Horloge de l’apocalypse : nous sommes désormais au plus proche d’un Armageddon nucléaire

horloge de l'apocalypse 2023
| REUTERS/Leah Millis
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Fondé en 1945 par Albert Einstein et des scientifiques de l’Université de Chicago, qui ont participé au développement des premières armes atomiques dans le cadre du projet Manhattan, le Bulletin of the Atomic Scientists a créé en 1947 une « Horloge de l’apocalypse » pour exprimer les menaces qui pèsent sur l’humanité et la planète. Le groupe qui continue aujourd’hui de régler cette horloge, sur laquelle minuit représente la fin de l’humanité, l’a récemment avancée : nous nous trouvons désormais à 90 secondes avant minuit.

Chaque année, le Conseil pour la science et la sécurité du Bulletin of the Atomic Scientists (BAS) règle l’Horloge de l’apocalypse selon le contexte mondial, en consultation avec son comité de parrainage, qui comprend dix lauréats du prix Nobel. Cette horloge, qui tient compte du risque nucléaire, du changement climatique et des technologies disruptives, est devenue un indicateur universellement reconnu de la vulnérabilité du monde. Cette année, elle indique 90 secondes avant minuit : le monde se trouve désormais plus proche d’une catastrophe mondiale qu’il ne l’a jamais été.

Sans grande surprise, c’est la guerre en Ukraine qui est en grande partie à l’origine de cette prédiction peu réjouissante. « Les menaces à peine voilées de la Russie d’utiliser des armes nucléaires rappellent au monde que l’escalade du conflit – par accident, intention ou erreur de calcul – est un risque terrible. La possibilité que le conflit puisse échapper au contrôle de qui que ce soit reste élevée », notent les membres du Conseil dans un communiqué. Le conflit, qui va bientôt entrer dans sa deuxième année, a non seulement soulevé la possibilité d’une attaque nucléaire — ce qui n’était pas arrivé depuis la Guerre froide, mais a également sapé les efforts mondiaux de lutte contre le changement climatique.

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Un nouveau record d’émissions de CO2 en 2022

Il s’avère que la Russie n’a pas tenu ses engagements. Les membres du BAS rappellent en effet qu’elle avait déclaré solennellement en 1994, via les mémorandums de Budapest, qu’elle s’abstiendrait de recourir à la menace ou à l’usage de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de l’Ukraine, en échange de sa ratification du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.

En outre, la Russie a par deux fois violé les protocoles internationaux en menant des attaques à proximité des sites nucléaires de Tchernobyl et de Zaporizhzhia — faisant craindre de nouveaux accidents nucléaires de grande ampleur. « Jusqu’à présent, les efforts déployés par l’Agence internationale de l’énergie atomique pour sécuriser ces centrales ont été repoussés », précise le BAS. Finalement, cette violation des normes internationales fait craindre que d’autres pays s’inspirent des méthodes russes et prennent des mesures qui remettent en question les accords antérieurs.

Non seulement la menace nucléaire n’a jamais été aussi élevée, mais le conflit a provoqué une crise énergétique mondiale, perturbant les efforts mis en œuvre pour lutter contre le changement climatique. « Les pays dépendants du pétrole et du gaz russes ont cherché à diversifier leurs approvisionnements et leurs fournisseurs, ce qui a entraîné une augmentation des investissements dans le gaz naturel exactement au moment où ces investissements auraient dû diminuer », explique le comité.

Le point positif est que les prix élevés de l’énergie ont stimulé les investissements dans les énergies renouvelables : l’Agence internationale de l’énergie prévoit que les énergies éolienne et solaire combinées devraient représenter 20% de la production mondiale d’électricité d’ici cinq ans.

Tous les pays du G7 se sont engagés à mettre fin au financement public des projets internationaux de combustibles fossiles cette année, mais les investissements privés dans la production de gaz naturel et les infrastructures d’exportation, notamment aux États-Unis et dans l’Union européenne, sont tels que les émissions mondiales de dioxyde de carbone ont atteint un nouveau record en 2022 (avec une concentration de CO2 atmosphérique atteignant 471 ppm, soit 50% supérieure aux niveaux préindustriels).

Un monde très mal préparé au risque biologique

Si nous sommes aujourd’hui au plus proche de l’apocalypse, c’est également à cause de « l’éventail impressionnant de menaces biologiques », soulignent les experts, qui estiment que les événements similaires à la pandémie de COVID-19 ne doivent plus être considérés comme des événements rares. Une immense diversité de virus et de bactéries sont susceptibles d’infecter les humains et par conséquent, le monde doit améliorer sa capacité à prévenir, à détecter et à stopper les épidémies.

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Le risque peut aussi bien provenir d’une erreur humaine (accident de laboratoire), que d’une véritable volonté de nuire, car il est aujourd’hui plus facile que jamais d’obtenir et de modifier des agents pathogènes. Alors que les chercheurs peuvent créer de nouveaux virus en laboratoire, les régimes de surveillance, les stratégies d’évaluation et d’atténuation des risques sont « de plus en plus à la traîne », souligne le BAS. « Le flux continu de désinformation sur les laboratoires d’armes biologiques en Ukraine fait craindre que la Russie elle-même envisage de déployer de telles armes », ajoute-t-il.

Enfin, certaines technologies représentent elles aussi des menaces pour l’humanité. Le Conseil évoque notamment la désinformation — dont fait preuve la Russie envers ses propres citoyens vis-à-vis de la guerre en Ukraine, mais aussi les technologies de surveillance massivement utilisées en Chine, ou encore l’augmentation des cyberattaques. La guerre en Ukraine a par ailleurs mis en exergue le potentiel de certaines armes contre les forces terrestres traditionnelles : « Les drones armés et les munitions à guidage de précision ont été des atouts importants pour les deux parties », notent les membres du BAS.

Les scientifiques ont conclu « qu’il n’y a pas de voie claire pour forger une paix juste qui décourage une agression future sous l’ombre des armes nucléaires ». Ils ont néanmoins appelé les membres de l’OTAN et la Russie à engager des pourparlers, non seulement pour stopper cette guerre, mais aussi pour préserver l’humanité de nouvelles catastrophes. « En cette période de danger mondial sans précédent, une action concertée est nécessaire et chaque seconde compte », concluent-ils.

Source : Bulletin of the Atomic Scientists

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