsi qu’au patron du FBI, Christopher Wray.

À noter que ces propos, considérés comme de véritables appels au meurtre, ont par ailleurs entraîné la fermeture définitive du compte Twitter de Bannon, intitulé @WarRoomPandemic, « pour avoir enfreint les règles de Twitter, en particulier notre politique relative à la glorification de la violence », a précisé le réseau social. YouTube a lui aussi retiré la vidéo incriminée, mais n’a pas pour autant supprimé la chaîne « Steve Bannon’s War Room », qui compte encore aujourd’hui plus de 220’000 abonnés. La plateforme vidéo s’est contentée d’un simple avertissement, qui empêche l’upload de nouvelles vidéos pendant au moins une semaine.

Parallèlement, Bannon est actuellement aux prises avec la justice : au mois d’août, il a été officiellement inculpé pour détournement de fonds et autres malversations financières. L’ancien conseiller de Trump est accusé — avec d’autres personnes, dont Brian Kolfage — d’avoir détourné les dons versés à l’association « We Build The wall », qui récoltait des fonds dans le but de construire des sections privées de mur entre le Mexique et les États-Unis. En cas de condamnation, il encourt une peine pouvant atteindre les 20 ans de prison.

Source : NPR

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