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Le 19 février, des chercheurs de l’université chinoise de Qingdao publiaient une étude révélant l’efficacité de la chloroquine dans le traitement contre le coronavirus SARS-CoV-2. Bien que les données disponibles concernant les essais menés dans les hôpitaux chinois se soient montrées très incomplètes pour statuer sur une véritable efficacité, le professeur Didier Raoult de l’hôpital universitaire de Marseille s’est appuyé sur ces résultats pour mener avec son équipe des essais similaires. Les résultats obtenus, à première vue très encourageants, bien que là aussi entachés d’incomplétude et de défauts méthodologiques, ont poussé le gouvernement français à étendre les essais sur le territoire.

Au cours des dernières semaines, le professeur Didier Raoult, médecin au CHU de Marseille, a mené des essais sur la chloroquine (et son dérivé l’hydroxychloroquine), un médicament antipaludique ordinairement utilisé pour traiter les cas de paludisme. En plus de s’attaquer aux schizontes (les globules rouges infectés par le paludisme), la molécule a montré un effet antiviral in vitro en bloquant le cycle de réplication viral par l’intermédiaire d’une modification du pH.

Cependant, le seuil de toxicité concernant l’humain est très bas, rendant difficile la reproduction de cette action antivirale in vivo. En effet, cette action antivirale ne commence à présenter d’effet qu’à partir de 10 fois la dose administrée contre le paludisme, entraînant une toxicité excessive. Plusieurs essais ont d’ailleurs été menés sur d’autres infections virales comme la dengue, la grippe et Ebola, confirmant cette nécessité de recourir à des doses élevés.

structure chloroquine

La chloroquine (Nivaquine et Plaquenil) est une molécule antipaludique ayant également montré une action antivirale. Crédits : DrugBank

L’autorisation gouvernementale concernant l’extension des essais sur la chloroquine

Cependant, le mardi 17 mars, le ministre de la santé a autorisé l’extension des essais sur la chloroquine sur le territoire national. « J’ai pris connaissance des résultats et j’ai donné l’autorisation pour qu’un essai plus vaste par d’autres équipes puisse être initié dans les plus brefs délais sur un plus grand nombre de patients », a indiqué le ministre de la Santé Olivier Véran, précisant que ces essais « ont déjà commencé à Lille ».

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Le ministre a souligné être « en lien très étroit avec le professeur Didier Raoult » qui a mené ces premiers essais à Marseille et en a réclamé l’extension. Il a en outre exprimé l’espoir que ces nouveaux essais « permettront de conforter les résultats intéressants qu’il semble avoir obtenu ».

« Mais il est absolument fondamental d’asseoir toute décision de politique publique en santé sur des données scientifiques validées, et les processus de validation, on ne peut pas négocier avec. On peut raccourcir tous les délais, ce que nous avons fait en ayant donné en 24 heures l’autorisation de mener des essais. Si les résultats sont favorables, nous aurons tous l’occasion de nous en réjouir ».

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Des résultats potentiellement encourageants mais sujets à de nombreuses critiques

À la base des essais menés par Didier Raoult, une campagne de tests menée par l’université de Qingdao dans plusieurs hôpitaux chinois indiquant qu’un traitement relativement léger à base de chloroquine permettrait de lutter efficacement contre les symptômes pulmonaires, notamment la pneumonie, provoqués par le coronavirus SARS-CoV-2. Cependant, les données cliniques de cette étude se sont montrées très parcellaires et incomplètes, indiquant simplement une cohorte d’une centaine de patients et des améliorations significatives.

Sur la base de ces résultats, Didier Raoult et son équipe ont effectué leurs propres essais cliniques au CHU de Marseille sur un groupe de 24 patients. Les résultats rapportés par les médecins sont spectaculaires : après six jours de traitement, seuls 25% des patients étaient encore porteurs du virus, et 90% de ceux qui n’avaient pas reçu de chloroquine étaient toujours positifs.

Toutefois, malgré des chiffres certes encourageants, la prudence reste de mise. Tout d’abord, un échantillon de 24 patients est bien trop faible pour tirer des conclusions empiriques sur l’efficacité du médicament. Ensuite, là aussi, très peu de données cliniques ont été publiées. L’on ne connaît pas la charge virale initiale des patients, ni leur état clinique lors de l’admission. Enfin, l’aspect méthodologique pose également problème : l’étude a été menée sans placebo et sans système de double-aveugle.

Présentation des résultats des essais cliniques sur la chloroquine par Didier Raoult :

chloroquine coronavirus

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